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Publié par Abdoullatif

FususAllâh dispose parmi Ses créatures, de Califes qui puisent à la Mine originelle de l’Envoyé et des envoyés ce que ceux-ci – sur eux la Paix divine ! – y ont puisé eux-mêmes. Ils reconnaissent l’excellence de celui qui les a précédés, car l’Envoyé a le pouvoir d’édicter des règles nouvelles, ce que ce Calife ne peut faire lui-même… la science et l’autorité que (le Très-Haut) lui confère dans ce qu’il prescrit ne peut outrepasser ce qui a été prescrit à l’Envoyé de façon spécifique (c’est-à-dire en raison de sa fonction d’envoyé). Extérieurement, le Calife suit l’Envoyé et ne peut s’opposer à lui, à la différence des envoyés eux-mêmes (qui ont le droit de s’écarter des règles édictées par les envoyés qui les ont précédés). Ne vois-tu pas Jésus (‘Isâ) – sur lui la Paix ! – : tant que les Juifs s’imaginèrent qu’il n’ajoutait rien à la Loi de Mûsâ (Moïse)… ils crurent en lui et le reconnurent ; par contre dès qu’il ajouta des prescriptions nouvelles ou abrogea celles que Mûsâ avait établies – car ‘Isâ avait qualité d’envoyé – ils ne le supportèrent plus, car cela s’opposait à l’idée qu’ils s’étaient faîtes de lui et de sa fonction. Les Juifs ignoraient son statut réel et exigèrent sa mort. Allâh a rapporté son histoire dans Son livre vénéré, à son sujet et au leur. C’est parce qu’il était un envoyé qu’il avait le pouvoir d’innover, de supprimer des prescriptions qui avaient été établies ou d’en ajouter d’autres ; du reste (dans ce domaine) supprimer c’est, sans nul doute, ajouter une règle.*

 

* On notera en particulier la dernière phrase du texte qui suggère que, dans sa fonction d’envoyé divin, le Christ s’est employé surtout à supprimer des règles qu’à innover, ce qui concorde avec sa mission propre qui consistait moins à créer une forme traditionnelle nouvelle qu’à adapter le judaïsme dans le sens d’un allègement de ses prescriptions, en vue de lui conférer une vocation universelle. Cette nuance, particulièrement significative pour la compréhension de ce que fut la révélation christique originelle, repose sur un passage coranique : Jésus déclare qu’il est venu « pour confirmer ce qui l’avait précédé dans la Torah et pour rendre licite une partie de ce qui vous a été interdit » (Cor.3, 50). Par ailleurs, il convient de préciser que le terme « prescription » implique le droit, pour l’envoyé divin (rasûl), de rendre obligatoires les règles qu’il édicte pour l’ensemble de la communauté auprès de laquelle il a été missionné : c’est là ce qui différencie sa fonction de celle du nabî (prophète), car les recommandations et les règle que celui-ci énonce ne sont applicables qu’à ceux qui acceptent librement de le suivre.

 

[Ibn ‘Arabî, Extrait des Fusûs al-Hikâm, traduction et commentaire de Charles-André Gilis dans le chap.XI de La Papauté contre l’Islam, p.181-182].

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