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Publié par Abdoullatif

Aguéli 333L’ISLAM ET LES RELIGIONS

ANTHROPOMORPHIQUES

Abdul-Hâdî Aguéli

La Gnose - Mai 1911, N° 5

 

A la suite de quelques observations qui m’ont été faites au sujet de mes précédents articles, il m’a paru nécessaire de formuler la déclaration suivante, par mesure de précaution contre des malentendus éventuels.

 

L’Islam n’est pas une religion basée sur l’anthropomorphisme. C’est pourquoi il est défendu de représenter Dieu sous une forme quelconque, toute image de Dieu étant considérée comme idole. Or, l’Islam a justement pour mission d’abolir l’idolâtrie. Le texte du Qorân est formel en plusieurs endroits, surtout dans le passage sublime et vénéré qui s’intitule « le verset du Trône », passage bien connu et étudié dans tous les sens par les adeptes de la Qabbalah musulmane. En cet endroit, il est dit clairement et nettement que rien ne peut offrir une ressemblance quelconque avec Dieu.

 

On ne dit pas en bon arabe religieux : Le Seigneur (Er-Rabb) sans aucune apposition. On dit toujours le Seigneur de quelqu’un, de quelques-uns, de quelque chose, de tous ou de tout. Nulle part on ne dit Le Seigneur d’une façon absolue. Ce serait la négation de toute liberté individuelle que de vouloir imposer à tout le monde le même aspect ou la même conception de l’Être Suprême.

 

Cependant, il existe, en pratique, un certain anthropomorphisme en l’Islam, mais seulement à titre d’indulgence, de concession provisoire, accidentelle, accordée à la faiblesse de l’entendement humain. Toute idée à laquelle on pense avec intensité finit par « se figurer », par prendre une forme humaine, celle du penseur. On dirait que la pensée coule dans l’homme comme le métal en fusion se répand dans le moule du fondeur. L’intensité de la pensée fait qu’elle occupe l’homme entier, à peu près comme l’eau remplit un vase jusqu’aux bords. Elle prend la forme de ce qui la contient et la limite, c’est-à-dire qu’elle devient anthropomorphe. Vouloir tout rapporter à son petit moi, à son espèce ou à ses particularités, n’est qu’une imperfection fatale à laquelle on ne peut guère échapper. Il est évident que la prétention d’imposer ses imperfections à l’humanité tout entière est le comble du despotisme et de l’hérésie. Or, le sentimentalisme consiste à ne pouvoir détacher la Vérité éternelle des petits accidents de sa propre vie exclusive et égoïste.

 

L’Islam est la seule religion au monde qui peut se passer de clergé ou d'institution sacerdotale sous une forme quelconque, tout en restant bien sur les assises de la Tradition. L’idée cléricale est nettement anti-islamite ; c'est pourquoi les prêtres de toute robe et de toute secte ont voué une haine féroce aux Musulmans. Ceux-ci ont beau respecter les prêtres chrétiens selon l’ordre formel du Qorân, rien n’y fait. Pensez donc : une croyance qui rend toute la corporation superflue, voire même nuisible !

 

Deux choses nécessitent absolument le prêtre : le fétiche et ce conventionalisme du sentiment que l’on appelle la sentimentalité. Il y a d'ailleurs des rapports étroits entre ces deux. On dirait l'exotérique et l'ésotérique de la même doctrine. La sentimentalité est une sorte de fétichisme intérieur, de même que le fétiche est la sentimentalité collective sous une forme tangible. Fétiche, prêtre et sentimentalisme sont les trois aspects de toute religion anthropomorphique. Or, l’Islam n’est pas une telle religion, ni selon la lettre, ni selon l’esprit. Il hait le fétiche, n’admet le prêtre que chez les autres, et ignore le sentimentalisme.

 

Abdul-Hâdi.

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