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Publié par Abdoullatif

ararat.jpgCet héritier de Jésus (1), cet Ibn Barthamlâ se trouve toujours dans sa montagne où il adore Dieu sans jamais fréquenter personne. Or, l’Envoyé de Dieu – sur lui la grâce et la paix – avait déjà été missionné ; penses-tu que ce moine (2) serait demeuré sous la juridiction chrétienne (3) ? Certes non par Dieu ! Car la Loi de notre seigneur Muhammad a pour vocation d’abroger [les lois antérieures] (4). N’a-t-il pas dit : « Si Moïse était en vie, il n’aurait d’autre choix que de me suivre » (5) ? De même, lorsque Jésus reviendra, il ne nous dirigera qu’en se conformant à notre tradition et ne rendra la justice parmi nous que selon notre Loi (6).

 

Or ce moine faisait partie de ceux qui avaient reçu un éclaircissement de leur Seigneur (7) et auxquels Dieu avait enseigné ce que la Loi de notre Prophète nous impose selon les modalités auxquelles Dieu l’avait accoutumé ; pour nous, cela est le fait d’une expérience effective (8). Nous avons-nous-mêmes reçu de cette façon de nombreuses règles de la Loi muhammadienne qui étaient bien établies auprès des savants exotéristes (9). Nous en ignorions tout lorsqu’elles nous furent données à la suite d’un dévoilement et nous les avons trouvées identiques à celles qui étaient en possession des exotéristes. C’est de cette même façon que nous avons authentifié [nusahhih] ou, au contraire, rejeté [narudduhâ] certains hadîths dont nous savions que les chaînes de transmissions étaient peu fiables et qui ne remontaient pas à l’Envoyé de Dieu (10). Mais si la Loi reconnaît la validité des règles établies par un juriste qui fait un effort de réflexion [al-mujtahid] même s’il se trompe, les gens de cette Voie ne s’appuient que sur les décisions de l’Envoyé de Dieu ! Or, cet héritier de Jésus faisait partie de la catégorie des « esseulés » (afrâd) et il recevait ses connaissances de la même manière que les recevait al-Khadir, le compagnon de Moïse, si bien qu’il œuvrait selon notre Loi (11). Et même si les Voies qui mènent à une science authentique diffèrent, cela ne nuit en rien à la validité de cette science. L’Envoyé de Dieu – sur lui la grâce et la paix – disait de celui qui avait reçu une charge sans la demander : « Dieu l’aidera à la supporter et lui enverra un ange qui guidera ses pas », c’est-à-dire qu’il le préservera de l’erreur dans ses décisions (12). Al-Khadir n’affirmait-il pas : Je ne l’ai pas fait de ma propre initiative (13) et le Prophète disait bien de ‘Umar : « S’il existe dans ma communauté des hommes auxquels on s’adresse [du ciel], ‘Umar en fait partie. » (14)

 

(1) [al-wasî al-‘îsâwî].

(2) [ar-râhib].

(3) [baqiya ‘alâ ahkâm an-nasârâ].

(4) [wa-Llâhu fa-inna sharî’atu Muhammad nâsikhah ; « Par Allâh, la sharî’a de Muhammad est certes abrogeante ! »]

(5) [law kâna mûsâ hayyan mâ wasi’ahu illâ an yatba’anî].

(6) [îsâ idhâ nazala mâ yu’minâ illâ minnâ ay bi-sunnatinâ wa lâ yahkum fînâ illâ bi-shar’inâ].

(7) [‘alâ bayyinah min rabbihi].

(8) [hâdhâ ‘indanâ dhawq muhaqqaq, « pour nous, cela est un « goût » réalisé effectivement »].

(9) [‘ulamâ’ ar-rusûm].

(10) [wâhiyah at-tariq ghayr sahîhâh ‘an rasûli-Llâh salla-Llâh ‘alayhi wa sallam].

(11) [tarîquhu fî ma’khadh al-‘ulûm tarîq al-Khidr sâhib Mûsâ ‘alayhi as-salâm fa-huwa ‘alâ shar’inâ].

(12) [qâla rasûlu-Llâh salla-Llâh ‘alayhi wa sallam fîman u’tiya al-wilâyah min ghayri mas’alah : inna-Llâh ya’înuhu ‘alayhâ wa inna-Llâh yab’uthu ilayhi malakan yusaddiduhu yurîdu ‘ismatahu mina-l-ghalat fîmâ yahkumu bi-hi].

(13) [Cor. 18, 82 : wa mâ fa’altuhu min amrî].

(14) [In yakun fî ummatî muhaddathûn fa-minhum ‘Umar].

 

Selon nous, il est bien établi que le Prophète - sur lui la Paix - a formellement interdit de tuer les moines qui avaient fui les créatures pour se retrouver en tête à tête avec leur Seigneur en ces termes: « Laissez-les avec Ce avec quoi ils se sont abandonnés. » (15)

 

Il a donc employé une formulation générale sans nous ordonner de les convier à l'Islam, car il savait bien qu'ils avaient reçu un éclaircissement de leur Seigneur. Or l'Envoyé avait reçu l'ordre de transmettre le message [at-tablîgh] et il avait également ordonné à celui d'entre nous qui était présent de le transmettre à celui qui n'était pas là. S'il n'avait pas su que Dieu avait pris leur enseignement en charge (16) de même qu'Il l'avait fait pour al-Khadir et pour d'autres, il n'aurait pas tenu de tel propos et ne les aurait pas confortés dans une voie abrogée à ses yeux (17) alors qu'il était sincère dans ses prétentions (18) d'avoir été envoyé à tous les hommes (19) comme Dieu Lui-même le lui avait indiqué. Sa mission englobe donc toute la création et l’esprit de cette affirmation revient à soutenir que tous ses contemporains et tous ceux qui ont pris connaissance de sa mission n’ont adoré Dieu que selon sa Loi (20). Nous savons bien qu’il ne s’est pas adressé à tous les hommes de son vivant, mais cette globalité de la Loi ne peut être comprise que sous l’angle que nous avons évoqué. Ce moine à vocation christique était de ceux qui avaient hérité de Jésus – sur lui la paix – (21) jusqu’à l’époque de la mission du Prophète et, lorsque celui-ci eut été envoyé, ce moine n’en continua pas moins d’adorer Dieu, mais selon la loi nouvelle qu’il avait reçue comme une miséricorde accordée par Dieu (22). Son héritage muhammadien n’en demeurait pas moins christique si bien qu’il demeura disciple de Jésus dans le cadre des deux Lois révélées. (23) Ce moine qui demeura son héritier dans le cadre des deux Lois aura donc une double récompense : l’une pour avoir suivi son prophète, l’autre pour avoir suivi [notre maître] Muhammad – sur lui la grâce et la paix – et il demeure dans l’attente de Jésus jusqu’à ce qu’il descende.

 

Les compagnons qui l’avaient vu en compagnie de Nadla (24) ne lui ont pas demandé quelle était sa condition comme musulman et comme croyant, ni quelle était la loi qu’il suivait pour rendre un culte à Dieu car le Prophète – sur lui la grâce et la paix – ne leur avait pas demandé de poser une telle question. Or, nous savons de façon péremptoire que le Prophète n’aurait conforté personne dans l’associationnisme (shirk) et qu’en outre, il savait que Dieu disposait de serviteurs dont Il avait pris en charge l’enseignement de ce qu’Il avait révélé à [notre Seigneur] Muhammad par une pure miséricorde de Sa part et la faveur que Dieu t’a faite était immense (25). S’il avait été de ceux qui acquittent la capitation (jizya) nous aurions dit que la Loi muhammadienne lui reconnaît sa religion tant qu’il acquitte cet impôt (26). Cette question est une des plus délicates (27) prise dans l’ensemble de sa Loi car, du fait même de son apparition, il ne reste de loi que celle qu’il a établie (28) : or, celle-ci confirme les gens du Livre dans leur propre loi à condition qu’ils acquittent la jizya. Et de combien de serviteurs de ce genre dispose-t-Il sur terre ?

 

(15) [dharûhum wa mâ nqata’û ilayhi].

(16) [inna-Llâh yatawallâ ‘ilmuhum].

(17) [shar’ mansûkh ‘indahu].

(18) [huwa as-sâdiq fî da’wâh].

(19) [bu’itha ilâ-n-nâs kâffah].

(20) [Lam yata’abbad Allâh illâ bi-shar’ihi].

(21) [hâdhâ ar-râhib mina-l-îsâwiyyûn lladhîna warathû ‘Îsâ ‘alayhi as-salâm].

(22) [La traduction ne rend pas l’allusion au ‘ilm al-ladunnî tel que celui reçu par Seyyidnâ al-Khidr qui se trouve dans le texte en arabe : wa ‘allamahu min ladunhu ‘ilmâ bi-r-rahmah llatî atâh min ‘indahu, « et il lui appris la Science laduni avec la Miséricorde qu’il a reçue de Sa part ».] 

(23) [A cet endroit une interrogation d’Ibn ‘Arabî n’a pas été traduite par A. Penot sans que celui-ci l’indique d’une façon ou d’une autre, voici ce passage : « C’est ce moine qui a informé de la descente de Jésus – sur lui la paix – et a dit qu’Il tuera le porc et brisera la croix : crois-tu qu’il rendra licite la viande de porc après cela ? »].

(24) [Nadla b. Mu’âwiyya al-Ansârî est un conquérant en Irak envoyé par Sa'd b. Abî Waqqâs de la part de ‘Umar b. al-Khattâb – qu’Allâh les agrée – qui rencontrera le moine initié Ibn Barthamlâ héritier de Jésus].

(25) [Cor. 4, 113 : wa kâna fadlu-Llâhi ‘adhîman].

(26) [La pratique de la Jizya résulte d'un ordre divin de combattre « ceux qui ne suivent pas la religion de la Vérité alors qu’ils ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils payent l’impôt de leur propre mains, en position d’infériorité » (Cor.,9,29)].  

(27) [hâdhihi mas’alah daqîqah fî ‘umûm risâlatihi].

(28) [bi-dhuhûrihi lam yabqa shar’ illâ mâ shara’ahu].

 

[Ibn ‘Arabî, Futûhât, extrait du chapitre 36 : De la connaissance des saints de nature « christique » ('îsâwiyyûn), de leurs pôles et de leurs principes. Trad. par A. Penot dans Les révélations de la Mecque, Entrelac p. 360-363. Nous avons rajouté quelques translittérations entre crochets à partir du texte en arabe, cf. par exemple Edition Dâr Sâder/Beyrouth 1424 H, T1, p.273-274].

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