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La tradition islamique est, en tant que « sceau de la Prophétie », la forme ultime de l’orthodoxie traditionnelle pour le cycle humain actuel. Les formes traditionnelles qui ont précédé la forme islamique (Hindouisme, Taoïsme, Judaïsme, Christianisme,…) sont, dans leurs formulations régulières et orthodoxes, des reflets de la Lumière totale de l’Esprit-universel qui désigne Er-Rûh el-mohammediyah, le principe de la prophétie, salawâtu-Llâh wa salâmu-Hu ‘alayh.

Ibn Arabî - Tant qu’est préservé l’essentiel, il n’y a pas de mal à cela.

Calligraphie arabe : innâ li-Llâhi wa innâ ilayhi râji’ûna, « En vérité, nous sommes à Allâh et c'est à Lui que nous retournerons » (Cor. 2, 156)

Calligraphie arabe : innâ li-Llâhi wa innâ ilayhi râji’ûna, « En vérité, nous sommes à Allâh et c'est à Lui que nous retournerons » (Cor. 2, 156)

Abû Muhammad ‘Abdallâh b. Ibrâhîm al-Mâlaqî - On le connaissait sous le nom d’al-Qalafât (« le Calfateur de navires »). Il fut le compagnon d’Abû Rabî’al-kafîf et l’ami d’Ibrâhîm b. Tarîf. Il suivait la voie de la futuwwah et en montrait les signes. On le voyait toujours s’affairer pour le compte d’autrui, jamais pour lui-même. Il se rendait chez les gouverneurs et les juges pour les affaires des autres et sa maison était toujours ouverte aux pauvres. Il observait scrupuleusement les règles de convenance spirituelle (ash-sharî’ah wa-l-âdâb). Alors qu’Ibrâhîm b. Tarîf était d’un naturel sévère, Abû Muhammad était très ouvert (litt. « avait la poitrine dilatée »). J’ai rencontré ce shaykh en de nombreuses occasions, et il appréciait beaucoup ma compagnie.

Un jour, alors que ce shaykh était à Ceuta avec Ibn Tarîf, le sultan Abû al-Alî nous envoya deux charges de provisions. Je n’étais pas là à ce moment, mais les frères qui étaient venus me voir mangèrent tandis que mes compagnons n’y touchèrent pas. Le second soir, le Sultan envoya la même quantité de nourriture et je ne l’acceptai ni ne la refusai. Quand ils apprirent que le Sultan avait renouvelé ses dons, les frères revinrent chez nous. Quant à moi, je fis la prière de la nuit (al-‘ishâ’). L’un des visiteurs qui prétendait être un shaykh, me dit : « On ne fait pas la prière alors que le repas est servi. » Je ne répondis pas, ce qui le mit en colère. Je lui dit alors : « Je n’ai pas accepté cette nourriture et je ne pense pas que l’on puisse en manger car, selon moi, elle est illicite. Et je ne vous en ai pas offert car je désire pour vous ce que je désire pour moi-même. » Après lui avoir expliqué mes raisons, je lui dis : « Cette nourriture est à votre disposition. Que celui qui la considère licite en mange, sinon qu’il la laisse. »

Je rentrais ensuite dans la maison où j’habitais, en emmenant mes disciples. Le lendemain matin, cet homme se rendit chez le vizir et lui rapporta que selon moi leurs biens étaient illicites, et autre choses du même genre. Le vizir se mit en colère et dit : « Par Allâh ! En vérité, c’est leur chef lui-même qui a reçu l’envoi de la nourriture. » Une accusation fut dressée, appuyée par le vizir, et l’affaire fut porté devant le Sultan, qui était un homme intelligent. Il dit : « notre intention était de faire le bien en envoyant cette nourriture, mais cette homme connaît mieux sa propre condition. Aussi nous ne lui ferons aucun mal. » Et il rejeta la plainte.

Notre compagnon al-Qalafât entendit parler de cette affaire et vint me voir. Il craignait pour nous tous car il connaissait l’incident et les critiques que j’avais faites. Il me dit : « Ton comportement a été juste en ce qui te concerne, mais il risque de nous porter préjudice, car ces gens-là ne vont pas tolérer une telle chose. C’est ainsi que l’on dit : « périclite celui qui n’a pas de tyran pour l’aider, et s’égare celui qui n’a pas de savant pour le guider. » » Quand je vis qu’il prenait en considération (litt. « que la compassion s’emparait de lui pour ») le droit (haqq) de ces hommes et que, par la force des choses, je lui dis : « Malheur au serviteur d’Allâh qui s’appuie sur les ennemis d’Allâh ! Qu’Allâh cesse de prendre soin de ce monde si celui-ci ne se préoccupe plus de Son droit, et c’est le droit d’Allâh qui l’emporte (haqqu-Llâh ahaqqu) ! » Je fis un geste pour le congédier et me levai. Il s’en alla.

Peu après, je rencontrai Ibn Tarîf ; il était informé de l’affaire et me dit : « de la Diplomatie avant tout. » Je répondis : « Tant qu’est préservé l’essentiel, il n’y a pas de mal à cela. » Et il resta silencieux. Qu’Allâh soit satisfait de lui !

[Ibn ‘Arabî, Rûh al-quds fî munâçahat an-nafs, « L’Esprit de sainteté dans la guidance de l’âme », 600 H (vers 1203). Traduit dans Les Soufis d’Andalousie, Sindbad, 1979, p.121-123].

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A
Quand je vis qu’il prenait en considération (litt. « que la compassion s’emparait de lui pour ») le droit (haqq) de ces hommes et que, par la force des choses, il donnait la préférence aux avantages mondains, je lui dis : « Malheur au serviteur d’Allâh qui s’appuie sur les ennemis d’Allâh ! Qu’Allâh cesse de prendre soin de ce monde si celui-ci ne se préoccupe plus de Son droit, et c’est le droit d’Allâh qui l’emporte (haqqu-Llâh ahaqqu) ! »
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A
après : > il manque : >
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