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Publié par Abdoullatif

Miniature en ouverture du Zubdat at-Tawârikh (Musée de Topkapi, 1583), représentant la Terre, les sept cieux planétaires, les sept pôles, les douze signes du zodiaque, les vingt-huit mansions lunaires et les huit anges porteurs du Trône. Les sept cieux planétaires et les sept terres de la tradition islamique évoquent la correspondance avec, respectivement et du point de vue de l’enchainement causal des cycles, les sept Swargas et les sept Pâtâlas de la tradition hindoue.

Miniature en ouverture du Zubdat at-Tawârikh (Musée de Topkapi, 1583), représentant la Terre, les sept cieux planétaires, les sept pôles, les douze signes du zodiaque, les vingt-huit mansions lunaires et les huit anges porteurs du Trône. Les sept cieux planétaires et les sept terres de la tradition islamique évoquent la correspondance avec, respectivement et du point de vue de l’enchainement causal des cycles, les sept Swargas et les sept Pâtâlas de la tradition hindoue.

On nous a parfois demandé, à propos des allusions que nous avons été amené à faire çà et là à la doctrine hindoue des cycles cosmiques et à ses équivalents qui se rencontrent dans d’autres traditions, si nous ne pourrions en donner, sinon un exposé complet, tout au moins une vue d’ensemble suffisante pour en dégager les grandes lignes. À la vérité, il nous semble que c’est là une tâche à peu près impossible, non seulement parce que la question est fort complexe en elle-même, mais surtout à cause de l’extrême difficulté qu’il y a à exprimer ces choses en une langue européenne et de façon à les rendre intelligibles à la mentalité occidentale actuelle, qui n’a nullement l’habitude de ce genre de considérations. Tout ce qu’il est réellement possible de faire, à notre avis, c’est de chercher à éclaircir quelques points par des remarques telles que celles qui vont suivre, et qui ne peuvent en somme avoir d’autre prétention que d’apporter de simples suggestions sur le sens de la doctrine dont il s’agit, bien plutôt que d’expliquer celle-ci véritablement.

Nous devons considérer un cycle, dans l’acception la plus générale de ce terme, comme représentant le processus de développement d’un état quelconque de manifestation, ou, s’il s’agit de cycles mineurs, de quelqu’une des modalités plus ou moins restreintes et spécialisées de cet état. D’ailleurs, en vertu de la loi de correspondance qui relie toutes choses dans l’Existence universelle, il y a toujours et nécessairement une certaine analogie soit entre les différents cycles de même ordre, soit entre les cycles principaux et leurs divisions secondaires. C’est là ce qui permet d’employer, pour en parler, un seul et même mode d’expression, bien que celui-ci ne doive souvent être entendu que symboliquement, l’essence même de tout symbolisme étant précisément de se fonder sur les correspondances et les analogies qui existent réellement dans la nature des choses. Nous voulons surtout faire allusion ici à la forme « chronologique » sous laquelle se présente la doctrine des cycles : Le Kalpa représentant le développement total d’un monde, c’est-à-dire d’un état ou degré de l’Existence universelle, il est évident qu’on ne pourra parler littéralement de la durée d’un Kalpa, évaluée suivant une mesure de temps quelconque, que s’il s’agit de celui qui se rapporte à l’état dont le temps est une des conditions déterminantes, et qui constitue proprement notre monde. Partout ailleurs, cette considération de la durée et de la succession qu’elle implique ne pourra plus avoir qu’une valeur symbolique et devra être transposée analogiquement, la succession temporelle n’étant alors qu’une image de l’enchaînement, logique et ontologique à la fois, d’une série « extra-temporelle » de causes et d’effets ; mais, d’autre part, comme le langage humain ne peut exprimer directement d’autres conditions que celles de notre état, un tel symbolisme est par là même justifié et doit être regardé comme parfaitement naturel et normal.

Nous n’avons pas l’intention de nous occuper présentement des cycles les plus étendus, tels que les Kalpas ; nous nous bornerons à ceux qui se déroulent à l’intérieur de notre Kalpa, c’est-à-dire aux Manvantaras et à leurs subdivisions. À ce niveau, les cycles ont un caractère à la fois cosmique et historique, car ils concernent plus spécialement l’humanité terrestre, tout en étant en même temps étroitement liés aux évènements qui se produisent dans notre monde en dehors de celle-ci. Il n’y a là rien dont on doive s’étonner, car l’idée de considérer l’histoire humaine comme isolée en quelque sorte de tout le reste est exclusivement moderne et nettement opposée à ce qu’enseignent toutes les traditions, qui affirment au contraire unanimement une corrélation nécessaire et constante entre les deux ordres cosmique et humain.

Les Manvantaras, ou ères de Manus successifs, sont au nombre de quatorze, formant deux séries septénaires dont la première comprend les Manvantaras passés et celui où nous sommes présentement, et la seconde les Manvantaras futurs. Ces deux séries, dont l’une se rapporte ainsi au passé, avec le présent qui en est la résultante immédiate, et l’autre à l’avenir, peuvent être mises en correspondance avec celles des sept Swargas et des sept Pâtâlas, qui représentent l’ensemble des états respectivement supérieurs et inférieurs à l’état humain, si l’on se place au point de vue de la hiérarchie des degrés de l’Existence ou de la manifestation universelle, ou antérieurs et postérieurs par rapport à ce même état, si l’on se place au point de vue de l’enchaînement causal des cycles décrit symboliquement, comme toujours, sous l’analogie d’une succession temporelle. Ce dernier point de vue est évidemment celui qui importe le plus ici : il permet de voir, à l’intérieur de notre Kalpa, comme une image réduite de tout l’ensemble des cycles de la manifestation universelle, suivant la relation analogique que nous avons mentionnée précédemment, et, en ce sens, on pourrait dire que la succession des Manvantaras marque en quelque sorte un reflet des autres mondes dans le nôtre. On peut d’ailleurs remarquer encore, pour confirmer ce rapprochement, que les deux mots Manu et Loka sont employés l’un et l’autre comme désignations symboliques du nombre 14 ; parler à cet égard d’une simple « coïncidence » serait faire preuve d’une complète ignorance des raisons profondes qui sont inhérentes à tout symbolisme traditionnel.

Il y a lieu d’envisager encore une autre correspondance avec les Manvantaras, en ce qui concerne les sept Dwîpas ou « régions » en lesquelles est divisé notre monde ; en effet, bien que ceux-ci soient représentés, suivant le sens propre du mot qui les désigne, comme autant d’îles ou de continents répartis d’une certaine façon dans l’espace, il faut bien se garder de prendre ceci littéralement et de les regarder simplement comme des parties différentes de la terre actuelle ; en fait, ils « émergent » tour à tour et non simultanément, ce qui revient à dire qu’un seul d’entre eux est manifesté dans le domaine sensible pendant le cours d’une certaine période. Si cette période est un Manvantara, il faudra en conclure que chaque Dwîpa devra apparaître deux fois dans le Kalpa, soit une fois dans chacune des deux séries septénaires dont nous venons de parler ; et, du rapport de ces deux séries, qui se correspondent en sens inverse comme il en est dans tous les cas similaires, et en particulier pour celles des Swargas et des Pâtâlas, on peut déduire que l’ordre d’apparition des Dwîpas devra également, dans la seconde série, être inverse de ce qu’il a été dans la première. En somme, il s’agit là d’états différents du monde terrestre, bien plutôt que de « régions » à proprement parler ; le Jambu-Dwîpa représente en réalité la terre entière dans son état actuel, et, s’il est dit s’étendre au sud de Mêru, ou de la montagne « axiale » autour de laquelle s’effectuent les révolutions de notre monde, c’est qu’en effet, le Mêru étant identifié symboliquement au pôle Nord, toute la terre est bien véritablement située au sud par rapport à celui-ci. Pour expliquer ceci plus complètement, il faudrait pouvoir développer le symbolisme des directions de l’espace, suivant lesquelles sont répartis les Dwîpas, ainsi que les relations de correspondance qui existent entre ce symbolisme spatial et le symbolisme temporel sur lequel repose toute la doctrine des cycles ; mais, comme il ne nous est pas possible d’entrer ici dans ces considérations qui demanderaient à elles seules tout un volume, nous devons nous contenter de ces indications sommaires, que pourront d’ailleurs facilement compléter par eux-mêmes tous ceux qui ont déjà quelque connaissance de ce dont il s’agit.

Cette façon d’envisager les sept Dwîpas se trouve confirmée aussi par les données concordantes d’autres traditions dans lesquelles il est également parlé des « sept terres », notamment dans l’ésotérisme islamique et la Kabbale hébraïque : ainsi, dans cette dernière, ces « sept terres », tout en étant figurées extérieurement par autant de divisions de la terre de Chanaan, sont mises en rapport avec les règnes des « sept rois d’Édom », qui correspondent assez manifestement aux sept Manus de la première série ; et elles sont toutes comprises dans la « Terre des Vivants », qui représente le développement complet de notre monde, considéré comme réalisé de façon permanente dans son état principiel. Nous pouvons noter ici la coexistence de deux points de vue, l’un de succession, qui se réfère à la manifestation en elle-même, et l’autre de simultanéité, qui se réfère à son principe, ou à ce qu’on pourrait appeler son « archétype » ; et, au fond, la correspondance de ces deux points de vue équivaut d’une certaine façon à celle du symbolisme temporel et du symbolisme spatial, à laquelle nous venons précisément de faire allusion en ce qui concerne les Dwîpas de la tradition hindoue.

Dans l’ésotérisme islamique, les « sept terres » apparaissent, peut-être plus explicitement encore, comme autant de tabaqât ou « catégories » de l’existence terrestre, qui coexistent et s’interpénètrent en quelque sorte, mais dont une seule peut être actuellement atteinte par les sens, tandis que les autres sont à l’état latent et ne peuvent être perçues qu’exceptionnellement et dans certaines conditions spéciales ; et, ici encore, elles sont tour à tour manifestées extérieurement, dans les diverses périodes qui se succèdent au cours de la durée totale de ce monde. D’autre part, chacune des « sept terres » est régie par un Qutb ou « Pôle », qui correspond ainsi très nettement au Manu de la période pendant laquelle sa terre est manifestée ; et ces sept Aqtâb sont subordonnés au « Pôle » suprême, comme les différentes Manus le sont à l’Adi-Manu ou Manu primordial ; mais en outre, en raison de la coexistence des « sept terres », ils exercent aussi, sous un certain rapport, leurs fonctions d’une façon permanente et simultanée. Il est à peine besoin de faire remarquer que cette désignation de « Pôle » se rattache étroitement au symbolisme « polaire » du Mêru que nous avons mentionné tout à l’heure, le Mêru lui-même ayant d’ailleurs pour exact équivalent la montagne de Qâf dans la tradition islamique. Ajoutons encore que les sept « Pôles » terrestres sont considérés comme les reflets des sept « Pôles » célestes, qui président respectivement aux sept cieux planétaires ; et ceci évoque naturellement la correspondance avec les Swargas dans la doctrine hindoue, ce qui achève de montrer la parfaite concordance qui existe à ce sujet entre les deux traditions.

Nous envisagerons maintenant les divisions d’un Manvantara, c’est-à-dire les Yugas, qui sont au nombre de quatre ; et nous signalerons tout d’abord, sans y insister longuement, que cette division quaternaire d’un cycle est susceptible d’applications multiples, et qu’elle se retrouve en fait dans beaucoup de cycles d’ordre plus particulier : on peut citer comme exemples les quatre saisons de l’année, les quatre semaines du mois lunaire, les quatre âges de la vie humaine ; ici encore, il y a correspondance avec le symbolisme spatial, rapporté principalement en ce cas aux quatre points cardinaux. D’autre part, on a souvent remarqué l’équivalence manifeste des quatre Yugas avec les quatre âge d’or, d’argent, d’airain et de fer, tels qu’ils étaient connus de l’antiquité gréco-latine : de part et d’autre, chaque période est également marquée par une dégénérescence par rapport à celle qui l’a précédée ; et ceci, qui s’oppose directement à l’idée de « progrès » telle que le conçoivent les modernes, s’explique très simplement par le fait que tout développement cyclique, c’est-à-dire, en somme, tout processus de manifestation, impliquant nécessairement un éloignement graduel du principe, constitue bien véritablement, en effet, une « descente », ce qui est d’ailleurs aussi le sens réel de la « chute » dans la tradition judéo-chrétienne.

D’un Yuga à l’autre, la dégénérescence s’accompagne d’une décroissance de la durée, qui est d’ailleurs considérée comme influençant la longueur de la vie humaine ; et ce qui importe avant tout à cet égard, c’est le rapport qui existe entre les durées respectives de ces différentes périodes. Si la durée totale du Manvantara est représentée par 10, celle du Krita-Yuga ou Satya-Yuga le sera par 4, celle du Trêtâ-Yuga par 3, celle du Dwâpara-Yuga par 2, et celle du Kali-Yuga par 1 ; ces nombres sont aussi ceux des pieds du taureau symbolique de Dharma qui sont figurés comme reposant sur la terre pendant les mêmes périodes. La division du Manvantara s’effectue donc suivant la formule 10 = 4 + 3 + 2 + 1, qui est, en sens inverse, celle de la Tétraktys pythagoricienne : 1 + 2 + 3 + 4 = 10 ; cette dernière formule correspond à ce que le langage de l’hermétisme occidental appelle la « circulature du quadrant », et l’autre au problème inverse de la « quadrature du cercle », qui exprime précisément le rapport de la fin du cycle à son commencement, c’est-à-dire, l’intégration de son développement total ; il y a là tout un symbolisme à la fois arithmétique et géométrique que nous ne pouvons qu’indiquer encore en passant pour ne pas trop nous écarter de notre sujet principal.

Quant aux chiffres indiqués dans divers textes pour la durée du Manvantara, et par suite pour celle des Yugas, il doit être bien entendu qu’il ne faut nullement les regarder comme constituant une « chronologie » au sens ordinaire de ce mot, nous voulons dire comme exprimant des nombres d’années devant être pris à la lettre ; c’est d’ailleurs pourquoi certaines variations apparentes dans ces données n’impliquent au fond aucune contradiction réelle. Ce qui est à considérer dans ces chiffres, d’une façon générale, c’est seulement le nombre 4 320, pour la raison que nous allons expliquer par la suite, et non point les zéros plus ou moins nombreux dont il est suivi, et qui peuvent même être surtout destinés à égarer ceux qui voudraient se livrer à certains calculs. Cette précaution peut sembler étrange à première vue, mais elle est cependant facile à expliquer : si la durée réelle du Manvantara était connue, et si en outre, son point de départ était déterminé avec exactitude, chacun pourrait sans difficulté en tirer des déductions permettant de prévoir certains événements futurs ; or, aucune tradition orthodoxe n’a jamais encouragé les recherches au moyen desquelles l’homme peut arriver à connaître l’avenir dans une mesure plus ou moins étendue, cette connaissance présentant pratiquement beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages véritables. C’est pourquoi le point de départ et la durée du Manvantara ont toujours été dissimulés plus ou moins soigneusement, soit en ajoutant ou en retranchant un nombre déterminé d’années aux dates réelles, soit en multipliant ou divisant les durées des périodes cycliques de façon à conserver seulement leurs proportions exactes ; et nous ajouterons que certaines correspondances ont parfois aussi été interverties pour des motifs similaires.

Si la durée du Manvantara est 4 320, celles des quatre Yugas seront respectivement 1 728, 1 296, 864 et 432 ; mais par quel nombre faudra-t-il multiplier ceux-là pour obtenir l’expression de ces durées en années ? Il est facile de remarquer que tous les nombres cycliques sont en rapport direct avec la division géométrique du cercle : ainsi, 4 320 = 360 x 12 ; il n’y a d’ailleurs rien d’arbitraire ou de purement conventionnel dans cette division, car, pour des raisons relevant de la correspondance qui existe dans l’arithmétique et la géométrie, il est normal qu’elle s’effectue suivant des multiples de 3, 9, 12, tandis que la division décimale est celle qui convient proprement à la ligne droite. Cependant, cette observation, bien que vraiment fondamentale, ne permettrait pas d’aller très loin dans la détermination des périodes cycliques, si l’on ne savait, en outre, que la base principale de celles-ci, dans l’ordre cosmique, est la période astronomique de la précession des équinoxes, dont la durée est de 25 920 ans, de telle sorte que le déplacement des points équinoxiaux est d’un degré en 72 ans. Ce nombre 72 est précisément un sous-multiple de 4 320 = 72 x 60, et 4 320 est à son tour un sous-multiple de 25 920 = 4 320 x 6 ; le fait qu’on retrouve pour la précession des équinoxes les nombres liés à la division du cercle est d’ailleurs encore une preuve du caractère véritablement naturel de cette dernière ; mais la question qui se pose est maintenant celle-ci : quel multiple ou sous-multiple de la période astronomique dont il s’agit correspond réellement à la durée du Manvantara ?

La période qui apparaît le plus fréquemment dans différentes traditions, à vrai dire, est peut-être moins celle même de la précession des équinoxes que sa moitié : c’est, en effet, celle-ci qui correspond notamment à ce qu’était la « grande année » des Perses et des Grecs, évaluée souvent par approximation à 12 000 ou 13 000 ans, sa durée exacte étant de 12 960 ans. Étant donné l’importance toute particulière qui est ainsi attribuée à cette période, il est à présumer que le Manvantara devra comprendre un nombre entier de ces « grandes années » ; mais alors quel sera ce nombre ? À cet égard, nous trouvons tout au moins, ailleurs que dans la tradition hindoue, une indication précise, et qui semble assez plausible pour pouvoir cette fois être acceptée littéralement : chez les Chaldéens, la durée du règne de Xisuthros, qui est manifestement identique à Vaivaswata, le Manu de l’ère actuelle, est fixée à 64 800, soit exactement cinq « grandes années ». Remarquons incidemment que le nombre 5, étant celui des bhûtas ou éléments du monde sensible, doit nécessairement avoir une importance spéciale au point de vue cosmologique, ce qui tend à confirmer la réalité d’une telle évaluation : peut-être même y aurait-il lieu d’envisager une certaine corrélation entre les cinq bhûtas et les cinq « grandes années » successives dont il s’agit, d’autant plus que, en fait, on rencontre dans les traditions anciennes de l’Amérique centrale une association expresse des éléments avec certaines périodes cycliques ; mais c’est là une question qui demanderait à être examinée de plus près. Quoi qu’il en soit, si telle est bien la durée réelle du Manvantara, et si l’on continue à prendre pour base le nombre 4 320, qui est égal au tiers de la « grande année », c’est donc par 15 que ce nombre devra être multiplié. D’autre part, les cinq « grande année » seront naturellement réparties de façon inégale, mais suivant des rapports simples, dans les quatre Yugas : le Krita-Yuga en contiendra 2, le Trêtâ-Yuga 1 ½, le Dwâpara-Yuga 1, et le Kali-Yuga ½ ; ces nombres sont d’ailleurs, bien entendu la moitié de ceux que nous avions précédemment en représentant par 10 la durée du Manvantara. Évaluées en années ordinaires, ces mêmes durées des quatre Yugas seront respectivement de 25 920, 19 440, 12 960 et 6 480 ans, formant le total de 64 800 ans ; et l’on reconnaîtra que ces chiffres se tiennent au moins dans des limites parfaitement vraisemblables, pouvant fort bien correspondre à l’ancienneté réelle de la présente humanité terrestre.

Nous arrêterons là ces quelques considérations, car, pour ce qui est du point de départ de notre Manvantara, et, par conséquent, du point exact de son cours où nous en sommes actuellement, nous n’entendons pas nous risquer à essayer de les déterminer. Nous savons, pour toutes les données traditionnelles, que nous sommes depuis longtemps déjà dans le Kali-Yuga ; nous pouvons dire, sans aucune crainte d’erreur, que nous sommes même dans une phase avancée de celui-ci, phase dont les descriptions données dans les Purânas répondent d’ailleurs, de la façon la plus frappante, aux caractères de l’époque actuelle ; mais ne serait-il pas imprudent de vouloir préciser davantage, et, par surcroît, cela n’aboutirait-il pas inévitablement à ces sortes de prédictions auxquelles la doctrine traditionnelle a, non sans de graves raisons, opposé tant d’obstacles ?

[René Guénon, Quelques remarques sur la doctrine des cycles cosmiques, Études Traditionnelles, octobre 1938. Publié la première fois en anglais dans le Journal of Indian Society of Oriental Art, juin-décembre 1937 dédié à A. K. Coomaraswamy, à l’occasion de son soixantième anniversaire. Publié aussi en français dans le recueil posthume Formes traditionnelles et cycles cosmiques]

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Armanjac 19/04/2014 18:32

Ouf! J'en ai fini la lecture ... Et n'ai plus qu'à en recommencer l'exercice. "Anne, ma sœur Anne ...", pour n'en rien voir venir? Âmes errantes et chercheur de Vérité ...