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Publié par Abdoullatif

tower-11.JPGPAGES DEDIEES A MERCURE

Sahaïf Ataridiyah

 

Abdul-Hâdî

La Gnose - janvier 1911, N° 1

 

Parmi les différentes doctrines ésotériques, il n’en est, à ma connaissance, aucune qui offre autant d’analogie avec celle des Arabo-Islamites que le Taoïsme chinois, tel que l’a exposé Matgioi dans ses divers ouvrages. Cela est d’autant plus surprenant que l’Islam, non seulement exotérique, mais encore ésotérique, est, je ne dis pas la combinaison, mais le juste milieu et l’équilibre entre le Judaïsme et le Christianisme. La Qabbalah peut être un trait d’union entre Talmudistes et Chrétiens, je ne puis dire le contraire. La Qabbalah musulmane n’est pas tout à fait la même chose que celle du « Sepher ha-Zohar » et du « Sepher Ietsirah », malgré de nombreux rapprochements. L’Islamisme a beau avoir adopté la plupart des personnages et des localités des deux Testaments dans son symbolisme (même avec un sens identique), son esprit est autre. Il s’éloigne des autres traditions dites sémitiques pour se rapprocher nettement du Taoïsme, ou de la « Tradition primordiale ». L’Islamisme, même exotérique, s’est toujours défendu d’être une religion nouvelle ; il a toujours revendiqué le titre de « Dinul-Fitrah », c’est-à-dire la Religion primitive, celle du commencement de l’Humanité. Il y a une tradition très curieuse du Prophète Mohammed, que voici : « Cherchez la Science, fût-ce en Chine. » On prend la mention de la Chine, ici, pour une simple figure de langage, pour désigner un pays très lointain et inconnu, voulant dire par là qu’aucun effort ne doit être épargné pour trouver la Science. Mais il se peut bien que le Prophète ait fait allusion au Taoïsme ou au « Yi-king », car la différence entre l’Islam et la tradition chinoise n’est autre que celle qui existe entre la Religion universelle et la Science sacrée. Pour relever tous les points de comparaison entre l’Islam et le Taoïsme, il me faudrait commenter ligne par ligne, page par page, les livres taoïstes de Matgioi d’abord, la traduction du « Yi-king » de Philastre ensuite. Là chose en vaudrait la peine, à cause du résultat surprenant d’une pareille étude. Ici, je me contenterai de signaler quelques principes fondamentaux, savoir : le fatalisme, le panthéisme transcendantal dans ce que nous appelons « l’Identité suprême », l’Homme Universel, la cérébralité du raisonnement visuel, la tolérance illimitée, à cause de leur nature, je ne dis pas contraire à la religion, mais extra-religieuse. Je répète que l’énumération de l’accord des deux doctrines sur les principes mêmes peut s’allonger indéfiniment.

 

Le fatalisme transcendantal n’a rien à faire avec la décadence actuelle des majorités orientales. La cause de celle-ci réside uniquement dans l’action démoralisante des gouvernements despotiques, et dans l’hétérogénéité ethnique de ces peuples. Partout où vous êtes en présence d’un groupe homogène et libre, vous avez autant de moralité collective et de valeur individuelle que dans les meilleurs pays de l’Europe. L’abjection ne commence que par les contacts gouvernementaux, et, par conséquent, dans les grands centres, soit capitales, soit emporiums. Le fatalisme consiste dans la notion que le Ciel fait tout, non pas directement, mais indirectement, par les hommes et les choses. Notre fatalisme nous porte à considérer l’histoire naturelle ou humaine comme un livre sacré, dont nous sommes une partie plus ou moins importante. Un grand écrivain qui se dit catholique, mais que les Catholiques sont enclins à désavouer, M. Léon Bloy, a bien formulé notre fatalisme par une phrase lapidaire : « Tout ce qui arrive est admirable. » C’est notre fatalisme qui nous fait trouver un caractère monumental à certains faits-divers. Dans toute l’Europe, je n’ai trouvé que quelques rares Parisiens, boulevardiers sceptiques, ayant pu comprendre ce que peuvent bien être la résignation à la volonté du Ciel et le fatalisme transcendantal (1).

 

(1) Le document qorânique le plus évident sur la fatalité consiste dans l’ordre qu’Allah donne à la création de venir bon gré mal gré. Elle répond : « Nous venons obéissants. » Comme tout obéit à Allah d’une façon ou d’une autre, on peut considérer que tout est « Muslim », c’est-à-dire abandonné à Sa volonté. Le Tao explique ce phénomène par « l’Activité du Ciel ».

 

Nous trouvons, comme Matgioi, que la sentimentalité n’a que faire dans l’évolution ésotérique de la personnalité, car elle est foncièrement égoïste. Elle est surtout une cécité et une confusion dangereuse des plans. Il est difficile d’y distinguer ce qui est universel et ce qui est particulier, ce qui est fait uniquement « pour Dieu » et ce qui est fait pour un tout petit intérêt terre-à-terre. Or, la condition indispensable de la première lueur même de « l’Illumination ésotérique » (El-Ishrâq), c’est justement une place exclusivement réservée à Dieu dans l’être intérieur. Il est indifférent que cette place soit grande ou petite, riche ou pauvre, mais il est d’importance capitale qu’elle soit tout à fait pure et sans mélange aucun. Il est très difficile, dans le trouble actuel de la vie, de produire de la sincérité et de la Solitude divine absolue, ne fût-ce qu’une seule minute de soixante secondes.

 

Si l’on objecte que l’évolution de l’ésotériste musulman consiste dans la transmutation progressive de la « Passion » (Shawq) en « Amour » (Ishq), je réponds que l’homme sentimental n’est en rien ce que les Soufites désignent par un « passionné » ou un « amoureux » ;  que la sentimentalité, dans le sens ordinaire du mot, peut être utile dans l’évolution des collectivités, car, sous une direction habile, elle peut devenir de la pudeur, de la « solidarité de l’espèce » (Matgioi), ou d’autres formes de l’égoïsme bien compris ; qu’elle contient, en tant qu’égoïsme et inconscience, les deux plus grands obstacles à l’évolution individuelle de la personnalité ; que le terme « El-wijdân » doit se traduire par « l’émotivité » ; que le terme « Ed-dhawq » (= le goût) doit se traduire par « le goût intuitif » ; et, finalement, que le mot européen « sentimentalité » dans son sens ordinaire, n’a guère de correspondant dans le langage des Soufites, mais que ce qui s’en rapproche le plus, c’est ce qu’on appelle « Et-tawajjud », c’est-à-dire « la simulation de l’émotivité pure et sans mélange » (2).

 

(2) Le terme « sentimentalité » a plusieurs sens, dont nous ne citons que trois : parisien, français, et pan-occidental. Le sens parisien de  « sentimentalité » est une sorte de convention morale, et son emploi n’est pas laudatif. Pour les autres sens, consultez les dictionnaires et l’étymologie.

On confond parfois sentiment avec sensibilité, qui n ‘est pas du tout la même chose. La sensibilité est la base même de la mentalité ésotérique, car elle est le point de départ de l’évolution du sixième sens, au moyen duquel s’identifient le moi et le non-moi. L’évolution initiatique est en raison directe avec cette identification. Le progrès de la sensibilité fait partie des « mystères dominicaux ». C’est par la confusion des termes que naissent la plupart des hérésies. La confusion entre sentimentalité et sensibilité permet à quelques aigrefins de faire dévier tous les mouvements généreux de l’esprit.

 

« L’Identité suprême » (Wahdatul-wujûd = l‘Identité de l‘Existence) est basée sur l’accord parfait entre l’extérieur et l’intérieur. Dieu est l’Existence, et l’Existence est toujours unique et absolue, en tant que superlatif. Tant que le cerveau humain ne pourra concevoir que la singularité du superlatif logique, le monothéisme sera la religion naturelle et primitive (Dinul-Fitrah) et s’accordera parfaitement avec la « Tradition primordiale » (Matgioi). J’ai eu soin d’éviter les mots panthéisme et mysticisme, car ces termes sont de convention surannée, et donnent lieu à des équivoques regrettables. « L’Identité suprême » est une sorte de matérialisme transcendantal et synthétique. Les libres-penseurs auraient dû être nos frères ; mais, ayant manqué d’envergure, ils se sont arrêtés à mi-chemin, et, obéissant à l’instinct obscur de « l’animal religieux », ils se sont établis pontifes comme les autres, avec l’art ancien en moins.

 

La conception de « l’Homme Universel » (El-Insânul-Kâmil), dans l’ésotérisme musulman, est plus près de celle du Taoïsme que de celle des rêves kiliastes du « Messianisme » et du « Règne de Dieu », à cause de sa modestie sociale, de son fatalisme et de son intimité. La théorie de Mohyid-din ibn Arabi sur le Khalifat universel et le Mahdisme n’a rien de commun avec celle de la canaille d’Alexandrie et autres anthropophages, qu’ils soient blancs ou noirs.

 

La haute cérébralité du raisonnement visuel fait que, malgré l’identité de la tradition, l’ésotérisme et l’exotérisme vivent sur deux plans entièrement différents. Comme ils ne peuvent se toucher, tout conflit est impossible, en-dehors du cas de la profanation des mystères, et, dans celui-ci, ce sont toujours les docteurs exotériques qui ont raison. Sont martyrs ceux qui sont morts en combattant, soit contre les sauvages (c’est-à-dire les exclusivistes), soit pour les droits de l’homme et du citoyen, c’est-à-dire contre les tyrans. On ne peut appeler martyrs les ésotéristes qui se sont écrasés dans la rue en se précipitant, de propos délibéré, du haut de leur tour d’ivoire. Nous ne devons les juger ni en bien ni en mal. Allah seul connaît les choses de l’autre monde et ce que recèlent les profondeurs de l’âme humaine.

 

Je fais allusion au célèbre martyre d’Ibn Hallâj, qui fut exécuté comme hérétique à Baghdad (3). Selon les opinions théologiques de chacun, on trouve son supplice juste ou injuste. La vérité est qu’il fut condamné justement, non comme hérétique, mais comme profanateur et brouillon. Il y avait des initiés parmi ses juges, et les mêmes personnes qui trouvent juste sa condamnation vénèrent sa mémoire. Il parla un langage étranger à la plèbe, qui se troubla et le fit exécuter. Mais les mésaventures sociales ne prouvent rien, fussent-elles tragiques.

 

L’impôt religieux le plus lourd en l’Islam, ce n’est pas la dîme, mais bien la démocratie et le respect de certains droits de l’ignorance. Je ne sais ce qu’il faut admirer le plus dans le style de Mohyiddin, si c’est la hardiesse ou bien le tact. Mais, illuminé dès sa jeunesse, le grand Maître eut le pressentiment de la délicatesse de sa mission, et il n’accepta les charges de secrétaire auprès des princes de l’Islam occidental que pour s’entraîner à ménager les susceptibilités. Pourtant, il est le plus musulman de tous les Musulmans, et il est même hors de doute que c’est justement la méditation de l’esprit mohammédien et du Qorân qui éveilla en lui la mentalité ésotérique de laquelle jaillirent toutes les sciences sacrées. Il est pourtant faux de dire qu’il est orthodoxe en tant que Maître ésotérique. C’est en tant que docteur et jurisconsulte qu’il était orthodoxe. Il est également faux de dire que la perfection exotérique conduise fatalement à l’illumination. On peut pratiquer la religion extérieure pendant tout un siècle sans rien apercevoir de l’ésotérisme,  tandis que Omar ibn Fâriç s’éleva au faîte de la spiritualité à cause d’un amour violent. De là, il faut conclure que les rapports entre la Voie extérieure et la Voie intérieure sont plutôt minimes (4).

 

(3) L’an 309 de l’Hégire (=921 de l’ère chrétienne), un mardi matin du mois Dul-qadah, près de la porte Et-Thâk.

(4) Je traduis « Shariyah » par la Voie extérieure, « Tarîqah » par la Voie intérieure, et « Haqîqah » par la Voie supérieure. Cette dernière est plutôt le but de l’évolution qu’un mode de progrès, mais je cède au besoin d’analogie.

 

J’insiste sur le fait qu’on ne saurait les comparer. Les plus parfaits de tous les ésotéristes, les Malâmatiyah, traitent les discussions dogmatiques de préoccupations oiseuses, dignes de simples quiétistes, et cherchent l’illumination dans le pragmatisme. C’est d’ailleurs une règle presque générale que, aussitôt qu’on a franchi le seuil du Sanctuaire, on ne pense plus avec des mots et des formules du langage courant. Les intelligences qui ne sont qu’auditives ne peuvent avancer que difficilement dans les Voies intérieure et supérieure, et tous ceux qui ne sont pas des visuels de naissance doivent apprendre à raisonner par des figures géométriques ou des points lumineux. Il est donc absurde de parler de l’orthodoxie ou de l’hétérodoxie des grands Maîtres de la métaphysique arabo-islamite, car toute confrontation entre leurs opinions et celles des docteurs de la Voie extérieure est tout à fait impossible (5).

 

D’où viennent les ressemblances extraordinaires que nous venons de constater entre l’Islam ésotérique et le Taoïsme chinois ? J’exclus à priori toute filiation historique, car aucun document sérieux ne pourrait la prouver. Je crois plutôt que les deux écoles se ressemblent parce qu’elles sont arrivées aux mêmes profondeurs de la conscience humaine. Elles ont vu la même chose, et il est nécessaire de jouir de facultés analogues pour avoir la même vision. Je ne nie pas l’unité de la « Tradition primordiale », ni la généalogie spirituelle des initiés, mais je veux dire que certaines parties de la chaîne peuvent se trouver sur un plan extra-temporel, et, par conséquent, être incontrôlables à l’investigation des historiens.

 

(5) L’Ésotérisme se voit ou ne se voit pas. Quand on ne le voit pas, les plus beaux discours et la plus subtile dialectique sont incapables de le montrer. Quand on le voit, les paroles sont superflues. Dans l’un et l’autre cas, la discussion est inutile.

 

Les deux chaînes initiatiques

 

L’une est historique, l’autre est spontanée. La première se communique dans des Sanctuaires établis et connus, sous la direction d’un Sheikh (Gourou) vivant, autorisé, possédant les clefs du mystère. Telle est « Talî-mur-rijal », ou l’instruction des hommes. L’autre est « Et-Talîmur-rabbâni », ou l’instruction dominicale ou seigneuriale, que je me permets d’appeler « l’initiation marienne », car elle est celle que reçut la Sainte Vierge, la mère de Jésus, fils de Marie. Il y a toujours un maître, mais il peut être absent, inconnu, même décédé il y a plusieurs siècles. Dans cette initiation, vous tirez du présent la même substance spirituelle que les autres tirent de l’antiquité. Elle est actuellement assez fréquente en Europe, du moins dans ses degrés inférieurs, mais elle est presque inconnue en Orient. Il y a environ huit siècles, l’initiation marienne était aussi fréquente que l’autre dans l’Orient musulman, car elle est surtout pragmatique.

 

Les nombreuses parcelles de vérité qui sont répandues dans les œuvres des poètes ou des héros de l’Occident sont les restes d’initiations mariennes plus ou moins inachevées.

 

Nous et l’époque

 

Abul-Hassan Es-Shâdhili nous met en garde contre ceux qui viennent nous inviter au trouble, car on prend la « Voie intérieure » pour aboutir au repos et non à l’agitation. Mohyiddin ibn Arabi traite d’exclusivistes, c’est-à-dire de fanatiques et d’égarés, ceux qui vous exhortent à être comme eux, à faire comme eux en tout, et ne respectent pas la liberté légitime de la personne. Tout vient de Dieu, la mécréance de l’infidèle aussi bien que la foi du croyant. Tout zèle en dehors de la chose publique est un geste inconsidéré, commis par des personnes qui ont une conception grossière de la puissance de Dieu. Il y a de l’impiété à intervenir, sans un motif légitime, — de préférence extérieur, — dans l’évolution des gens. Le délire du pontificat est un de ces énormes péchés antédiluviens, qui font considérer les misères de la chute adamique comme un bienfait, car c’est grâce à elles que les péchés de mortalité cosmique ne peuvent aller que jusqu’à une certaine limite dans leurs conséquences. Au lieu de cataclysmes, on a les laideurs de la classe moyenne. Je n’ignore donc pas que c’est une chose grave que d’inviter les méditatifs à regarder le monde. Seulement, je ne veux troubler personne, ni faire aucune espèce de propagande pour mes opinions personnelles. Mais je considère que le monde est un livre de Dieu comme un autre. Ses signes sont partout, et nous en sommes. Tous Ses livres se tiennent et s’expliquent les uns par les autres, et ce qui est obscur dans tel passage peut trouver son explication dans un autre endroit.

 

D’ailleurs, la différence entre le monde extérieur et le monde intérieur est illusoire. Ce qu’on appelle « la matière » n’est opaque que dans les « degrés » inférieurs de l’Existence. Plus on évolue, plus elle devient diaphane. En outre, elle a beau être opaque, elle est toujours significative. Que serait un livre sans papier ni lettres ? Du reste, dans presque toutes les langues, il y a des mots d’origine fort noble pour désigner le monde et même la matière. Or, rien ne reflète mieux la « Tradition primordiale » que l‘étymologie.

 

D’ailleurs, les neuf dixièmes des quiétistes sont de simples fuyards. Le monde étant plus grand que leur âme, ils cherchent à le rapetisser dans le but d’y paraître grands. Mohyiddin est sévère pour eux, et il marque au coin ceux qui ne cherchent que le beau temps dans un petit monde artificiel.

 

La vie est une obligation, nous sommes tous d’accord là-dessus. La décadence de l’Orient islamite coïncide avec la disparition des Malâmatiyah (la Voie pragmatique), et l’apparition des voies quiétistes, dont je me dispense de citer les noms.

 

Il y a donc toutes sortes de bonnes raisons pour réagir contre le quiétisme, car son inaction vaut la pire des agitations destructives.

 

La polarisation

 

Ce monde étant celui des contrastes, « Alamul-açdâd », il s’ensuit que l’étude des phénomènes, qu’ils soient des objets ou des faits, comporte, en premier lieu, le discernement des contrastes complémentaires, par lesquels ils subsistent. La pensée, telle un courant électrique, décompose le sujet en deux catégories d’éléments, positifs et négatifs ; puis l’intelligence recompose ces mêmes éléments en un produit nouveau, purement cérébral. L’âme restitue sous une forme cristalline, éternisée et hiératique, ce qu’elle a pris « sous une forme brute. Voici la formule :

 

L‘idée : Hiérarchie.

—x + : Antithèses.

Le sujet : Nature.

 

Envisageons un instant, selon cette formule, le problème des renaissances et décadences des sociétés. Nous voyons que l’antithèse la plus générale dans le présent est le passé x le futur. La première figure sera donc :

 

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Qui dit passé dit tradition, habitude, collectivité. En parlant esthétique, on dit : classicité et style. En politique, on dit : conservatisme. Le futur signifie : émotion, initiative et individualité. En art : romantisme. En politique : libéralisme, au moins en principe. L’individualisme est toujours futuriste, car les aspirations secrètes, rigoureusement personnelles, tendent toujours vers l’avenir. Si vous écrivez votre x  sur la ligne de la tradition, par exemple, vous trouverez que la tradition idéale serait celle qui développe l’individualité par tous les moyens de la sagesse antique, c’est-à-dire par l’héritage intellectuel de toute l’humanité. Avec une pareille tradition, il n’y aurait jamais de décadence.

 

Chez les Arabes Islamites, le Gourou s’appelle « Morabbul-Morîdin », c’est-à-dire l’éducateur des aspirants, ou plus généralement « Sheikh » (= vieillard). Le vrai Sheikh n’est pas celui qui forme l’aspirant selon son image personnelle, mais celui qui, au contraire, développe le « morîd » (l’aspirant) selon la volonté de Dieu, c’est-à-dire qui vous rend à vous-même, et agrandit votre propre moi. Vous croyez marcher sur les traces du Sheikh, tandis que, en réalité, vous suivez votre propre chemin, c’est-à-dire la route qui vous est personnelle selon la fatalité divine.

 

(suivent les articles sur l’Art Pur édités précédemment)

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