Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Abdoullatif

Al-Alawi-11.jpgNe vois-tu pas, en traçant quelques-unes des lettres de l’alphabet, comme A, B, C, D {15] que l’une ressemble à l’autre, le A au B et le C au D, par exemple, et que, si tu veux prononcer l’une quelconque de ces lettres, tu lui trouves une énonciation spéciale, alors que le Point n’a pas dénonciation spéciale ?

Et si tu le dessines comme ceci : ●, tu vois que sa forme est différente de celle de toutes les lettres [16]. Si tu veux prononcer sa réalité, tu diras « point » et tu auras recours à des lettres qui sont étrangères à son identité, c’est-à-dire au p, o, i, n, et t et cela nous montre que le sens du Point n’est pas contenu dans les symboles, que l’essence intime de la Personnalité Divine -exaltée soir Sa Dignité- est inexprimable.

Aussi, chaque fois qu’un connaissant cherche à exprimer par des mots l’incomparabilité ou, autrement dit, la synthèse universelle des qualité du Dhât (quiddité), son expression contredit son intention même, en raison de l’étroitesse du symbolisme : « Ils n’ont pas évalué la véritable mesure d’Allah » (Coran) ; et il se peut que l’expression, résultante de ce conflit, se rapproche de l’anthropomorphisme grossier, bien que le connaissant n’ait visé par elle que l’Unité métaphysique pure. De même celui qui dit « point » ne veut pas exprimer ces cinq lettres mais bien le Point. Ceci, d’ailleurs est analogue à ce qu’on rapporte des paroles de Jésus -sur lui la Paix- à propos du Père, du Fils et du Saint-Esprit, car ce qu’il visait avec cette trinité n’est que l’affirmation de l’Unité pure, bien que les chrétiens en déduisent que Dieu est troisième de trois . Mais « Il n’y a pas de divinité, si ce n’est la Divinité Unique ». Ne voulant exprimer que la non-comparabilité du Point, exempte de tout ce qu’on peut trouver dans les lettres, celui qui parle est pourtant obligé de s’exprimer par ces lettres mêmes.

 

D’autre part, les lettres ne sauraient exprimer que la Quiddité de l’Encre, présente en chacune d’elles : « Dis : C’est Lui qui maintient (actuellement) tout âme en ce qui lui est dû ».

S’Il n’était pas conservateur, actuellement présent en toute chose, l’on ne verrait pas d’être supportant l’édifice de son individualité. Et, en raison de cette Présence, le cycle des mots s’étend sans fin.

« Dis : Si l’Océan était encre pour les paroles de mon Seigneur, l’Océan s’épuiserait avant que ne s’épuisent les paroles de mon Seigneur, et même si nous ajoutions encore une fois autant d’encre »

Et comment pourrait s’épuiser ce qui n’a pas de fin ?

 

Et enfin, les mots se révèlent dans la série des phrases, « Et le Christ est Sa parole qu’Il projeta sur Marie, et il est esprit de Lui », en d’autres termes : par cette parole, Il se révéla à Marie « Et Il lui montra l’apparence d’un homme harmonieux ». [17] Toute phase est donc dérivée du mot. Le mot est symbole de Sa révélation par Lui-même à Lui-même. La phrase est un symbole de Sa révélation par Sa créature à Sa créature. La phrase est donc dérivée du mot, ainsi que le mot est dérivé des lettres, comme les lettres le sont du Point qui, Lui, est le secret englobant le tout : « Allah est englobant toutes choses »

Donc, si tu sais déduire la lettre du Point, tu ne percevras aucune chose sans trouver Allah auprès d’elle et tu sauras que c’est le Point qui se manifeste par toute forme, tout édifice, toute image et signification. Et quand nous disions que, d’une part, le mot est dérivé des lettres et que, d’autre part, le mot n’est , au fond, rien sinon le Point même, c’est que, dans un cas, nous avons envisagé l’existence conditionnée du mot et, dans l’autre cas, son être principiel. Et de cette apparente contradiction, il a été dit, en vers, que le Point était dans son Non-Etre principiel, où il n’y a ni distinction ni union, ni avant ni après, ni largeur ni longueur, et que toutes les lettres étaient éteintes dans son essence mystérieuse, de même que les Livres étaient éteints dans les lettres, malgré la divergence de leurs contenu.

 

Quant à l’extinction des Livres dans les lettres, quiconque a la moindre intuition peut l’assentir, car dans le livre, et sur toutes ses pages, on ne trouve que les 28 lettres qui se révèlent en tous les mots et supportent toutes ses multiples significations, jusqu’au « Qu’Allah hérite de la terre et ce qui est sur elle » et « Vers Allah retournent les commandements », ce qui indique que les lettres retournent à leur centre principiel, où il n’y a rien sinon la quiddité du Point. Enfin, sache que le Point était dans son Non-Etre, dans l’état de l’extinction de lettre dans sa quiddité, et que la langue de chaque lettre demandait ce qui correspond à sa réalité propre, en fait de longueur, hauteur ou autre, et, par conséquent, les motifs du discours s’agitèrent, conformément à ce qu’exigent les qualités du Point, latentes dans sa quiddité ; et ainsi fut déterminé le premier état de révélation.

 

[15] Le texte original cite les quatre premières lettres de l’alphabet arabe : Alif, Bâ, Ta et Tha.

[16] En arabe, le point fait partie des lettres.

[17] L’annonciateur Gabriel. La naissance virginale du Christ fait partie des dogmes islamiques.

 

(Ahmed Ben Mustafa Ben Alliwa – Le Prototype Unique – Revue Etudes Traditionnelles N°224-225, Août-Septembre 1938– Remarques préliminaires, traduction et notes de Titus Burckhardt).

Commenter cet article