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Publié par Abdoullatif

Sourate 21, Les Prophètes, verset 87, cf. tradution ci-dessous..

Sourate 21, Les Prophètes, verset 87, cf. tradution ci-dessous..

LE VINGTIÈME TAWHÎD
provenant du Souffle du Tout-Miséricordieux, c'est Sa Parole :

Et le Possesseur du Nûn (1) lorsqu'il partit en colère et pensa que Nous ne pourrions rien contre lui. Il implora alors dans les ténèbres (zulumât) : « Pas de Dieu si ce n'est Toi ! Gloire à Ta Transcendance ! En vérité, j'ai été, moi, d'entre les injustes (zâlimîn) »
                                                   Sourate al-Anbiyâ (les Prophètes), verset 87

C'est le Tawhîd de la détresse, le Tawhîd de la deuxième personne (2) et celui du soulagement. Tout comme le Souffle du Tout-Miséricordieux a soulagé Muhammad — qu'Allâh répande sur lui Sa Grâce unitive et Sa Paix ! — au moyen des Ansârs ; il dit alors : « En vérité le Souffle du Tout-Miséricordieux me vient du côté du Yémen » ; or, il s'agissait des Ansârs, qui furent existenciés à partir de ce Souffle rahmânien, et qui étaient eux-mêmes les Paroles du Vrai (Kalimât al-Haqq) (3) ; ainsi Allâh a soulagé Jonas — sur lui la Paix ! — en le faisant sortir du ventre de la baleine. Ensuite II a agi avec son peuple de la même manière qu'avec lui en écartant le châtiment après qu'ils l'aient vu fondre sur eux : ils crurent alors — qu'Allâh le rende satisfait de sa communauté ! — et leur Foi leur fut utile. (Allâh) n'a fait cela pour aucune communauté antérieure. La colère de Jonas avait été pour Allâh et à cause de Lui. Dès lors, l'opinion qu'il avait de son Seigneur (4) était qu'il ne le mettrait pas dans l'étroitesse, et c'est ainsi qu'Il fit en réalité : Allâh le dégagea après l'avoir confiné, pour qu'il goûte pleinement la valeur de la grâce qu'Il lui avait faite. De même qu'on dit :

La plus grande douceur de la sécurité
Est pour celui qui est dans la crainte et la frayeur.

Allâh montra que Jonas était aimé de Lui en donnant à cause de lui à son peuple un privilège qu'Il n'avait accordé à aucune communauté antérieure. En outre, Il nous le fit savoir en disant : « S'il avait pu y avoir une cité qui ait cru et à qui sa Foi ait été utile ! A l'exception du peuple de Jonas : lorsqu'ils crurent, Nous avons écarté d'eux le châtiment de la disgrâce dans la vie de ce monde et Nous les avons maintenus dans la jouissance, pour un temps. » (Cor., 10,98). Il les prolongea donc dans cette jouissance en compensation de la souffrance qu'ils avaient endurée à la vue du châtiment.

Il est bien connu que les nuits d'intimité et de communion amoureuse paraissent plus courtes à l'âme de l'homme, même si leur durée est longue en réalité, alors qu'au contraire les nuits de séparation et de châtiment lui paraissent longues, même si leur durée est courte. On mentionne du reste, à propos des Jours de l'Antéchrist, que le premier jour sera comme une année à cause de la violence soudaine de l'épreuve qui se prolongera pour eux (5) ; le suivant comme un mois ; le suivant comme une semaine ; ensuite, lorsque (les hommes) s'y seront habitués, ces jours seront comme les jours ordinaires que n'allonge ni ne raccourcit aucun état particulier. L'on dit encore, au sujet du Jour de la Résurrection que sa mesure (miqdâr) sera de « cinquante mille ans » (Cor., 70,4) du fait de la terreur de celui qui en sera le témoin et de ce que les créatures y verront de terrible, alors que pour ceux qui s'y trouveront en sécurité et que n'attristera pas la grande terreur (6) sa durée sera comparable à celle des deux rakates de la Prière de l'Aube (7). Quel rapport y a-t-il donc entre le temps correspondant à la durée de cette prière et celui de cinquante mille années ?

Du fait que l'épreuve s'était intensifiée pour le peuple de Jonas et que, à la vue du châtiment, l'instant temporel leur avait paru semblable à une année ou même plus prolongé encore, le Très-Haut, comme Il l'a mentionné (dans son Livre) compensa la longue durée qu'ils avaient éprouvée en « les maintenant dans la jouissance, un temps ». Ils demeurèrent ainsi dans la grâce de la vie de ce monde durant une longue période, ce qu'ils n'auraient pas obtenu sans cette épreuve. Considère donc l'excellence de la manière dont sont équilibrées les choses : on dit en effet que le laps de temps (hîn) qu'Il a établi comme terme à leur jouissance n'est autre que la Résurrection ! Mais Allâh est plus savant.

Nous avons vu quelqu'un qui a vu lui-même l'un d'entre eux et qui nous a montré la trace de son pied sur le rivage en disant : « Il me précédait de peu, mais je n'ai pu le joindre. » Je mesurai alors la longueur de son pied sur le sable ; il était de trois empans et un tiers (8).

Il faisait partie du peuple de Jonas. Il nous avait été envoyé avec un message verbal (kalâm) sur les événements qui devaient se passer en Andalousie, où nous étions, durant les années 585 et 586 (9). Il n'y a rien qu'il ait mentionné que nous n'ayions vu se produire comme il l'avait annoncé.

Considère donc la sollicitude divine à l'égard de ce prophète et aussi l'« aveu » que ce dernier a rendu manifeste dans son Tawhîd !

(1) Il s'agit de Jonas (Yûnus).
(2) Littéralement, en arabe, de « celui auquel s'adresse le discours ».
(3) Les « Ansârs » sont assimilés ici aux « Paroles du Vrai ». Ce terme fait ainsi référence aux Prophètes et aux Envoyés qui, depuis Adam jusqu'à Muhammad, communiquèrent ces Paroles et qui, d'un point de vue initiatique, peuvent également leur être identifiés. Le mot kalimât a donc ici le même sens que dans l'intitulé des différents chapitres des Fusûs.
(4) Allusion au hadith qudsî où le Très-Haut déclare : « Je suis auprès de l'opinion que Mon serviteur se fait de Moi. »
(5) C'est-à-dire ceux qui connaîtront ce jour.
(6) Allusion à Cor., 21,103 ; cf. aussi le hadîth qudsî n° 6 du Mishkât al-Anwâr.
(7) Suivant l'exemple prophétique, les mouvements de cette prière doivent être faits de manière légère et non prolongée.
(8) Soit environ 75 cm.
(9) Effectivement, Ibn Arabi s'y trouvait lui-même à cette époque.

[Ibn Arabî, Chapitre 198 des Futûhât, extrait du livre Le Coran et la fonction d’Hermès, Traduction et présentation d’un commentaire d’Ibn Arabî sur les trente-six Attestations coraniques de l’Unité divine, Charles-André Gilis, Les Éditions de l’Œuvre, 1984, p.132-135]

[REMARQUES COMPLÉMENTAIRES, Les trente-six Attestations coraniques de l’Unité divine, p.135-139.

Ce Tawhîd est à tous égards remarquable. Tout d'abord, il s'agit du seul exemple coranique où le quatrième terme du Tahlîl est le pronom de la deuxième personne du singulier Anta (toi). Ensuite, l'on cite à son propos un hadîth prophétique selon lequel « le Nom d'Allâh qui est tel que lorsque l'on recourt à lui pour L'invoquer, Il répond et lorsque l'on recourt lui pour Lui demander, Il exauce la demande, c'est l'invocation de Jonas fils de Matâ ». Enfin, la formulation de ce hadith a conduit à identifier cette même invocation au « Ism al-A'zam », c'est-à-dire au Nom mystérieux et « opératif » d'Allâh (10).

Le fait que le Tawhîd dont il s'agit ait été prononcé par Jonas est naturellement en lui-même fort significatif. Les données traditionnelles concernant ce prophète, tant celles que l'on trouve du côté chrétien que celles qui sont d'origine islamique sont du reste assez énigmatiques ; il en est notamment ainsi dans les écrits du Cheikh al-Akbar. On remarque par exemple que, dans le chapitre des Fusûs qui lui est spécialement consacré, sayyidnâ Yûnus n'est même pas nommé ; aucune allusion n'est faite non plus aux versets coraniques qui se rapportent à lui. De même, dans le présent commentaire, le Cheikh développe longuement un point apparemment secondaire, celui de la durée du châtiment et de la jouissance, telle que la vécurent les gens de Ninive, sans dire un seul mot du sujet principal, c'est-à-dire la présence du Pronom divin Anta dans la formule du Tawhîd.

Cependant, l'on trouve dans notre texte, ainsi que dans d'autres passages des Futûhât, un certain nombre d'indications fort précieuses qui éclairent d'un jour nouveau et quelque peu inattendu la mystérieuse histoire de ce prophète et de son peuple. Voici tout d'abord un extrait du chapitre 33 où l'ensemble du même verset se trouve commenté de la manière suivante :

« Lorsqu'il parti en colère et pensa qu'Allâh ne le mettrait pas dans l'étroitesse à cause de la connaissance qu'il avait de toute l'ampleur de la Miséricorde d'Allâh à son égard, il omit de prendre en considération cette Largesse divine toute-miséricordieuse (rahmânî) dans le cas des autres et le fait que sa communauté pouvait aussi en bénéficier : il la restreignit à lui-même (11).
« La colère, c'est l'obscurcissement du cœur qui, en raison même de la dignité élevée de Jonas, transparut à l'extérieur. C'est pourquoi, il fut placé dans le ventre obscur du poisson, tout le temps qu'Allah voulut (12). Allâh attira ainsi son attention sur la condition qui avait été la sienne alors qu'il n'était qu'un fœtus dans le ventre de sa mère : qui le menait à sa guise lorsqu'il s'y trouvait ? Pouvait-on imager alors de sa part qu'il se mette en colère ? Ou que l'on se mette en colère contre lui ? Bien au contraire, il se trouvait dans le sein protecteur d'Allâh et ne connaissait que son Seigneur. Celui-ci le renvoya à une condition (analogue) dans le ventre du poisson, lui donnant ainsi un enseignement non en parole mais en acte.
« Il implora alors dans les ténèbres : Pas de Dieu si ce n'est Toi ! ... excusant ainsi sa communauté dans ce Tawhîd même ; c'est-à-dire: Tu fais, Toi, ce que Tu veux ! Tu étends Ta Miséricorde à qui Tu veux ! ...Gloire à Ta Transcendance ! En vérité, j'ai été, moi, d'entre les injustes (zâlimîn), mot de la même racine que « ténèbres » (zulumât) ; c'est-à-dire : mon propre obscurcissement (du cœur) est retombé sur moi ! Ce n'est pas Toi qui m’as placé dans les ténèbres. C'est plutôt ce qui était à l'intérieur de moi qui a transparu extérieurement, tandis que la lumière s'est transportée à l'intérieur de moi !
« Son intérieur s'illumina alors ; l'obscurcissement de la colère disparut ; la lumière du Tawhîd se répandit en lui ; la Miséricorde se déploya de telle sorte que cette lumière transparut extérieurement comme l'avait fait auparavant l'obscurité due à la colère. »

Le Tawhîd dont il s'agit se situe donc, d'une certaine façon, à l'opposé de ceux où intervient le Pronom divin de la première personne : la transcendance divine est envisagée ici comme extérieure à l'entité prophétique, au « moi » duquel sont attribuées au contraire l'injustice et la faute. Il est remarquable que ce changement de statut soit lié à une modification profonde des modalités de l'Agir divin, en rapport avec les conditions propres de l'ultime période du cycle. Ces conditions requièrent en effet une prédominance actuelle de la Miséricorde sur la Rigueur et exigent une « patience » particulière de la part des Prophètes missionnés, ce dont témoignent du reste, dans le cas de l'Islam, les nombreux incidents et épisodes où Allâh le Très-Haut « éduque » de cette manière Son Prophète : sur lui la Grâce unitive et la Paix divines ! On voit se dessiner ainsi une relation entre notre Tawhîd et le « voile de la servitude », qui cache précisément la nature « avatârique » des Envoyés divins. Cette relation est d'ailleurs liée à la signification fondamentale du nûn dit « de la préservation », dont il a été question plus haut (13). On comprend que, dans une telle perspective, le « peuple de Jonas » puisse apparaître lui-même comme une désignation métaphorique des hommes des derniers temps.

Toutefois, et ce n'est pas le moins étonnant, le Cheikh al-Akbar va plus loin encore puisqu'il déclare que ce peuple est actuellement vivant et qu'il vivra même « jusqu'au Jour du Jugement » dans des conditions d'existence différentes de celles que connaît l'humanité ordinaire. De plus, en précisant que des représentants de ce peuple peuvent être « missionnés », et qu'ils ont connaissance des événements à venir, il fait une référence allusive à la résorption de ce dernier à l'intérieur du Centre du Monde, où il demeure désormais en permanence. Dans le verset coranique dont il est question ici, Jonas est d'ailleurs désigné par l'expression caractéristique de Dhû-n-Nûn, « possesseur du Nûn », qui est un attribut du Chef de la Hiérarchie Suprême. Compte tenu de l'affinité qui lie les prophètes aux « peuples » de ceux qui les suivent, l'ensemble du récit relatif à Jonas peut être interprété dès lors en tant qu'il décrit la condition spéciale de ce Centre dans l'ultime phase du cycle (14).

On notera encore que les deux exemples de « soulagement » que le Cheikh al-Akbar cite au début de son texte se rapportent eux-mêmes à des étapes caractéristiques et successives marquant le processus d'adaptation et d'occultation de la Doctrine Suprême. La doctrine du Souffle Universel selon laquelle, suivant la terminologie hindoue, Brahma est envisagé en tant que Prâna (15) constitue la première de ces adaptations, ce qui implique que le sens du terme Ansâr soit transposé à son tour, A cet égard, il importe de remarquer en effet que le Monosyllabe sacré Om, en dépit de l'utilisation qui en est faite dans les Upanishads pour la représentation symbolique d'Atmâ et de ses différentes conditions, a pour centre subtil propre l'Ajnâ chakra, qui, dans le Kundalini-Yoga, ne peut en aucune manière être considéré comme le « lotus » suprême (16). C'est là que réside d'ailleurs la raison profonde pour laquelle, comme l'a souligné Michel Vâlsan, le Monosyllabe ne figure nulle part dans les premiers textes védiques (17).

Quant à la seconde adaptation, il suffit, pour la caractériser, de rappeler la relation qui existe, sur le plan du symbolisme, entre le nûn dont il est question à propos de Jonas, c'est-à-dire celui dont la convexité est tournée vers le bas, et la notion de sharî’a, qui fait référence elle-même à l'aspect proprement législatif des Révélations traditionnelles (18).

On mentionnera pour terminer les affinités remarquables qui lient l'histoire de notre prophète à certains aspects proprement « christiques » de la spiritualité universelle ; relevées par les commentateurs chrétiens et confirmées par une parole du Christ lui-même sur le « signe de Jonas » (19), elles sont aussi clairement indiquées dans les données islamiques. Nous nous bornerons à souligner ici que Jonas est le seul prophète, avec « Jésus fils de Marie » dont la filiation traditionnelle est établie par rapport à sa mère. L'interprétation donnée par Ibn Arabî de son séjour dans le ventre du poisson, expliqué par un rappel divin de sa condition « intra-utérine » apparaît dès lors d'autant plus significative que, dans la suite du texte qui a été cité ci-dessus, le Cheikh al-Akbar ajoute : « Jonas — sur lui la Paix ! — sortit (du ventre du poisson) aussi faible qu'un petit enfant » ce qui n'est pas sans évoquer la parole du Christ « ...C'est à leurs pareils (aux petits enfants) qu'appartient le Royaume de Dieu. En vérité je vous le dis, quiconque n'accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n'y entrera pas ». (Luc, 18,15).

(10) Il existe notamment en ce sens une parole de Hassan fils de Ali.
(11) Ibn Arabî se réfère ici à l'interprétation la plus courante de la colère de Jonas et de sa cause. Le prophète avait menacé les gens de Ninive du châtiment divin. Or ceux-ci s'étaient repentis alors que déjà le châtiment les « surplombait «. Contrairement à la règle traditionnelle qui veut qu'une foi exprimée dans de telles circonstances n'écarte pas la punition de la disgrâce dans la vie de ce monde, le peuple de Jonas avait été épargné. D'où la colère de ce dernier, qui se trouvait ainsi démenti, colère dont Ibn Arabî souligne cependant qu'elle s'était manifestée pour Allâh et était par conséquent sanctifiée.
(12) Contrairement à la version du récit qui figure dans la Bible, et qui est reprise d'ailleurs par un certain nombre de commentateurs musulmans, l'épisode de Jonas dans le ventre du poisson se situe ici après le repentir des Ninivites.
(13) A propos du dix-septième Tawhîd.
(14) Selon une parole du Christ : « Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils firent pénitence à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas » (Matthieu, 12,41) : elle confère ainsi au « peuple de Jonas » une fonction de juge.
(15) Cf. Etudes Traditionnelles, 1964, p. 80.
(16) Cf. le texte de Guénon intitulé Kundalini-Yoga.
(17) Cf. Etudes Traditionnelles, 1966, p. 136.
(18) Ibid., 1964, p. 271-272.
(19) Matthieu, 12,39-40.]

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