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Publié par Abdoullatif

Abdelkader1Au cours d’une de mes visions, je me vis assis sous une coupole blanche en train de m’entretenir, avec des personnages que je ne voyais pas, de cette invocation du Pôle ‘Abd al-Salâm ibn Bashîsh (1) – que Dieu soit satisfait de lui – : « [Mon Dieu], fais du Voile Suprême la vie de mon esprit, et fais de Son Esprit le secret ma réalité intime. »

 

Je leur dis alors : « Par cette invocation, le shaykh a demandé à Dieu que le Voile Suprême, c’est-à-dire la Réalité Muhammadienne et la Première Détermination (laquelle a reçu une multitude de noms selon les aspects sous lesquels on l’envisage) soit la vie de son esprit. Il ne demande donc pas [comme on pourrait le croire] de lui accorder la vie, mais de faire de lui quelqu’un de vivant selon la perfection. Car, si l’esprit implique nécessairement la vie, la vie quant à elle n’est pas toujours le corollaire de l’esprit : tout esprit est vivant, mais toute vie n’est pas nécessairement spirituelle ! Le désir ardent du shaykh, ce qu’il demande à Dieu, est que Celui-ci fasse de lui une manifestation parfaite et une épiphanie achevée de l’Esprit universel, ce Voile Suprême qu’est la Réalité Muhammadienne. Car tout esprit [particularisé] procède de cet Esprit universel, mais de manière inachevée, à l’exception de ceux d’entre les héritiers muhammadiens qui ont atteint le degré de la perfection et en lesquels Il est venu Se graver tel un cachet dans la cire. »

 

(1) Souvent orthographié ‘Abd al-Salâm ibn Mashîsh. Descendant du Prophète,mort assassiné en 625 H/1228, ce saint, qui passe pour avoir été le Pôle de son époque, est célébré pour son eulogie en l’honneur de l’Envoyé de Dieu, al-Salât al-Kâmila al-Wâsifa Tasliya ibn Mashîsh, très populaire en Afrique du Nord et répandue dans tout l’Orient. Ce sont quelques lignes de cette Mashîshiyya que l’Emir commente ici.

 

L’un des membres de l’assemblée invisible me demanda alors :

« La cire ainsi imprimée s’identifie-t-elle donc au cachet ?

– Certes pas ! répondis-je. Le cachet est une réalité principielle, tandis que la cire n’est qu’une réalité accessoire (litt : far’, « branche, ramification ») et métaphorique. Ainsi disons-nous de Dieu – exalté soit-Il – qu’Il est vivant comme nous le disons de Zayd ? Nous disons également que Dieu est savant comme nous le disons de Zayd : mais quelle commune mesure y a-t-il entre la science divine et celle de Zayd ? Un attribut commun à deux entités de nature différente ne nous autorise pas à établir de comparaison entre deux entités de nature différente ne nous autorise pas à établir des comparaisons entre ces deux entités, fût-ce sous le rapport de cet attribut. Si un rayon de soleil se reflète à travers une lucarne sur un mur, tu pourras dire que le Soleil se reflète sur le mur ; et pourtant, qu’y-a-t-il de commun entre le soleil et le reflet d’un de ses rayons ?

 

La suite de l’invocation : « fais de Son Esprit le secret ma réalité intime », fais de l’Esprit du Voile Suprême [le secret de ma réalité intime]. L’esprit étant ce qui donne à la chose qu’il anime sa réalité, l’Esprit du Voile Suprême est le plus haut degré de connaissance que puissent atteindre les connaissants ; il est le terme de la Voie pour les pèlerins, si ce n’est que [parvenus à ce terme] ils savent qu’au-delà de ce qu’ils en ont perçu, il demeure quelque chose de la divine Réalité, quelque chose d’intimement lié à Son Essence qui est ineffable et dont on ne peut rien appréhender si ce n’est qu’Elle est. Et cette perception même de notre impuissance à Le connaître est une forme de connaissance, dans la mesure où celle-ci consiste à connaître l’ « objet » tel qu’il est en lui-même. »

 

A ce moment, l’un des membres de l’assistance m’apparut et me baisa la main.

 

Ajoutons à ceci que bon nombre d’ascètes et de spirituels, parvenus à la station de l’Esprit universel sans suivre la Voie tracée par les prophètes, se sont persuadés qu’il s’agissait de la Réalité ultime, et qu’il n’y avait pas d’autre objectif à atteindre au-delà. Ainsi ont-ils mécru, et sont-ils revenus par la Voie même qu’ils avaient empruntée. C’est cette erreur qu’ont résumée certains Maîtres de la Voie en ces termes : « Qui rebrousse chemin, ne le fait qu’à partir de la Voie. » S’ils étaient parvenus au terme de celle-ci en effet, ils ne seraient pas retournés. Parvenus à l’Essence – qui est le Non-manifesté absolu – [ils ne seraient pas revenus], puisqu’au-delà de Dieu il n’y a pas d’objectif à atteindre. En revanche, la station de la première Détermination – la Réalité Muhammadienne, le Voile Suprême – laisse au-delà d’elle un objectif qui n’est autre qu’Allâh, considéré comme le Nom propre et originel de l’Essence dans Son occultation la plus totale.

 

[Mais comme Tel], ce degré est absolument indescriptible.

 

[Émir Abd El-Kader, Kitâb al-Mawâqif, Mawqif 57, traduit par A. Penot dans Le Livre des Haltes, éd. Dervy, p.275-277]

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