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Publié par Abdoullatif

René Guénon - Le cas de Jacob Bœhme.

Réflexions à propos du « pouvoir occulte », La France Antimaçonnique, 1910-1914 : « Pour la Théosophie (section e), on devrait distinguer soigneusement les deux acceptations de ce terme, dont la première s’applique, d’une façon générale, à un ésotérisme plutôt mystique, comptant parmi ses principaux représentants des hommes de conceptions d’ailleurs très diverses, tels que Jacob Bœhme, Swedenborg, Saint-Martin, Eckartshausen, etc. L’autre acception, toute spéciale et beaucoup plus récente, est celle qui désigne ce que nous appellerions plus volontiers le « Théosophisme », c’est-à-dire les doctrines propres à la « Société Théosophique » ; à l’étude de cette dernière se joint naturellement celles des schismes qui en sont issus, comme l’« Anthroposophie » de Rudolf Steiner. »

Le Théosophisme, Histoire d’une Pseudo-Religion, Avant-propos : Théosophie et théosophisme : « En effet, bien antérieurement à la création de la Société dite Théosophique, le vocable de théosophie servait de dénomination commune à des doctrines assez diverses, mais appartenant cependant toutes à un même type, ou du moins procédant d’un même ensemble de tendances ; il convient donc de lui garder la signification qu’il a historiquement. Sans chercher ici à approfondir la nature de ces doctrines, nous pouvons dire qu’elles ont pour traits communs et fondamentaux d’être des conceptions plus ou moins strictement ésotériques, d’inspiration religieuse ou même mystique, bien que d’un mysticisme un peu spécial sans doute, et se réclamant d’une tradition tout occidentale, dont la base est toujours, sous une forme ou sous une autre, le Christianisme. Telles sont, par exemple, des doctrines comme celles de Jacob Bœhme, de Gichtel, de William Law, de Jane Lead, de Swedenborg, de Louis-Claude de Saint-Martin, d’Eckartshausen ; nous ne prétendons pas donner une liste complète, nous nous bornons à citer quelques noms parmi les plus connus.

Or l’organisation qui s’intitule actuellement « Société Théosophique », dont nous entendons nous occuper ici exclusivement, ne relève d’aucune école qui se rattache, même indirectement, à quelque doctrine de ce genre ; sa fondatrice, Mme Blavatsky, a pu avoir une connaissance plus ou moins complète des écrits de certains théosophes, notamment de Jacob Bœhme, et y puiser des idées qu’elle incorpora à ses propres ouvrages avec une foule d’autres éléments des provenances les plus diverses, mais c’est tout ce qu’il est possible d’admettre à cet égard. »

Le Théosophisme, Histoire d’une Pseudo-Religion, Chap.IX - Les sources des ouvrages de Mme Blavatsky : « Pendant son séjour à New-York, elle lut les ouvrages de Jacob Bœhme, qui furent sans doute à peu près tout ce qu’elle connut jamais en fait de théosophie authentique. »

Les dualités cosmiques, Revue de philosophie, 1921*: « Quoi qu’il en soit, nous ne voyons guère, dans l’ordre intellectuel, qu’une seule dualité à envisager, celle du sujet connaissant et de l’objet connu ; et encore cette dualité, qu’on ne peut représenter comme une lutte, ne correspond-elle pour nous qu’à une phase ou à un moment de la connaissance, loin de lui être absolument essentielle ; nous ne pouvons insister ici sur ce point, et nous nous bornerons à dire que cette dualité disparaît comme toutes les autres dans l’ordre métaphysique, qui est le domaine de la connaissance intellectuelle pure. Toujours est-il que M. Lasbax, quand il veut trouver le type de ce qu’il regarde comme la dualité suprême, a naturellement recours à l’ordre sentimental, identifiant la « volonté bonne » à l’Amour et la « volonté mauvaise » à la Haine ; ces expressions anthropomorphiques, ou plus exactement « antropopathiques », se comprennent surtout chez un théosophe mystique tel que Jacob Bœhme, pour qui, précisément, « l’Amour et la Colère sont les deux mystères éternels » ; mais c’est un tort que de prendre à la lettre ce qui n’est en vérité qu’un symbolisme assez spécial, d’ailleurs moins intéressant que le symbolisme alchimique dont Bœhme fait aussi usage en maintes circonstances. »

* Cet article ne fut en fait publié qu’en janv.-juin 1972 dans les Études Traditionnelles, où Michel Valsân précise qu’il fut à l’origine refusé « à cause des hostilités suscitées par le milieu néo-thomiste de l’époque ».

Aperçus sur l’Initiation, Chap. X : Des centres initiatiques : « C’est ainsi que, sans même parler d’une intervention immédiate du centre suprême, qui est possible toujours et partout, un centre spirituel, quel qu’il soit, peut agir en dehors de sa zone d’influence normale, soit en faveur d’individus particulièrement « qualifiés », mais se trouvant isolés dans un milieu où l’obscurcissement en est arrivé à un tel point que presque rien de traditionnel n’y subsiste plus et que l’initiation ne peut plus y être obtenue, soit en vue d’un but plus général, et aussi plus exceptionnel, comme celui qui consisterait à renouer une « chaîne » initiatique rompue accidentellement. Une telle action se produisant mais ce qu’il est essentiel de retenir, c’est que, même s’il arrive qu’un individu apparemment isolé parvienne à une initiation réelle, cette initiation ne pourra jamais être spontanée qu’en apparence, et que, en fait, elle impliquera toujours le rattachement, par un moyen quelconque, à un centre existant effectivement (1) ; en dehors d’un tel rattachement, il ne saurait en aucun cas être question d’initiation.

(1) Certains incidents mystérieux de la vie de Jacob Bœhme, par exemple, ne peuvent s’expliquer réellement que de cette façon. »

Initiation et Réalisation spirituelle, Chap. V : À propos du rattachement initiatique : « Un autre point très important est celui-ci : même en pareil cas, il s’agit bien toujours du rattachement à une « chaîne » initiatique et de la transmission d’une influence spirituelle, quels qu’en soient d’ailleurs les moyens et les modalités, qui peuvent sans doute différer grandement de ce qu’ils sont dans les cas normaux, et impliquer, par exemple, une action s’exerçant en dehors des conditions ordinaires de temps et de lieu ; mais, de toute façon, il y a nécessairement là un contact réel, ce qui n’a assurément rien de commun avec des « visions » ou des rêveries qui ne relèvent guère que de l’imagination (1). Dans certains exemples connus, comme celui de Jacob Bœhme auquel nous avons déjà fait allusion ailleurs (2), ce contact fut établi par la rencontre d’un personnage mystérieux qui ne reparut plus par la suite ; quel qu’ait pu être celui-ci (3), il s’agit donc là d’un fait parfaitement « positif », et non pas simplement d’un « signe » plus ou moins vague et équivoque, que chacun peut interpréter au gré de ses désirs. Seulement, il est bien entendu que l’individu qui a été initié par un tel moyen peut n’avoir pas clairement conscience de la véritable nature de ce qu’il a reçu et de ce à quoi il a été ainsi rattaché, et à plus forte raison être tout à fait incapable de s’expliquer à ce sujet, faute d’une « instruction » lui permettant d’avoir sur tout cela des notions tant soit peu précises ; il peut même se faire qu’il n’ait jamais entendu parler d’initiation, la chose et le mot lui-même étant entièrement inconnus dans le milieu où il vit ; mais cela importe peu au fond et n’affecte évidemment en rien la réalité même de cette initiation, bien qu’on puisse encore se rendre compte par là qu’elle n’est pas sans présenter certains désavantages inévitables par rapport à l’initiation normale (4). 

(1) Nous rappellerons encore que, dès lors qu’il s’agit de questions d’ordre initiatique, on ne saurait trop se défier de l’imagination ; tout ce qui n’est qu’illusions « psychologiques » ou « subjectives » est absolument sans aucune valeur à cet égard et ne doit y intervenir en aucune façon ni à aucun degré.

(2) Aperçus sur l’Initiation, p. 70.

(3) Il peut s’agir, bien qu’il n’en soit certes pas forcément toujours ainsi, de l’apparence prise par un « adepte » agissant, comme nous le disions tout à l’heure, en dehors des conditions ordinaires de temps et de lieu, ainsi que pourront aider à le comprendre les quelques considérations que nous avons exposées, sur certaines possibilités de cet ordre, dans les Aperçus sur l’Initiation, ch. XLII.

(4) Ces désavantages ont, entre autres conséquences, celle de donner souvent à l’initié, et surtout en ce qui concerne la façon dont il s’exprime, une certaine ressemblance extérieure avec les mystiques, qui peut même le faire prendre pour tel par ceux qui ne vont pas au fond des choses, ainsi que cela est arrivé précisément pour Jacob Bœhme. »

Lettre de René Guénon à Denys Roman, 11 novembre 1949 : « Pour en revenir à la question principale, il est certain que l’échec des tentatives de redressement du Catholicisme peut avoir amené à chercher une autre solution ; ce qui est assurément étonnant dans ce cas, c’est que la Réforme ait eu des suites si peu heureuses au point de vue traditionnel... Il est vrai qu’il y a aussi, par contre, le fait qu’il semble, comme vous le dites, y avoir eu, depuis le seizième siècle, un nombre assez considérable d’initiés authentiques parmi les protestants ; mais cela ne s’expliquerait-il pas, au moins dans une certaine mesure, par l’hostilité croissante des autorités catholiques à l’égard de tout ésotérisme ? Il faut d’ailleurs reconnaître que certains, comme Jacob Bœhme, ont été aussi en butte à bien des persécutions dans leur propre Eglise. »

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Jos Louarnig 22/01/2017 08:25

Merci pour ce recueil thématique cela évite des recherches fastidieuses. Les extraits ci-dessus invitent à se renseigner sur l'histoire de la Réforme et de la Contre-Réforme, d'un point de vue traditionnel, pour éclaircir un peu mieux les implications politiques et religieuses auxquelles ont dû faire face les organisations initiatiques à cette époque.