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Publié par Abdoullatif

ayat kursiLa non-existenciation (‘adam) dans l’être contingent (mumkin) est plus puissante que l’existenciation (wujûd) car le rapport qui relie cet être à l’état de non-manifestation est plus étroit que celui qui le relie à l’état de manifestation. La prépondérance du premier précède pour lui celle du second ; la non-manifestation est sa condition fondamentale (hadra) alors que la manifestation a un caractère adventice (‘ârid) (1). C’est pourquoi Dieu ne cesse jamais d’être le Créateur universel (Khallâq). L’état de non-manifestation provoque la disparition (extérieure) des formes prises par les possibilités contingentes et le « retour vers Lui » (2) est inhérent à leur nature essentielle. La non-manifestation exerce son emprise sur les formes existenciées tandis que leur existenciation procède de Celui dont la réalité est nécessaire (wâjib al-wujûd). Il octroie la réalité actuelle (wujûd) en permanence, forme déterminée après forme déterminée. Ainsi, les possibilités contingentes sont soumises à l’action simultanée d’un principe d’anéantissement qui est le non-manifesté (‘adam) et d’un principe d’existenciation qui est Celui dont la réalité est nécessaire. Le rapport de ceci avec la mashî’a divine est un secret d’entre les secrets d’Allâh, sur lequel Il a attiré l’attention par la Parole coranique : « S’Il le veut, Il vous fait disparaître (3). » C’est là une allusion (ishâra) à des secrets très cachés destinés uniquement à ceux qui peuvent les comprendre : en réalité, Il est l’essence même (‘ayn) de tout ce qui est désigné par quelque qualification (hukm) que ce soit, qu’il s’agisse d’existence (wujûd), de non-existence (‘adam), de nécessité (wujûb), de contingence (imkân) ou d’impossibilité (muhâl) (4). Il n’est aucune possibilité quelconque (‘ayn) définie par quelque qualification que ce soit, sans qu’Il soit Lui-même cette possibilité. »

 

(1) Cf ; Les États multiples de l’Être, chap.III : « En ce qui concerne les rapports de l’Être et du Non-Être, il est essentiel de remarquer que l’état de manifestation est toujours transitoire et conditionné, et que, même pour les possibilités qui comportent la manifestation, l’état de non-manifestation est seul absolument permanent et inconditionné. »

(2) Allusion à la terminologie coranique où cette notion de « retour » prend souvent le sens précisé ici.

(3) Cf. Cor.4.133, 6.133, 14.19, 35.16. On remarquera en particulier Cor.6.133 : « Et ton Seigneur est Celui qui Se suffit à Lui-même, le Détenteur de la miséricorde ; s’Il le veut, Il vous fera disparaître et établira comme calife ce qu’Il veut, tout comme Il vous a fait naître de la descendance d’un autre peuple (qawmin) » (wa rabbuka-l-ghaniyyu dhû-r-rahmati in yashâ’ yudhhibukum wa yastakhlif min ba’dikum mâ yashâ’u kamâ ansha’akum min dhurriyati qawmin âkharîne). Le mot « calife » doit s’entendre dans le sens de « successeur » et qawmin dans celui d’ « espèce ». En revanche, les versets 14.19 et 35.16 : « S’Il le veut, Il vous fera disparaître avec une création nouvelle » (In yashâ’ yudhhibukum wa ya’tî bi-khalqin jadîd) font référence à la doctrine du « renouvellement de la création à tout instant » qui relève de la métaphysique pure.

(4) L’impossibilité étant un pur néant, elle ne peut correspondre à aucune possibilité ; mais il n’en va pas de même pour la conception de l’impossibilité.

 

(Futûhât, chap.373, traduit et commenté par Gilis, Les sept étendards du Califat, p.65-66)

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