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Publié par Abdoullatif

Muhammad-saws.JPGLe Très-Haut a dit : « Le Tout-Miséricordieux (ar-Rahmân) a enseigné le Coran (al-Qur’ân)… » ; Il a désigné expressément le Coran (1), puis Il a dit : « … Il a créé l’Homme. Il lui a enseigné al-Bayân (2) (Cor.55.1-4). Ensuite, Il a fait descendre le Coran sur l’Homme pour qu’il le traduise au moyen de l’enseignement qui lui avait été donné au sujet du Bayân et qu’il était seul capable de recevoir. Le Coran possédait la science du discernement [‘ilmu-t-tamyîz] : il savait en quel lieu d’entre les lieux du monde, il devait descendre ; il descendit donc sur le cœur de Muhammad – sur lui la Grâce et la Paix ! Ensuite ce fut l’Esprit Fidèle (ar-Rûh al-Amîn) qui descendit avec lui. Depuis, il ne cesse de descendre dans les cœurs des hommes de sa communauté et ne cessera pas jusqu’au Jour de la Résurrection. Sa descente dans les cœurs est toujours nouvelle, car il ne vieillit pas : c’est l’inspiration (wahy) permanente. L’Envoyé d’Allâh – sur lui la Grâce et la Paix ! – eut en cela la primauté, ainsi que dans la communication qu’il en fit aux oreilles des créatures humaines (bashar) ; parmi ces dernières, c’est lui également qui fut au point d’origine. Ainsi, le Coran devint un intermédiaire (barzakh) entre Dieu et l’Homme (insân).

 

La forme du Coran dans le cœur (du Prophète) n’était pas la même que celle que fit paraître sa langue : en tout lieu, Allâh établit un statut [hukm] qui n’appartient qu’à Lui. Dans le cœur, (le Coran) se manifesta comme un être unique ; puis, l’imagination (khayâl) l’entraîna et le divisa ; puis la langue s’en saisit et le doua de lettres et de sons, soumettant l’ouïe à son audition (3). Il (4) fit apparaître ainsi qu’il était l’interprète d’Allâh [mutarjim ‘ani-Llâh], non du Tout-Miséricordieux, car « Allâh » comporte à la fois la Miséricorde, la Rigueur (qahr) et le Pouvoir souverain [as-sultân]… Depuis qu’elle est ainsi descendue, la Parole d’Allâh n’a cessé et ne cessera d’être récitée, sous formes de sons et de lettres, jusqu’à ce qu’elle soit ôtée des poitrines et effacée des Livres : il n’y aura alors plus d’interprète pour être le réceptacle de la descente du Coran, car il n’y aura plus d’Homme créé selon la Forme divine (5) : la forme corporelle de l’homme sera semblable à celle des bêtes.

 

(1) Autre sens possible : Il a mis le (mot) Coran au cas direct (c’est-à-dire à l’accusatif). On peut comprendre que le Coran, à ce degré, est à la fois l’objet et le réceptacle ou le destinataire de l’enseignement divin.

(2) Ce mot se comprend ici par référence au terme Qur’ân (Coran) qui figure au verset 2 : il s’agit d’une « exposition claire » du contenu du Coran. [Cor.55.1-4 : « Le Tout-Miséricordieux a enseigné le Coran, Il a créé l’Homme, Il lui a enseigné al-Bayân » : Ar-Rahmân, ‘allama-l-Qur’ân, khalaqa-l-Insân, ‘allamahu-l-Bayân.]

(3) Référence évidente à la doctrine universelle des « trois mondes » : le Coran descend d’abord dans le domaine de la manifestation subtile, puis dans celui de la manifestation corporelle.

(4) Il s’agit du Prophète – sur lui la Grâce et la Paix !

(5) Allusion à l’être primordial d’Adam et la fonction axiale qui est la sienne au début du cycle : la « récitation du Coran » doit être comprise ici dans un sens initiatique qui sera expliqué au chapitre suivant.

 

[Ibn ‘Arabî, Futûhât chap.329. Extrait correspondant au début du quatrième paragraphe traduit et noté par Charles-André Gilis dans le chap.XIX de L’Esprit universel de l’Islam, p.179-181. Les notes numérotées entre crochets […] ne faisaient pas partie de la traduction originale.]

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