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Publié par Abdoullatif

CoranEn ce qui concerne l’abrogation (naskh), je ne la définis pas comme on le fait généralement : pour moi elle signifie qu’est venu à son terme, dans la science divine, le délai pendant lequel un certain statut légal devait s’appliquer (1). Lorsque cette période est achevée, rien ne s’oppose à ce qu’une autre disposition, dans le Coran ou la Sunna du Prophète, ait force de loi. Si c’est cela qu’on appelle « abrogation », je suis de ceux qui affirment son existence.

 

Sur la base de ce qui précède, l’abrogation d’un verset du Coran par un autre ou par une tradition est tout à fait concevable (2). En effet, la Sunna a pour fonction de rendre clair [ce qui ne l’est pas] car il a été ordonné au Prophète [sur lui la grâce et la paix] d’expliquer aux gens ce qui leur était révélé [dans le Coran] et, en cela, de se prononcer selon ce que Dieu lui fait voir et non de ce que son égo (nafs) lui fait voir. Qu’il s’agisse du Coran ou pas, il se conforme en tout ce qu’il dit à ce qui lui a été révélé (lâ yattabi’ illâ mâ yûhâ ilayhi). Il peut également y avoir abrogation d’une tradition par un verset coranique ou par une autre tradition. Quand nous sommes en présence d’une disposition légale explicite (nass) énoncée dans un verset ou une tradition, il n’est pas permis de s’abstenir de l’appliquer jusqu’au moment où l’on a vérifié l’existence ou l’absence d’une autre disposition contraire : on doit mettre en pratique aussitôt ce qui est parvenu. Si, par la suite, on tombe sur une tradition ou un verset qui abroge (nâsikh) le précédent, ou en restreint la portée (mukhassis), ou au contraire l’élargit (mu’ammim), on doit se conformer à ce que l’on a ainsi appris en respectant certaines dispositions : il faut déterminer la relation chronologique des deux textes, car tantôt c’est le verset restrictif qui a précédé l’autre et tantôt c’est le contraire. Le principe est que c’est le dernier révélé qui fait autorité (3).

 

(1) intihâ’ muddat al-hukm fî ‘ilmi-Llâh.

(2) fa-yajûzu naskh al-qur’ân bi-l-qur’ân wa bi-s-sunnah.

(3) al-asl anna-l-hukm li-l-muta’akhkhir.

 

Lorsqu’un verset ou une tradition comporte un mot qui n’appartient pas à la langue ordinaire (lisân), le principe est de l’admettre selon la signification qu’il a dans la langue des Arabes. Si le Législateur [ash-shâri’] a utilisé ce mot dans un sens différent qu’il aurait normalement dans la langue courante comme, par exemple, les mots salât (prière), wudû’ (ablutions), hajj (pèlerinage), zakât (aumône légale), le sens à retenir est celui qu’a expliqué et fixé le Législateur. Si, ultérieurement, une tradition est transmise qui comporte ce mot en le prenant dans son acception courante, on restreindra à cette tradition cette interprétation du mot en question [et on ne l’étendra pas à d’autres emplois du même mot dans les textes où le Législateur lui a donné un sens différent].

 

Tout ce que la Loi formule sous forme d’ordre (awâmir) doit être compris comme appartenant à la catégorie de l’obligatoire (al-wujûb) et tout ce qu’elle formule sous forme de défense (nawâhî) compris comme appartenant à la catégorie de l’interdit (al-hazr) à moins que le contexte ne fasse passer ce qui est [formellement] un ordre, de la catégorie de l’obligatoire à celle du « recommandé » (nadb) ou du simple « licite » (ibâha) ou ce qui est [formellement] une interdiction du domaine de l’interdit à celui de la chose simplement blâmable (karâha). [Inversement], lorsque l’ordre ne comporte aucun contexte qui autorise à l’interpréter comme étant en réalité une recommandation ou une permission, ce qu’il prescrit est absolument obligatoire et il en va de même en ce qui concerne l’interdiction. [Ce qui explique la possibilité d’interprétation évoquée ci-dessus, c’est qu’]il arrive par exemple qu’un ordre [apparent] ait simplement pour objet de mettre fin à une prohibition et non de rendre obligatoire ce qu’il énonce.

 

[Ibn ‘Arabî, Futûhât, chap. 88, trad. dans l’anthologie Les illuminations de la Mecque, présentée par M. Chodkiewicz, Albin Michel, éd. 1997, p.98-100. Les notes ainsi que certaines annotations entre crochet ne sont pas du traducteur et consistent généralement en des translitérations à partir du texte arabe des Futûhât, éd. Dâr Sâder/1424, T3, p.191-192]

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