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Publié par Abdoullatif

Shaikh_Sayidna_Ahmed_Al_Alawi.jpgOr, si tu comprends ce que nous t’avons dit de l’extinction de la totalité des lettres dans l’identité du Point, tu comprendras nécessairement ce que nous dirons de l’intégration de la totalité des Livres dans l’identité de la phrase, de l’intégration de la phrase dans l’identité du mot et de l’intégration de celui-là dans l’identité de la lettre [12], en ce sens que l’existence du mot est entièrement dépendante de celle de la lettre, celle de la phrase de l’existence du mot et l’existence du livre de celle de la phrase.

Le distinctif est dérivé de l’intégral. Enfin, le tout est enveloppé dans l’Unité de la Connaissance, symbolisée par le Point, comme nous venons de le dire, de sorte que c’est Elle qui est la mère de tout livre « Allah efface ce qu’Il veut ou affirme et chez Lui est la mère du Livre ». (Coran)

 

La nature du Point diffère de celle des lettres : « Rien n’est semblable à Lui, et Il est celui qui entend et qui voit » (Coran). Par conséquent, le Point ne saurait être, comme les autres signes, délimité par la connaissance distinctive ; Il est exempt de tout ce qu’on trouve dans la lettre, en longueur ou en sinuosité ; Il n’est pas conçu par ce qui conçoit la lettre, dans son dessin ou dans son énonciation ; Sa dissemblance de la lettre est connue, mais Sa présence en elle est ignorée, sauf par celui dont la vue est de fer.

 

Il est vrai que les lettres font partie de Ses qualités ; mais la qualité n’englobe pas la quiddité {13], en ce sens qu’elle n’est pas « qualifiée » par ce qui « qualifie » la quiddité dans la totalité de ses aspects, car la quiddité est « qualifiée » par l’incomparabilité [tanzih], alors que la qualité est le support même de la comparaison [tashbîh] [14] Cette distinction entre quiddité incomparable et qualité comparable est réelle, bien que la comparaison soit la détermination essentielle même de l’incomparabilité. Ceci en raison de l’unicité de l’encre. Bien que les lettres soient comparables les unes aux autres, la comparaison, comme telle, n’altère pas l’incomparabilité de l’encre en elle-même, ni son unicité, présente en chaque lettre. L’encre se compare elle-même à elle-même et, en ce sens, comparaison et incomparabilité n’ont, essentiellement, qu’une seule réalité : « C’est Lui qui est Divinité dans le ciel et Divinité sur terre » (Coran) De quelque façon qu’Il soit et où qu’Il soit, Il est Divinité. Que ce qu’Il te montre sur la terre de la Comparabilité ne t’empêche pas de voir ce qu’Il est dans le Ciel de l’incomparabilité, car tout est fait d’incomparabilité et de comparabilité, à la fois « Partout où vous vous tournez, est le visage d’Allah » (Coran) Il en est ainsi, à cause de la Qualité Universelle qui déborde de la surabondance du Point sur l’indigence des lettres. Mais, quant à la qualité qui Lui est intimement propre dans son essence mystérieuse, elle ne saurait se manifester dans les lettres, à aucun degré de manifestation. La lettre ne comporte donc rien de ce qui est intimement propre au Point, ni par sa qualité ni par son sens.

 

[12] Harf qui désigne, à la fois, la lettre écrite et la détermination sonore.

[13] Au sujet de « quiddité » et « qualités » (dhât wa çifât), voir ‘L’Homme Universel » dans le n° de juillet l937 des Etudes traditionnelles.

[14] Incomparabilité et comparaison : tanzih et tashbîh correspondant aussi à « abstraction » -ou expression par négation des déterminations- et « symbole » -ou expression par analogie.

 

(Ahmed Ben Mustafa Ben Alliwa – Le Prototype Unique – Revue Etudes Traditionnelles N°224-225, Août-Septembre 1938– Remarques préliminaires, traduction et notes de Titus Burckhardt).

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