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Publié par Abdoullatif

René Guénon - Les conditions de l’existence corporelle (Part. II/II).

Nous avons dit que l’étendue existe en acte dès que le point s’est manifesté en s’extériorisant, puisqu’il l’a réalisée par là même ; mais il ne faudrait pas croire que ceci assigne à l’étendue un commencement temporel, car il ne s’agit que d’un point de départ purement logique, d’un principe idéal de l’étendue comprise dans l’intégralité de son extension (et non limitée à la seule étendue corporelle) (35). Le temps intervient seulement lorsqu’on envisage les deux positions du point comme successives, alors que, d’autre part, la relation de causalité qui existe entre elles implique leur simultanéité (36) ; c’est aussi en tant que l’on envisage cette première différenciation sous l’aspect de la succession, c’est-à-dire en mode temporel, que la distance qui en résulte (comme intermédiaire entre le point principiel et sa réflexion extérieure, le premier étant supposé s’être immédiatement situé par rapport à la seconde) (37) peut être regardée comme mesurant l’amplitude du mouvement vibratoire élémentaire dont nous avons parlé précédemment.

Cependant, sans la coexistence de la simultanéité avec la succession, le mouvement lui-même ne serait pas possible, car, alors, ou le point mobile (ou du moins considéré comme tel au cours de son processus de modification) serait là où il n’est pas, ce qui est absurde, ou il ne serait nulle part, ce qui revient à dire qu’il n’y aurait actuellement aucun espace où le mouvement puisse se produire en fait (38). C’est à cela que se réduisent en somme tous les arguments qui ont été émis contre la possibilité du mouvement, notamment par certains philosophes grecs (39) ; cette question est d’ailleurs de celles qui embarrassent le plus les savants et les philosophes modernes. Sa solution est pourtant fort simple, et elle réside précisément, comme nous l’avons déjà indiqué ailleurs, dans la coexistence de la succession et de la simultanéité : succession dans les modalités de la manifestation, à l’état actuel, mais simultanéité en principe, à l’état potentiel, rendant possible l’enchaînement logique des causes et des effets (tout effet étant impliqué et contenu en puissance dans sa cause, qui n’est en rien affectée ou modifiée par l’actuation de cet effet) (40). Au point de vue physique, la notion de succession est attachée à la condition temporelle, et celle de simultanéité à la condition spatiale (41) ; c’est le mouvement, résultant, quant à son passage de la puissance à l’acte, de l’union ou de la combinaison de ces deux conditions, qui concilie (ou équilibre) les deux notions correspondantes, en faisant coexister, en mode simultané au point de vue purement spatial (qui est essentiellement statique), un corps avec lui-même (l’identité étant ainsi conservée à travers toutes les modifications, contrairement à la théorie bouddhiste de la « dissolubilité totale ») (42) en une série indéfinie de positions (qui sont autant de modifications de ce même corps, accidentelles et contingentes par rapport à ce qui constitue sa réalité intime, tant en substance qu’en essence), positions qui sont d’ailleurs successives au point de vue temporel (cinétique dans sa relation avec le point de vue spatial) (43).

D’autre part, puisque le mouvement actuel suppose le temps et sa coexistence avec l’espace, nous sommes amené à formuler la remarque suivante : un corps peut se mouvoir suivant l’une ou l’autre des trois dimensions de l’espace physique, ou suivant une direction qui est une combinaison de ces trois dimensions, car, quelle que soit en effet la direction (fixe ou variable) de son mouvement, elle peut toujours se ramener à un ensemble plus ou moins complexe de composantes dirigées suivant les trois axes de coordonnées auxquels est rapporté l’espace considéré ; mais en outre, dans tous les cas, ce corps se meut toujours et nécessairement dans le temps. Par suite, celui-ci deviendra une autre dimension de l’espace si l’on change la succession en simultanéité ; en d’autres termes, supprimer la condition temporelle revient à ajouter une dimension supplémentaire à l’espace physique, dont le nouvel espace ainsi obtenu constitue un prolongement ou une extension. Cette quatrième dimension correspond donc à l’« omniprésence » dans le domaine considéré, et c’est par cette transposition dans le « non-temps » que l’on peut concevoir la « permanente actualité » de l’Univers manifesté (44) ; c’est aussi par là que s’expliquent (en remarquant d’ailleurs que toute modification n’est pas assimilable au mouvement, qui n’est qu’une modification extérieure d’un ordre spécial) tous les phénomènes que l’on regarde vulgairement comme miraculeux ou surnaturels (45), bien à tort, puisqu’ils appartiennent encore au domaine de notre individualité actuelle (dans l’une ou l’autre de ses modalités multiples, car l’individualité corporelle n’en constitue qu’une très faible partie) (46), domaine dont la conception du « temps immobile » nous permet d’embrasser intégralement toute l’indéfinité (47).

(35) Cette étendue corporelle est la seule que connaissent les astronomes, et encore ne peuvent-ils, par leurs méthodes d’observation, en étudier qu’une certaine portion ; c’est d’ailleurs ce qui produit chez eux l’illusion de la prétendue « infinité de l’espace », car ils sont portés, par l’effet d’une véritable myopie intellectuelle qui paraît inhérente à toute science analytique, à considérer comme « à l’infini » (sic) tout ce qui dépasse la portée de leur expérience sensible, et qui n’est pourtant en réalité, par rapport à eux et au domaine qu’ils étudient, que du simple indéfini (voir À propos du Grand Architecte de l’Univers, 2ème année, n° 7, et particulièrement p. 198, note 2 [(note 23)]).

(36) Voir La Constitution de l’être humain et son évolution posthume selon le Védânta, 2ème année, n° 10, pp. 262 et 263.

(37) Cette localisation implique déjà, d’ailleurs, une première réflexion (précédant celle que nous considérons ici), mais avec laquelle le point principiel s’identifie lui-même (en se déterminant) pour en faire le centre effectif de l’étendue en voie de réalisation, et de laquelle il se réfléchit, par suite, dans tous les autres points (purement virtuels par rapport à lui) de cette étendue qui est son champ de manifestation.

(38) Effectivement, le point est « quelque part » dès qu’il s’est situé ou déterminé dans l’espace (sa potentialité en mode passif) pour le réaliser, c’est-à-dire le faire passer de puissance en acte, et dans cette réalisation même, que tout mouvement, même élémentaire, présuppose nécessairement.

(39) Voir La Constitution de l’être humain et son évolution posthume selon le Védânta, 2ème année, n° 10, p. 262, note 2 [(note 47)].

(40) Leibnitz semble avoir au moins entrevu cette solution, lorsqu’il formula sa théorie de l’« harmonie préétablie », qui a été généralement fort mal comprise par ceux qui ont voulu en donner des interprétations.

(41) C’est aussi par ces deux notions (tout idéales lorsqu’on les envisage en dehors de ce point de vue spécialisé, sous lequel seul elles nous sont rendues sensibles) que Leibnitz définit respectivement le temps et l’espace.

(42) Voir La Constitution de l’être humain et son évolution posthume selon le Védânta, 2ème année, n° 10, p. 260, note 4 [(note 45)].

(43) Il est bien évident, en effet, que toutes ces positions coexistent simultanément en tant que lieux situés dans une même étendue, dont elles ne sont que des portions différentes (et d’ailleurs quantitativement équivalentes), toutes également susceptibles d’être occupées par un même corps, qui doit être envisagé statiquement dans chacune de ces positions lorsqu’on la considère isolément par rapport aux autres, d’une part, et aussi, d’autre part, lorsqu’on les considère toutes, dans leur ensemble, en dehors du point de vue temporel.

(44) Voir Pages dédiées à Mercure, 2ème année, n° 1, p. 35, et n° 2, p. 66 ; Pages dédiées au Soleil, 2ème année, n° 2, pp. 63 et 64.

(45) Il y a des faits qui ne paraissent inexplicables que parce qu’on ne sort pas, pour en chercher l’explication, des conditions ordinaires du temps physique ; ainsi, la reconstitution subite des tissus organiques lésés, que l’on constate dans certains cas regardes comme « miraculeux », ne peut pas être naturelle, dit-on, parce qu’elle est contraire aux lois physiologiques de la régénération de ces tissus, laquelle s’opère par des générations (ou bipartitions) multiples et successives de cellules, ce qui exige nécessairement la collaboration du temps. D’abord, il n’est pas prouvé qu’une reconstitution de ce genre, si subite soit-elle, soit réellement instantanée, c’est-à-dire ne demande effectivement aucun temps pour se produire, et il est possible que, dans certaines circonstances, la multiplication des cellules soit simplement rendue beaucoup plus rapide qu’elle ne l’est dans les cas normaux, au point de ne plus exiger qu’une durée moindre que toute mesure appréciable à notre perception sensible. Ensuite, en admettant même qu’il s’agisse bien d’un phénomène véritablement instantané, il est encore possible que, dans certaines conditions particulières, différentes des conditions ordinaires, mais néanmoins tout aussi naturelles, ce phénomène s’accomplisse en effet hors du temps (ce qu’implique l’ « instantanéité » en question, qui, dans les cas considérés, équivaut à la simultanéité des bipartitions cellulaires multiples, ou du moins se traduit ainsi dans sa correspondance corporelle ou physiologique), ou, si l’on préfère, qu’il s’accomplisse dans le « non-temps », alors que, dans les conditions ordinaires, il s’accomplit dans le temps. - Il n’y aurait plus aucun miracle pour celui qui pourrait comprendre dans son vrai sens et résoudre cette question, beaucoup plus paradoxale en apparence qu’en réalité : « Comment, tout en vivant dans le présent, peut-on faire en sorte qu’un événement quelconque qui s’est produit dans le passé n’ait pas eu lieu ? » Et il est essentiel de remarquer que ceci (qui n’est pas plus impossible à priori que d’empêcher présentement la réalisation d’un événement dans le futur, puisque le rapport de succession n’est pas un rapport causal) ne suppose aucunement un retour dans le passé en tant que tel (retour qui serait une impossibilité manifeste, comme le serait également un transport dans le futur en tant que tel), puisqu’il n’y a évidemment ni passé ni futur par rapport à l’« éternel présent ».

(46) Ceci sera encore rendu plus clair et plus évident par tout ce que nous aurons à dire dans la suite de cette étude.

(47) Nous pouvons, à ce propos, ajouter ici une remarque sur la représentation numérique de cette indéfinité (en continuant à l’envisager sous son symbole spatial) : la ligne est mesurée, c’est-à-dire représentée quantitativement, par un nombre α à la première puissance ; comme sa mesure s’effectue d’ailleurs suivant la division décimale prise comme base, on peut poser α =10 n. Alors, on aura pour la surface : α² = 100 n², et pour le volume : α = 1000 n; pour l’étendue à quatre dimensions, il faudra ajouter encore un facteur α, ce qui donnera : α = 10 000 n. D’ailleurs, on peut dire que toutes les puissances de 10 sont contenues virtuellement dans sa quatrième puissance, de même que le Dénaire, manifestation complète de l’Unité, est contenu dans le Quaternaire (voir Remarques sur la production des Nombres, 1ère année, n° 8, p. 156) ; il en résulte que ce nombre, 10 = 10 000, peut être pris comme le symbole numérique de l’indéfinité, ainsi que nous l’avons déjà indiqué ailleurs (voir Remarques sur la Notation mathématique, 1ère année, n° 6, p. 115).

Revenons à notre conception du point remplissant toute l’étendue par l’indéfinité de ses manifestations, c’est-à-dire de ses modifications multiples et contingentes ; au point de vue dynamique (48), celles-ci doivent être considérées, dans l’étendue (dont elles sont tous les points), comme autant de centres de force (dont chacun est potentiellement le centre même de l’étendue), et la force n’est pas autre chose que l’affirmation (en mode manifesté) de la volonté de l’Être, symbolisé par le point, cette volonté étant, au sens universel, sa puissance active ou son « énergie productrice » (Shakti) (49), indissolublement unie à lui-même, et s’exerçant sur le domaine d’activité de l’Être, c’est-à-dire, avec le même symbolisme, sur l’étendue elle-même envisagée passivement, ou au point de vue statique (comme le champ d’action de l’un quelconque de ces centres de force) (50). Ainsi, dans toutes ses manifestations et dans chacune d’elles, le point peut être regardé (par rapport à ces manifestations) comme se polarisant en mode actif et passif, ou, si l’on préfère, direct et réfléchi (51) : le point de vue dynamique, actif ou direct, correspond à l’essence, et le point de vue statique, passif ou réfléchi, correspond à la substance (52) ; mais, bien entendu, la considération de ces deux points de vue (complémentaires l’un de l’autre) dans toute modalité de la manifestation n’altère en rien l’unité du point principiel (non plus que de l’Être dont il est le symbole), et ceci permet de concevoir nettement l’identité fondamentale de l’essence et de la substance, qui sont, comme nous l’avons dit au début de cette étude, les deux pôles de la manifestation universelle.

L’étendue, considérée sous le point de vue substantiel, n’est point distincte, quant à notre monde physique, de l’Éther primordial (Âkâsha), tant qu’il ne s’y produit pas un mouvement complexe déterminant une différenciation formelle ; mais l’indéfinité des combinaisons possibles de mouvements donne ensuite naissance, dans cette étendue, à l’indéfinité des formes, se différenciant toutes, ainsi que nous l’avons indiqué, à partir de la forme sphérique originelle (53). C’est le mouvement qui, au point de vue physique, est le facteur nécessaire de toute différenciation, donc la condition de toutes les manifestations formelles, et aussi, simultanément, de toutes les manifestations vitales, les unes et les autres, dans le domaine considéré, étant pareillement soumises au temps et à l’espace, et supposant, d’autre part, un « substratum » matériel, sur lequel s’exerce cette activité qui se traduit physiquement par le mouvement. Il importe de remarquer que toute forme corporelle est nécessairement vivante, puisque la vie est, aussi bien que la forme, une condition de toute existence physique (54) ; cette vie physique comporte d’ailleurs une indéfinité de degrés, ses divisions les plus générales, à notre point de vue terrestre du moins, correspondant aux trois règnes minéral, végétal et animal (mais sans que les distinctions entre ceux-ci puissent avoir plus qu’une valeur toute relative) (55). Il résulte de là que, dans ce domaine, une forme quelconque est toujours dans un état de mouvement ou d’activité, qui manifeste sa vie propre, et que c’est seulement par une abstraction toute conceptuelle qu’elle peut être envisagée statiquement, c’est-à-dire en repos (56).

C’est par la mobilité que la forme se manifeste physiquement et nous est rendue sensible, et, de même que la mobilité est la nature caractéristique de l’Air (Vâyu), le toucher est le sens qui lui correspond en propre, car c’est par le toucher que nous percevons la forme d’une façon générale (57). Cependant, ce sens, en raison de son mode limité de perception, qui s’opère exclusivement par contact, ne peut pas nous donner encore directement et immédiatement la notion intégrale de l’étendue corporelle (à trois dimensions) (58), ce qui appartiendra seulement au sens de la vue ; mais l’existence actuelle de cette étendue est déjà supposée ici par celle de la forme, puisqu’elle conditionne la manifestation de cette dernière, du moins dans le monde physique (59).

D’autre part, en tant que l’Air procède de l’Éther, le son est aussi sensible en lui ; comme le mouvement différencié implique, ainsi que nous l’avons établi plus haut, la distinction des directions de l’espace, le rôle de l’Air dans la perception du son, à part sa qualité de milieu dans lequel s’amplifient les vibrations éthériques, consistera principalement à nous faire reconnaître la direction suivant laquelle ce son est produit par rapport à la situation actuelle de notre corps. Dans les organes physiologiques de l’ouïe, la partie qui correspond à cette perception de la direction (perception qui, d’ailleurs, ne devient effectivement complète qu’avec et par la notion de l’étendue à trois dimensions) constitue ce qu’on appelle les « canaux semi-circulaires », lesquels sont précisément orientés suivant les trois dimensions de l’espace physique (60).

Enfin, à un point de vue autre que celui des qualités sensibles, l’Air est le milieu substantiel dont procède le souffle vital (prâna) ; c’est pourquoi les cinq phases de la respiration et de l’assimilation, qui sont des modalités ou des aspects de celui-ci, sont, dans leur ensemble, identifiées à Vâyu (61). C’est là le rôle particulier de l’Air en ce qui concerne la vie ; nous voyons donc que, pour cet élément comme pour le précédent, nous avons bien eu à considérer, ainsi que nous l’avions prévu, la totalité des cinq conditions de l’existence corporelle et leurs relations ; il en sera encore de même pour chacun des trois autres éléments, qui procèdent des deux premiers, et dont nous allons parler maintenant.

(À suivre.)

(48) Il importe de remarquer que « dynamique » n’est nullement synonyme de « cinétique » : le mouvement peut être considéré comme la conséquence d’une certaine action de la force (rendant ainsi cette action mesurable, par une traduction spatiale, en permettant de définir son « intensité »), mais il ne peut s’identifier à cette force même ; d’ailleurs, sous d’autres modalités et dans d’autres conditions, la force (ou la volonté) en action produit évidemment tout autre chose que le mouvement, puisque, comme nous l’avons fait remarquer un peu plus haut, celui-ci ne constitue qu’un cas particulier parmi les indéfinités de modifications possibles qui sont comprises dans le monde extérieur, c’est-à-dire dans l’ensemble de la manifestation universelle.

(49) Cette puissance active peut d’ailleurs être envisagée sous différents aspects : comme pouvoir créateur, elle est plus particulièrement appelée Kriyâ-Shakti, tandis que Jnâna-Shakti est le pouvoir de connaissance, Ichchhâ-Shakti le pouvoir de désir, et ainsi de suite, en considérant l’indéfinie multiplicité des attributs manifestés par l’Être dans le monde extérieur, mais sans fractionner aucunement pour cela, dans la pluralité de ces aspects, l’unité de la Puissance Universelle en soi, qui est nécessairement corrélative de l’unité essentielle de l’Être, et impliquée par cette unité même. - Dans l’ordre psychologique, cette puissance active est représentée par אשה, « faculté volitive » de איש, l’« homme intellectuel » (voir Fabre d’Olivet, La Langue hébraïque restituée).

(50) La Possibilité Universelle, regardée, dans son unité intégrale, (mais, bien entendu, quant aux possibilités de manifestation seulement), comme le côté féminin de l’Être (dont le côté masculin est Purusha, qui est l’Être lui-même dans son identité suprême et « non-agissante » en soi), se polarise donc ici en puissance active (Shakti) et puissance passive (Prakritî). - Sur la représentation hiéroglyphique de ces deux puissances active et passive par י et מ respectivement, voir L’Archéomètre, 2ème année, n° 2, pp. 51 à 54 ; voir aussi, sur leur signification cosmogonique, Le Symbolisme de la Croix, 2ème année, n° 5, p. 149, note 1 [(note 38)].

(51) Mais cette polarisation reste potentielle (donc tout idéale, et non sensible) tant que nous n’avons pas à envisager le complémentarisme actuel du Feu et de l’Eau (chacun de ceux-ci restant d’ailleurs de même polarisé en puissance) ; jusque-là, les deux aspects actif et passif ne peuvent être dissociés que conceptuellement, puisque l’Air est encore un élément neutre.

(52) Pour tout point de l’étendue, l’aspect statique est réfléchi par rapport à l’aspect dynamique, qui est direct en tant qu’il participe immédiatement de l’essence du point principiel (ce qui implique une identification), mais qui, cependant, est lui-même réfléchi par rapport à ce point considéré en soi, dans son indivisible unité ; il ne faut jamais perdre de vue que la considération de l’activité et de la passivité n’implique qu’une relation ou un rapport entre deux termes envisagés comme réciproquement complémentaires.

(53) Voir précédemment, 3ème année, n° 1, p. 11.

(54) Il est bien entendu par là même que, réciproquement, la vie, dans le monde physique, ne peut se manifester autrement que dans des formes ; mais ceci ne prouve rien contre l’existence possible d’une vie informelle en dehors de ce monde physique, sans cependant qu’il soit légitime de considérer la vie, même dans toute l’indéfinité de son extension, comme étant plus qu’une possibilité contingente comparable à toutes les autres, et intervenant, au même titre que ces autres, dans la détermination de certains états individuels des êtres manifestés, états qui procèdent de certains aspects spécialisés et réfractés de l’Être Universel.

(55) Il est impossible de déterminer des caractères permettant d’établir des distinctions certaines et précises entre ces trois règnes, qui semblent se rejoindre surtout par leurs formes les plus élémentaires, embryonnaires en quelque sorte. - Sur les manifestations de la vie dans le règne minéral, et spécialement dans les cristaux, voir Les Néo-Spiritualistes, 2ème année, n° 11, p. 294.

(56) On voit suffisamment par là ce qu’il faut penser, au point de vue physique, du prétendu « principe de l’inertie de la matière » : la matière véritablement inerte, c’est-à-dire dénuée de toute attribution ou propriété actuelle, donc indistincte et indifférenciée, pure puissance passive et réceptive sur laquelle s’exerce une activité dont elle n’est point cause, n’est, nous le répétons, que conceptible en tant qu’on l’envisage séparément de cette activité dont elle n’est que le « substratum », et de laquelle elle tient toute réalité actuelle ; et c’est cette activité (à laquelle elle ne s’oppose, pour lui fournir un support, que par l’effet d’une réflexion contingente qui ne lui donne aucune réalité indépendante) qui, par réaction (en raison de cette réflexion même), en fait, dans les conditions spéciales de l’existence physique, le lieu de tous les phénomènes sensibles (ainsi d’ailleurs que d’autres phénomènes qui ne rentrent pas dans les limites de perception de nos sens), le milieu substantiel et plastique de toutes les modifications corporelles.

(57) Il est bon de remarquer à ce propos que les organes du toucher sont répartis sur toute la superficie (extérieure et intérieure) de notre organisme, qui se trouve en contact avec le milieu atmosphérique.

(58) Le contact ne pouvant s’opérer qu’entre des surfaces (en raison de l’impénétrabilité de la matière physique, propriété sur laquelle nous aurons à revenir par la suite), la perception qui en résulte ne peut donc donner d’une façon immédiate que la notion de surface, dans laquelle interviennent seulement deux dimensions de l’étendue.

(59) Nous ajoutons toujours cette restriction pour ne limiter en rien les possibilités indéfinies de combinaisons des diverses conditions contingentes d’existence, et en particulier de celles de l’existence corporelle, qui ne se trouvent réunies d’une façon nécessairement constante que dans le domaine de cette modalité spéciale.

(60) Ceci explique pourquoi il est dit que les directions de l’espace sont les oreilles de Vaishwânara (voir La Constitution de l’être humain et son évolution posthume selon le Védânta, 2ème année, n° 10, p. 264).

(61) Pour la définition de ces cinq vâyus, voir La Constitution de l’être humain et son évolution posthume selon le Védânta, 2ème année, n° 9, p. 243.

[René Guénon, Les conditions de l’existence corporelle, La Gnose, janvier, février 1912. Article non achevé suite à la disparition de la revue La Gnose ainsi que pour des raisons plus énigmatiques : cf. Charles-André Gilis, Introduction a l’enseignement et au mystère de René Guénon, Chap. VIII : L’énigme des « conditions de l’existence corporelle »].

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