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Publié par Abdoullatif

Allah Akbar 11Muhammad – sur lui la Grâce et la Paix ! – devint perplexe (2) en entendant que la prière était ainsi attribuée à Dieu, car il ignorait qu’il était lui-même, à ce moment à la Station initiatique de la Forme divine parfaite (3) que l’on peut prendre pour qibla ; peu importe à cet égard, qu’il s’agisse d’accomplir la prière ou une simple prosternation. C’est pour cette raison (ignorée du Prophète) que son Seigneur l’avait pris pour qibla en vue de la prière, lorsqu’il s’était approché de Lui. Le Nom « Celui qui sait » (al-‘Alîm) l’avait interpellé alors en revêtant la voix d’Abû Bakr, à la fois pour lui faire connaître le degré éminent de ce dernier (4) et pour le mettre à l’aise (5) ; Il avait dit : « Arrête-toi, car Ton Seigneur accomplit la prière », car l’arrêt comporte la détermination d’un point stable pouvant servir de qibla à l’orant. (Le Prophète) s’arrêta donc, mais il fut effrayé par cette parole (6). Son état spirituel était caractérisé à ce moment par la « proclamation de la transcendance » (tasbîh) dont l’esprit est : « rien ne Lui est semblable » (Cor. 42, 11) (7) ; c’est pourquoi il fut effrayé. On récita alors sur lui le verset : « C’est Lui qui accomplit la prière sur vous (‘alay-kum) (8), ainsi que Ses Anges, pour vous faire sortir des ténèbres et (vous mener) vers la lumière » (Cor.33, 43) (9) ; il se souvint de ce qu’Allâh avait révélé dans le Coran, et sa crainte cessa (10). »

(1) [Allusion à un épisode de l’Ascension prophétique (mi’râj) lorsque « Muhammad – sur lui la Grâce et la Paix ! – traversa les différents Cieux en mode corporel, de sorte qu’il éprouva une grande solitude ; il entendit alors la voix familière d’Abû Bakr qui lui disait : « Arrête-toi, ô Muhammad car Ton Seigneur accomplit la prière. » » – Qif yâ Muhammad inna Rabbuka yusallî. Le texte du Cheikh al-Akbar se réfère à cet épisode traditionnel.]
(2) [Trad. du verbe conjugué tahayyara, venant du mot hayrah].
(3) [Trad. de l’expression Maqâm as-sûrah al-ilahiyah al-kâmilah].
(4) Sur ce degré, cf. La Doctrine initiatique du pèlerinage, p. 251-252.
(5) [Trad. de la phrase yu’nisuhu bihi].
(6) [Trad. de la phrase afza’ahu zâlika-l-khitâb].
(7) [Trad. de la phrase du verset laysa ka-mithli-Hi shay’un]
(8) Les Anges se prosternent « pour (li) » Adam tandis qu’Allâh prie « sur (‘alâ) » Son Prophète. Alors que la préposition ilâ indique une direction spatiale, li évoque plutôt une intention, c’est-à-dire une direction intérieure, caractéristique du monde intermédiaire qui est celui des Anges. En revanche, ‘alâ implique une idée d’ « élévation » et de « supériorité » ; il ne s’agit plus, en ce cas, d’une direction à proprement parler, puisqu’Allâh s’identifie de manière immédiate à Ses « autodéterminations » (tawajjuhât), mais d’une transposition analogique de l’idée de direction dans l’ordre principiel.
(9) [Trad. de la phrase du verset Huwa llazî yusallî ‘alaykum wa malâ’ikatu-Hu li-yukhrijakum mina-z-zulumât ilâ-n-nûr].
(10) Par rapport à une manifestation particulière de la Forme divine, en l’occurrence celle du Prophète – sur lui la Grâce et la Paix ! –, la fixation d’une direction s’accompagne de la détermination d’un Axe principiel, le long duquel s’opère la descente de la Baraka, c’est-à-dire de la Bénédiction divine.
Commentaire du traducteur : « Ce texte nous intéresse, non seulement parce qu’il illustre la question des relations de réciprocité entre le Principe divin et l’Homme Universel au moyen d’une référence expresse à la Forme parfaite, mais surtout parce que le Cheikh al-Akbar, dans sa Prière sur le Prophète, met cette relation particulière en correspondance avec un rite nuptial : « (Allâhumma, répands la faveur de Tes Prières et étends la protection de Tes Salutations…) sur Ton Bien-Aimé par lequel Tu as dévoilé la beauté de Ton Essence sur le trône nuptial de Tes parures, et sur celui que Tu as dressé alors comme qibla pour Te contempler Toi-même dans le Temple Totalisateur de Tes manifestations. » Michel Vâlsan a montré que cette mention de la qibla contenait une allusion à une prière rituelle accomplie durant la nuit du mariage (*) tandis que, dans le texte cité plus haut, le symbolisme nuptial  évoquerait plutôt l’union de la « Forme divine » et de la « forme humaine ».
(*) Cf. Etudes Traditionnelles n° 446, Nov.-Déc. 1974. p. 247 : [« Le symbolisme employé dans ce passage appartient à un rite nuptial particulier suivant lequel, la nuit du mariage, la nouvelle mariée assise sur son lit d’apparat est dévoilée pour la première fois par l’époux qui, la prenant alors comme qibla, accomplit une prière de deux rakates.]

[Ibn ‘Arabî, Futûhât chap.340. Extrait traduit et noté par Charles-André Gilis dans le chap.V de son livre Les sept étendards du Califat, p.40-41. Les commentaires entre crochets […] ne sont pas du traducteur.]

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Frank l'âmi 05/03/2012 12:15

… En écho fraternel : un texte étonnant du traité talmudique (Berakhot, 7a) enseigne que Dieu prie :

« Rabbi Yohanan dit au nom de Rabbi Yossi Ben Zimra :
-D’où savons-nous que Dieu prie aussi ?
-Parce qu’il est dit : « Je les amènerai su...r ma montagne sainte et je les réjouirai dans ma maison de prière. » (Isaïe, 56,7) ; dans « ma » maison de prière est-il écrit, et non dans « leur »
maison de prière ; dont le Saint, béni soit-Il, prie.
-Quelle est sa prière ?
Rav Zoutra Bar Touvya dit au nom de Rav :
-La prière est la suivante : « Puisse ma volonté être que ma compassion l’emporte sur ma colère, que ma compassion se dévoile au-dessus de mes autres qualités. Puissé-je traiter mes enfants selon
mes attributs de bonté (héssèd) et demeurer en leur faveur en deçà de la stricte ligne de justice. »

(Extrait de « Mystères de la Kabbale », Marc-Alain Ouaknin, éd. Assouline)