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Publié par Abdoullatif

René Guénon - L’Arbre du Milieu.

Un autre aspect du symbolisme de la croix est celui qui l’identifie à ce que les diverses traditions désignent comme l’« Arbre du Milieu » ou par quelque autre terme équivalent ; nous avons vu ailleurs que cet arbre est un des nombreux symboles de l’« Axe du Monde » (1). C’est donc la ligne verticale de la croix, figure de cet axe, qui est ici à considérer principalement : elle constitue le tronc de l’arbre, tandis que la ligne horizontale (ou les deux lignes horizontales pour la croix à trois dimensions) en forme les branches. Cet arbre s’élève au centre du monde, ou plutôt d’un monde, c’est-à-dire du domaine dans lequel se développe un état d’existence, tel que l’état humain qui est envisagé le plus habituellement en pareil cas. Dans le symbolisme biblique, en particulier, c’est l’« Arbre de Vie », qui est planté au milieu du « Paradis terrestre », lequel représente lui-même le centre de notre monde, ainsi que nous l’avons expliqué en d’autres occasions (2). Bien que nous n’ayons pas l’intention de nous étendre ici sur toutes les questions relatives au symbolisme de l’arbre, et qui demanderaient une étude spéciale, il est cependant, à ce propos, quelques points que nous ne croyons pas inutile d’expliquer.

Dans le Paradis terrestre, il n’y avait pas que l’« Arbre de Vie » ; il en est un autre qui joue un rôle non moins important et même plus généralement connu : c’est l’« Arbre de la Science du bien et du mal » (3). Les relations qui existent entre ces deux arbres sont très mystérieuses : le récit biblique, immédiatement après avoir désigné l’« Arbre de Vie » comme étant « au milieu du jardin », nomme l’« Arbre de la Science du bien et du mal » (4) ; plus loin, il est dit que ce dernier était également « au milieu du jardin » (5) ; et enfin Adam, après avoir mangé le fruit de l’« Arbre de la Science », n’aurait eu qu’à « étendre sa main » pour prendre aussi du fruit de l’« Arbre de Vie » (6). Dans le second de ces trois passages, la défense faite par Dieu est même rapportée uniquement à « l’arbre qui est au milieu du jardin », et qui n’est pas autrement spécifié ; mais, en se reportant à l’autre passage où cette défense a été déjà énoncée (7), on voit que c’est évidemment de l’« Arbre de la Science du bien et du mal » qu’il s’agit en ce cas. C’est sans doute en raison du lien que cette proximité établit entre les deux arbres qu’ils sont étroitement unis dans le symbolisme, à tel point que certains arbres emblématiques présentent des traits qui évoquent l’un et l’autre à la fois ; mais il reste à expliquer en quoi ce lien consiste en réalité.

La nature de l’« Arbre de la Science du bien et du mal » peut, comme son nom même l’indique, être caractérisée par la dualité, puisque nous trouvons dans cette désignation deux termes qui sont non pas même complémentaires, mais véritablement opposés, et dont on peut dire en somme que toute raison d’être réside dans cette opposition, car, quand celle-ci est dépassée, il ne saurait plus être question de bien ni de mal ; il ne peut en être de même pour l’« Arbre de Vie », dont la fonction d’« Axe du Monde » implique au contraire essentiellement l’unité. Donc, quand nous trouvons dans un arbre emblématique une image de la dualité, il semble bien qu’il faille voir là une allusion à l’« Arbre de la Science », alors même que, à d’autres égards, le symbole considéré serait incontestablement une figure de l’« Arbre de Vie ». Il en est ainsi, par exemple, pour l’« arbre séphirothique » de la Qabbalah hébraïque, qui est expressément désigné comme l’« Arbre de Vie », et où cependant la « colonne de droite » et la « colonne de gauche » offrent la figure de la dualité ; mais entre les deux est la « colonne du milieu », où s’équilibrent les deux tendances opposées, et où se retrouve ainsi l’unité véritable de l’« Arbre de Vie » (8).

La nature duelle de l’« Arbre de la Science » n’apparaît d’ailleurs à Adam qu’au moment même de la « chute », puisque c’est alors qu’il devient « connaissant le bien et le mal » (9). C’est alors aussi qu’il est éloigné du centre qui est le lieu de l’unité première, à laquelle correspond l’« Arbre de Vie » ; et c’est précisément « pour garder le chemin de l’Arbre de Vie » que les Kerubim (les « tétramorphes » synthétisant en eux le quaternaire des puissances élémentaires, armés de l’épée flamboyante, sont placés à l’entrée de l’Eden (10). Ce centre est devenu inaccessible pour l’homme déchu, ayant perdu le « sens de l’éternité », qui est aussi le « sens de l’unité » (11) ; revenir au centre, par la restauration de l’« état primordial », et atteindre l’« Arbre de Vie », c’est recouvrer ce « sens de l’éternité ».

(1) Le Roi du Monde, ch. II ; sur l’« Arbre du Monde » et ses différentes formes, voir aussi L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, ch. VIII. - Dans l’ésotérisme islamique, il existe un traité de Mohyiddin ibn Arabi intitulé L’Arbre du Monde (Shajaratul-Kawn).

(2) Le Roi du Monde, ch. V et IX ; Autorité spirituelle et pouvoir temporel, ch. V et VIII.

(3) Sur le symbolisme végétal en relation avec le « Paradis terrestre », voir L’Ésotérisme de Dante, ch. IX.

(4) Genèse, II, 9.

(5) Ibid., III, 3.

(6) Ibid., III, 22.

(7) Ibid., II, 17.

(8) Sur l’« arbre séphirothique », voir Le Roi du Monde, ch III. - De même, dans le symbolisme médiéval, l’« arbre des vifs et des morts », par ses deux côtés dont les fruits représentent respectivement les œuvres bonnes et mauvaises, s’apparente nettement à l’« Arbre de la Science du bien et du mal » ; et en même temps son tronc, qui est le Christ lui-même, l’identifie à l’« Arbre de Vie ».

(9) Genèse, III, 22. - Lorsque « leurs yeux furent ouverts », Adam et Ève se couvrirent de feuilles de figuier (ibid., III, 7) ; ceci est à rapprocher du fait que, dans la tradition hindoue, l’« Arbre du Monde » est représenté par le figuier, et aussi du rôle que joue ce même arbre dans l’Évangile.

(10) Ibid., III, 24.

(11) Cf. Le Roi du Monde, ch. V.

D’autre part, on sait que la croix même du Christ est identifiée symboliquement à l’« Arbre de Vie » (lignum vitæ), ce qui se comprend d’ailleurs assez facilement ; mais, d’après une « légende de la Croix » qui avait cours au moyen âge, elle aurait été faite du bois de l’« Arbre de la Science », de sorte que celui-ci, après avoir été l’instrument de la « chute », serait devenu ainsi celui de la « rédemption ». On voit s’exprimer ici la connexion de ces deux idées de « chute » et de « rédemption », qui sont en quelque sorte inverses l’une de l’autre, et il y a là comme une allusion au rétablissement de l’ordre primordial (12) ; dans ce nouveau rôle, l’« Arbre de la Science » s’assimile en quelque sorte à l’« Arbre de Vie », la dualité étant effectivement réintégrée dans l’unité (13).

Ceci peut faire penser également au « serpent d’airain » élevé par Moïse dans le désert (14), et que l’on sait être aussi symbole de « rédemption », de sorte que la perche sur laquelle il est placé équivaut à cet égard à la croix et rappelle de même l’« Arbre de Vie » (15). Cependant, le serpent est plus habituellement associé à l’« Arbre de la Science » ; mais c’est qu’il est alors envisagé sous son aspect maléfique, et nous avons déjà fait observer ailleurs que, comme beaucoup d’autres symboles, il a deux significations opposées (16). Il ne faut pas confondre le serpent qui représente la vie et celui représente la mort, le serpent qui est un symbole du Christ et celui qui est un symbole de Satan (et cela même lorsqu’ils se trouvent aussi étroitement unis que dans la curieuse figuration de l’« amphisbène » ou serpent à deux têtes) ; et l’on pourrait dire que le rapport de ces deux aspects contraires n’est pas sans présenter une certaine similitude avec celui des rôles que jouent respectivement l’« Arbre de Vie » et l’« Arbre de la Science » (17).

Nous avons vu tout à l’heure qu’un arbre affectant une forme ternaire, comme l’« arbre séphirothique », peut synthétiser en lui, en quelque sorte, les natures de l’« Arbre de Vie » et de l’« Arbre de la Science », comme si ceux-ci se trouvaient réunis en un seul, le ternaire étant ici décomposable en l’unité et la dualité dont il est la somme (18). Au lieu d’un arbre unique, on peut avoir aussi, avec la même signification, un ensemble de trois arbres unis par leurs racines, celui du milieu étant l’« Arbre de Vie », et les deux autres correspondant à la dualité de l’« Arbre de la Science ». On trouve quelque chose de comparable dans la figuration de la croix du Christ entre deux autres croix, celles du bon et du mauvais larron : ceux-ci sont placés respectivement à la droite et à la gauche du Christ crucifié comme les élus et les damnés le seront à la droite et à la gauche du Christ triomphant au « Jugement dernier » ; et, en même temps qu’ils représentent évidemment le bien et le mal, ils correspondent aussi, par rapport au Christ, à la « Miséricorde » et à la « Rigueur », les attributs caractéristiques des deux colonnes latérales de l’« arbre séphirothique ». La croix du Christ occupe toujours la place centrale qui appartient proprement à l’« Arbre de Vie » ; et, lorsqu’elle est placée entre le soleil et la lune comme on le voit dans la plupart des anciennes figurations, il en est encore de même : elle est alors véritablement l’« Axe du Monde » (19).

Dans le symbolisme chinois, il existe un arbre dont les branches sont anastomosées de façon à ce que leurs extrémités se rejoignent deux à deux pour figurer la synthèse des contraires ou la résolution de la dualité dans l’unité ; on trouve ainsi, soit un arbre unique dont les branches se divisent et se rejoignent, soit deux arbres ayant même racine et se rejoignant de même par leurs branches (20). C’est le processus de la manifestation universelle : tout part de l’unité et revient à l’unité ; dans l’intervalle se produit la dualité, division ou différenciation d’où résulte la phase d’existence manifestée : les idées de l’unité et de la dualité sont donc réunies ici comme dans les autres figurations dont nous venons de parler (21). Il existe aussi des représentations de deux arbres distincts et joints par une seule branche (c’est ce qu’on appelle l’« arbre lié ») ; dans ce cas, une petite branche sort de la branche commune, ce qui indique nettement qu’il s’agit alors de deux principes complémentaires et du produit de leur union ; et ce produit peut être encore la manifestation universelle, issue de l’union du « Ciel » et de la « Terre », qui sont les équivalents de Purusha et de Prakriti dans la tradition extrême-orientale, ou encore de l’action et de la réaction réciproques du yang et du yin, éléments masculin et féminin dont procèdent et participent tous les êtres, et dont la réunion en équilibre parfait constitue (ou reconstitue) l’« Androgyne » primordial dont il a été question plus haut (22).

(12) Ce symbolisme est à rapprocher de ce que saint Paul dit des deux Adam (1ère Épître aux Corinthiens, XV), et à quoi nous avons déjà fait allusion plus haut. La figuration du crâne d’Adam au pied de la croix, en relation avec la légende d’après laquelle il aurait été enterré au Golgotha même (dont le nom signifie « crâne »), n’est qu’une autre expression symbolique du même rapport.

(13) Il est à remarquer que la croix, sous sa forme ordinaire se rencontre dans les hiéroglyphes égyptiens avec le sens de « salut » (par exemple dans le nom de Ptolémée Soter). Ce signe est nettement distinct de la « croix ansée » (ankh), qui, de son côté exprime l’idée de « vie », et qui fut d’ailleurs employée fréquemment comme symbole par les Chrétiens des premiers siècles. On peut se demander si le premier de ces deux hiéroglyphes n’aura pas un certain rapport avec la figuration de l’« Arbre de Vie » qui relierait l’une à l’autre ces deux formes différentes de croix, puisque leur signification serait ainsi en partie identique et, en tout cas, il y a entre les idées de « vie » et de « salut » une connexion évidente.

(14) Nombres, XXI.

(15) Le bâton d’Esculape a une signification similaire ; dans le caducée d’Hermès, on a les deux serpents en opposition, correspondant à la double signification du symbole.

(16) Le Roi du Monde, ch. III.

(17) Le serpent enroulé autour de l’arbre (ou autour du bâton qui en est un équivalent) est un symbole qui se rencontre dans la plupart des traditions ; nous verrons plus loin quelle en est la signification au point de vue de la représentation géométrique de l’être et de ses états.

(18) Dans un passage de l’Astrée d’Honoré d’Urfé, il est question d’un arbre à trois jets, d’après une tradition qui paraît bien être d’origine druidique.

(19) Cette identification de la croix à l’« Axe du Monde » se trouve énoncée expressément dans la devise des Chartreux : « Stat Crux dum volvitur orbis » [La croix demeure tandis que le monde tourne]. - Cf. le symbole du « globe du Monde », où la croix, surmontant le pôle, tient également la place de l’axe (voir L’Ésotérisme de Dante, ch. VIII).

(20) Ces deux formes se rencontrent notamment sur des bas reliefs de l’époque des Han.

(21) L’arbre dont il s’agit porte des feuilles trilobées rattachées à deux branches à la fois, et, à son pourtour, des fleurs en forme de calice ; des oiseaux volent autour ou sont posés sur l’arbre. - Sur le rapport entre le symbolisme des oiseaux et celui de l’arbre dans différentes traditions, voir L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, ch. III, où nous avons relevé à cet égard divers textes des Upanishads et la parabole évangélique du grain de sénevé ; on peut y ajouter, chez les Scandinaves, les deux corbeaux messagers d’Odin se reposant sur le frêne Ygdrasil, qui est une des formes de l’« Arbre du Monde ». Dans le symbolisme du moyen âge, on trouve également des oiseaux sur l’arbre Peridexion, au pied duquel est un dragon ; le nom de cet arbre est une corruption de Paradision, et il peut sembler assez étrange qu’il ait été ainsi déformé, comme si l’on avait cessé de le comprendre à un certain moment.

(22) Au lieu de l’« arbre lié », on trouve aussi parfois deux rochers joints de la même façon ; il y a d’ailleurs un rapport étroit entre l’arbre et le rocher, équivalent de la montagne, en tant que symboles de l’« Axe du Monde » ; et, d’une façon plus générale encore, il y a un rapprochement constant de la pierre et de l’arbre dans la plupart des traditions.

Revenons maintenant à la représentation du « Paradis terrestre » : de son centre, c’est-à-dire du pied même de l’« Arbre de Vie », partent quatre fleuves se dirigeant vers les quatre points cardinaux, et traçant ainsi la croix horizontale sur la surface même du monde terrestre, c’est-à-dire dans le plan qui correspond au domaine de l’état humain. Ces quatre fleuves, qu’on peut rapporter au quaternaire des éléments (23), et qui sont issus d’une source unique correspondant à l’éther primordial (24), divisent en quatre parties, qui peuvent être rapportées aux quatre phases d’un développement cyclique (25), l’enceinte circulaire du « Paradis terrestre », laquelle n’est autre que la coupe horizontale de la forme sphérique universelle dont il a été question plus haut (26).

L’« Arbre de Vie » se retrouve au centre de la « Jérusalem céleste », ce qui s’explique aisément quand on connaît les rapports de celle-ci avec le « Paradis terrestre » (27) : il s’agit de la réintégration de toutes choses dans l’« état primordial », en vertu de la correspondance de la fin du cycle avec son commencement, suivant ce que nous expliquerons encore par la suite. Il est remarquable que cet arbre, d’après le symbolisme apocalyptique, porte alors douze fruits (28), qui sont, comme nous l’avons dit ailleurs (29), assimilables aux douze Âdityas de la tradition hindoue, ceux-ci étant douze formes du soleil qui doivent apparaître toutes simultanément à la fin du cycle, rentrant alors dans l’unité essentielle de leur nature commune, car ils sont autant de manifestations d’une essence unique et indivisible, Aditi, qui correspond à l’essence une de l’« Arbre de Vie » lui-même, tandis que Diti correspond à l’essence duelle de l’« Arbre de la Science du bien et du mal » (30). D’ailleurs, dans diverses traditions, l’image du soleil est souvent liée à celle d’un arbre, comme si le soleil était le fruit de l’« Arbre du Monde » ; il quitte son arbre au début du cycle et vient s’y reposer à la fin (31). Dans les idéogrammes chinois, le caractère désignant le coucher du soleil le représente reposant sur son arbre à la fin du jour (qui est analogue à la fin du cycle) ; l’obscurité est représentée par un caractère qui figure le soleil tombé au pied de l’arbre. Dans l’Inde, on trouve l’arbre triple portant trois soleils, image de la Trimûrti, ainsi que l’arbre ayant pour fruits douze soleils, qui sont, comme nous venons de le dire, les douze Âdityas ; en Chine, on trouve également l’arbre à douze soleils, en relation avec les douze signes du Zodiaque ou avec les douze mois de l’année comme les Âdityas, et quelquefois aussi à dix, nombre de la perfection cyclique comme dans la doctrine pythagoricienne (32). D’une façon générale, les différents soleils correspondent à différentes phases d’un cycle (33) ; ils sortent de l’unité au commencement de celui-ci et y rentrent à la fin, qui coïncide avec le commencement d’un autre cycle, en raison de la continuité de tous les modes de l’Existence universelle.

(23) La Qabbalah, fait correspondre à ces quatre fleuves les quatre lettres dont est formé le mot PaRDeS.

(24) Cette source est, suivant la tradition des « Fidèles d’Amour », la « fontaine de jouvence » (fons juventutis), toujours représentée comme située au pied d’un arbre ; ses eaux sont donc assimilables au « breuvage d’immortalité » (l’amrita de la tradition hindoue) ; les rapports de l’« Arbre de Vie » avec le Soma vêdique et le Haoma mazdéen sont d’ailleurs évidents, (cf. Le Roi du Monde, ch. IV et VI). Rappelons aussi, à ce propos, la « rosée de lumière » qui, d’après la Qabbalah hébraïque, émane de l’« Arbre de Vie », et par laquelle doit s’opérer la résurrection des morts (voir ibid., ch. III) ; la rosée joue également un rôle important dans le symbolisme hermétique. Dans les traditions extrême-orientales, il est fait mention de l’« arbre de la rosée douce », situé sur le mont Kouenlun, qui est souvent pris comme un équivalent du Mêru et des autres « montagnes sacrées » (la « montagne polaire », qui est comme l’arbre, un symbole de l’« Axe du Monde », ainsi que nous venons de le rappeler). - Suivant la même tradition des « Fidèles d’Amour » (voir Luigi Valli, Il Linguaggio segreto di Dante e dei « Fedeli d’Amore »), cette source est aussi la « fontaine d’enseignement », ce qui se rapporte à la conservation de la Tradition primordiale au centre spirituel du monde ; nous retrouvons donc ici, entre l’« état primordial » et la « Tradition primordiale », le lien que nous avons signalé ailleurs au sujet du symbolisme du « Saint Graal » envisagé sous le double aspect de la coupe et du livre (Le Roi du Monde, ch. V). Rappelons encore la représentation, dans, le symbolisme chrétien, de l’agneau sur le livre scellé de sept sceaux, sur la montagne d’où descendent les quatre fleuves (voir ibid., ch. IX), nous verrons plus loin le rapport qui existe entre le symbole de l’« Arbre de Vie » et celui du « Livre de Vie ». - Un autre symbolisme pouvant donner lieu à des rapprochements, intéressants se trouve chez certains peuples de l’Amérique centrale, qui, « à l’intersection de deux diamètres rectangulaires tracés dans, un cercle, placent le cactus sacré, peyotl ou hicouri, symbolisant la « coupe d’immortalité » et qui est ainsi censé se trouver au centre d’une sphère creuse et au centre du monde » (A. Rouhier, La Plante qui fait les yeux émerveillés. Le Peyotl, Paris, 1927, p. 154). Cf. aussi, en correspondance avec les quatre fleuves, les quatre coupes sacrificielles des Rhibus dans le Vêda.

(25) Voir L’Ésotérisme de Dante, ch. VIII, où, à propos de la figure du « vieillard de Crète », qui représente les quatre âges l’humanité, nous avons indiqué l’existence d’un rapport analogique entre les quatre fleuves des Enfers et ceux du Paradis terrestre.

(26) Voir Le Roi du Monde, ch. XI.

(27) Voir encore ibid., ch. XI. - La figure de la « Jérusalem céleste » est, non plus circulaire, mais carrée, l’équilibre final étant alors atteint pour le cycle considéré.

(28) Les fruits de l’« Arbre de Vie » sont les « pommes d’or » du jardin des Hespérides ; la « toison d’or » des Argonautes, également placée sur un arbre et gardée par un serpent ou un dragon, est un autre symbole de l’immortalité que l’homme doit reconquérir.

(29) Voir Le Roi du Monde, ch. IV et XI.

(30) Les Dêvas, assimilés aux Âdityas, sont dits issus d’Aditi (« indivisibilité ») ; de Diti (« division ») sont issus les Daityas ou les Asuras. - Aditi est aussi, en un certain sens, la « Nature primordiale », appelée en arabe El-Fitrah.

(31) Ceci n’est pas sans rapport avec ce que nous avons indiqué ailleurs en ce qui concerne le transfert de certaines désignations des constellations polaires aux constellations zodiacales ou inversement (Le Roi du Monde, ch. X). - Le Soleil peut, d’une certaine façon être dit « fils du Pôle » ; de là l’antériorité du symbolisme « polaire » par rapport au symbolisme « solaire ».

(32) Cf., dans la doctrine hindoue, les dix Avatâras se manifestant pendant la durée d’un Manvantara.

(33) Chez les peuples de l’Amérique centrale, les quatre âges en lesquels est divisée la grande période cyclique sont considérés comme régis par quatre soleils différents, dont les désignations sont tirées de leur correspondance avec les quatre éléments.

[René Guénon, Le Symbolisme de la Croix, Chap.IX - L’Arbre du Milieu].

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