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Publié par Abdoullatif

FutûhâtPour ce qui est des compagnons de Jésus à notre époque, les choses sont telles qu’elles nous sont rapportées dans ce hadîth transmis par ‘Arbasha b. Muhammad b. Abî al-Ma’âlî al-‘Alawî, al-Nûqî, al-Khabushânî par transmission écrite : Muhammad b. al-Hasan b. Sahl al-‘Abbâssî al-Tûsî m’a dit qu’Abû al-Mahâsin, ‘Alî b. Abî al-Fadl al-Fârmadî m’a informé qu’Ahmad b. al-Husayn b. ‘Alî m’a dit qu’Abû ‘Abd Allâh al-Hâfiz m’a informé qu’Abû ‘Umar et ‘Uthmân b. Ahmad b. al-Sammâk lui ont fait part par écrit que Yahyâ b. Abî Tâlib nous avait informé que ‘Abd al-Rahmân b. Ibrâhîm al-Râsibî m’avait dit que Mâlik b. Anâs m’a fait savoir que Nâfi’ tenait d’Ibn ‘Umar que ‘Umar b. al-Khattâb écrivit à Sa’d b. Abî Waqqâç, alors que celui-ci se trouvait à Qâdisiya, afin qu'il envoie Nadla b. Mu'âwiya alAnçârî à Hulwân, en Irak, et qu'il attaque ses environs immédiats. Sa'd envoya donc Nadla à la tête de trois cents cavaliers en Irak. Ils attaquèrent les abords de la ville, conquirent un butin considérable et firent de nombreux prisonniers. Comme ils s'en retournaient, amenant butin et prisonniers, le temps de la prière du ‘açr les surprit alors que le soleil était sur le point de se coucher. Nadla cacha le butin et les prisonniers au pied de la montagne et fit l'appel à la prière. A peine avaitil lancé: « Allâhu Akbar », [Dieu est Le plus Grand] qu'il entendit une voix qui lui répondait de la montagne :

 

– Ô Nadla, tu as proclamé la grandeur de Dieu comme il se doit !

Nadla poursuivit :

– J'atteste qu'il n'est nulle divinité en dehors de Dieu !

Et la voix lui répondit

– Parole qui ne comporte pas la moindre ambiguïté, ô Nadla !

– J'atteste que Muhammad est l'Envoyé Dieu ! continua Nadla.

Et la voix inconnue reprit :

– C'est lui qui [nous] met en garde et lui qui nous a annoncé 'Îsâ (Jésus) – sur lui la Paix ! – et c'est sur sa communauté que l'Heure se lèvera.

– Venez à la prière ! appela Nadla.

– Heureux ceux qui s'y rendront et l'accompliront avec régularité, reprit la voix.

– Venez à la réussite !

– Ont réussi ceux qui ont répondu à l'appel de Muhammad, c'est un gage de pérennité pour sa communauté, dit encore la voix.

 

Nadla termina l'appel à la prière (adhân) : « Dieu est le plus Grand, Dieu est le plus Grand, il n'est pas de divinité en dehors de Dieu » ; et, de la montagne, la voix conclut :

– Ton attestation exclut tout autre que Dieu. Dieu en fasse un viatique qui préserve ton corps du feu, ô Nadla »

 

[Ici, Nadla entame le fil du récit :]

« L'Appel terminé, nous nous rendîmes auprès de la montagne et demandâmes [à la voix] :

– Qui es-tu ? Dieu te fasse miséricorde ! Es-tu un ange, un habitant d'entre les djinns ou encore l'un des serviteurs de Dieu ? Nous avons entendu ta voix, montre-toi donc à nous ! Nous sommes une délégation de Dieu, de Son Envoyé et de 'Umar b. al-Khattâb.

 

« Alors la montagne s'ouvrit sur un personnage à la stature impressionnante (litt. : à la tête comme une meule), à la barbe et aux cheveux blancs et qui nous salua [ainsi] :

– Que la paix soit sur vous, ainsi que la miséricorde de Dieu et Ses bénédictions !

– Que la paix soit sur toi ainsi que la miséricorde de Dieu et Ses bénédictions ! répondîmesnous.

– Qui estu donc ? Dieu te fasse miséricorde !

– Je suis Zurayb, fils de Barthamla, le pieux serviteur et l'héritier de Jésus, fils de Marie, qui m'a établi sur cette montagne et a invoqué Dieu afin que j'y demeure jusqu'à sa descente des cieux. Il tuera le porc, brisera la croix et réfutera les propos que lui ont attribués les Chrétiens.

– Qu’est-il advenu du Prophète – sur lui la grâce et la paix ?

– Dieu S’en est saisi, répondîmesnous.

« Alors, il se mit à pleurer longuement au point de mouiller toute sa barbe de larmes.

– Et qui vous a pris en charge après lui ?

– Abû Bakr.

– Et que lui est-il arrivé ?

– Il est également mort !

– Et qui donc vous a en charge ?

– ‘Umar.

– J'ai manqué ma rencontre avec Muhammad, mais faites néanmoins parvenir mes salutations à 'Umar et diteslui : « Ô 'Umar, acquittetoi [de ton dû] et rapprochetoi [de Dieu], car l'échéance est proche. Et faiteslui savoir que si ces mœurs apparaissent dans la communauté de Muhammad (sur lui Prière et Paix !) il vous faudra fuir, fuir... : lorsque les hommes se suffiront des hommes et les femmes de femmes, que les gens se targueront d'une généalogie qui n'est pas la leur et prétendront avoir d'autres alliés que leurs alliés réels [mawâlî peut avoir le double sens de suzerain, ou de vassal], lorsque les vieillards ne feront plus miséricorde aux enfants et que les jeunes ne respecteront plus les vieillards, que le licite sera négligé et qu'il n'y aura personne pour l'ordonner, que l'illicite ne troublera plus personne et qu'il n'y aura personne pour l'interdire ; lorsque les savants apprendront en vue d'acquérir dinars et dirhams, que les pluies seront estivales, et les enfants irrespectueux ; quand les hommes auront élevés les minarets, décoré le Coran, dressé de hauts édifices, suivi leurs passions, troqué leur religion contre ce bas monde, versé le sang à la légère, rompu les liens du sang, vendu le pouvoir et mangé le produit de l'usure ; quand la richesse sera considérée comme un honneur ; quand l'homme sortant de chez lui verra venir à lui, pour le saluer, quelqu'un qui vaudra mieux que lui et quand les femmes monteront sur de larges selles.

 

« Puis l'homme disparut de notre vue. »

 

Nadla rapporta ce récit à Sa'd, qui le transmit à son tour à 'Umar. Celuici envoya alors à Sa'd cet ordre écrit : « Ô Sa'd, ton père t'a conçu en vue de Dieu, pars en compagnie de ceux des Mecquois et des Médinois qui sont avec toi pour te rendre dans cette montagne, et, si tu rencontres cet homme, transmetslui mon salut, car l'Envoyé de Dieu nous a informés de ce que certains des héritiers de Jésus fils de Marie s'étaient établis dans cette montagne du côté de l'Irak. »

 

Sa'd partit donc à la tête de quatre mille Mecquois et Médinois et se rendit dans cette montagne. Ils y demeurèrent quarante jours au cours desquels il faisait l’adhân à chaque temps de prière, mais ces appels demeurèrent sans réponse.

 

Al-Râsibî n’a pas fait de recherches au-delà de Mâlik b. Anas ; or, ce hadîth est connu comme étant rapporté par Mâlik b. al-Azhar qui est un inconnu. Pour Abû ‘Abd Allâh al-Hâkim, on n’a jamais entendu parler de ce Ibn al-Azhar ailleurs que dans ce hadîth. Du reste, les questions relatives au Prophète et à Abû Bakr font partie d’un hadîth d’Ibn Lahî’a qui le tient d’Ibn al-Azhar. Quoi qu’il en soit, même si les chaînes de transmission sont discutables, ce hadîth est authentique à nos yeux et à ceux de nos semblables pour des raisons de dévoilement spirituel (kashf). Quant à l’évocation des ornements décorant le Coran et les mosquées, il ne faut pas y voir un blâme de cette pratique, mais simplement un signe que l’Heure est proche et l’époque corrompue, au même titre que la venue de Jésus – sur lui la paix –, l’apparition du Mahdî ou le lever du Soleil à l’Occident. Il est évident que tous ces signes ne sont pas blâmables en soi mais qu’ils constituent simplement des indications pour une chose qui peut être indifféremment blâmable ou louable.

 

[Ibn ‘Arabî, Futûhât, extrait du chapitre 36 : De la connaissance des saints de nature « christique » ('îsâwiyyûn), de leurs pôles et de leurs principes. Trad. par A. Penot dans Les révélations de la Mecque, Entrelac p. 356-360.].

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