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La tradition islamique est, en tant que « sceau de la Prophétie », la forme ultime de l’orthodoxie traditionnelle pour le cycle humain actuel. Les formes traditionnelles qui ont précédé la forme islamique (Hindouisme, Taoïsme, Judaïsme, Christianisme,…) sont, dans leurs formulations régulières et orthodoxes, des reflets de la Lumière totale de l’Esprit-universel qui désigne Er-Rûh el-mohammediyah, le principe de la prophétie, salawâtu-Llâh wa salâmu-Hu ‘alayh.

IBN ARABI : Le Livre des Conseils - Kitab al-Wasâyâ (13a).

ibnbadis.jpgRecommandation 13a : Met en pratique les recommandations d’un savant même quand il ne les suit pas.

 

Si tu vois un savant qui n’oeuvre pas selon sa science, pratique sa science à ton niveau afin de t’acquitter de son droit en tant que savant et ne sois pas voilé par rapport à cela du fait de son mauvais état. En effet, ce savant a auprès de Dieu le degré de sa science. C’est que l’homme ressuscitera au Jour de la Résurrection avec celui qu’il aime. Or, pour celui qui observe les règles de convenance avec une qualité divine, il sera revêtu de cette qualité au Jour de la Résurrection et ressuscitera en elle. Attache-toi donc à accomplir tout ce dont tu sais que Dieu aime chez toi et applique-toi en ce sens. Car lorsque tu t’ornes de cela pour te faire aimer de Dieu – qu’Il soit exalté -, Il t’aimera. Et lorsque Dieu t’aime, Il te réjouit par la science sur Lui, par Sa manifestation et par la Demeure de Ses honneurs et Il te comble dans les épreuves. Or ce que Dieu – qu’Il soit exalté- aime, se rapporte à beaucoup de choses dont je mentionne ce qui est possible de faire sur le plan de la recommandation et du conseil. Il en est ainsi de l’attitude de s’embellir pour Dieu, car cela constitue une forme d’adoration à part, notamment dans l’observance du culte de la prière, et tu es tenu de le respecter. Dieu – qu’Il soit exalté – a dit : « Ô Fils d’Adam ! Portez vos parures en tout lieu de prière » (Coran, 7/31). Il a dit aussi en signe de réprobation : « Dis : Qui donc a déclaré illicites la parure que Dieu a produite pour Ses serviteurs, et les excellentes nourritures qu’Il vous a accordées ? Dis : Ceci appartient aux croyants durant leur vie de ce monde, mais surtout, au Jour de la Résurrection. Voilà comment Nous expliquons les Signes à un peuple qui sait » (Coran, 7/32). En fait il n’y a pas de différence entre l’embellissement pour Dieu et l’embellissement dans la vie du bas monde sauf par le dessein et l’intention.

 

En effet l’essence de l’embellissement est la même et ne constitue pas autre chose. C’est que l’intention est l’esprit des choses. Car chaque individu a selon son intention. C'est dire que l’émigration en tant que telle a la même essence : ainsi celui qui a émigré pour Dieu, son émigration est vers Dieu et Son Messager, et celui qui a émigré pour avoir un bien du bas monde ou pour épouser une femme, son émigration est ce vers quoi il a émigré. De même il est rapporté dans le hadith authentique, sur l’allégeance prêtée à l’Imam à propos des trois hommes auxquels Dieu n’adressera pas la parole au jour de la résurrection, ne les comblera pas et leur réservera un châtiment douloureux qu’il « y aura un homme qui a prêté allégeance à un Imam et ne l’a fait que pour les biens du bas monde : si l’Imam lui en donne, il honore son engagement, et s’il ne lui en donne pas, il n’honore pas son engagement ». Donc les oeuvres dépendent des intentions qui constituent l’un des piliers de la Maison de l’Islam. Par ailleurs, il est rapporté dans le sahih de Muslim, un Hadith authentique où un homme a demandé à l’Envoyé de Dieu _ : « Ô Envoyé de Dieu ! J’aime que mes chaussures soient belles ! ». L’envoyé de dieu _ : « Dieu est Beau et Il aime la beauté. ». Il a dit aussi : « Dieu mérite plus que quiconque que l’on s’embellisse pour Lui ».

Parmi ce qui relève de ce chapitre, il y a aussi le fait que Dieu – qu’Il soit exalté – n’a souvent envoyé Gabriel dans ses descentes avec la Révélation auprès du Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue ! - que sous la forme d’un homme de son époque appelé Dihya. C’était le plus beau de son époque. L’effet de sa beauté était tel pour les gens, qu’en arrivant devant les habitants de Médine, aucune femme enceinte ne l’avait vu sans faire une fausse couche. En somme, c’est comme si Dieu disait, en annonçant la bonne nouvelle à Son Prophète en envoyant l’ange auprès de lui sous la forme de Dihya : « Ô Muhammad ! Il n’y a entre Moi et toi que l’image de la beauté ! » Il lui indique ainsi combien Il apprécie pour lui le don de la beauté.

 

Celui qui néglige l’embellissement pour Dieu, perd du même coup auprès de Dieu cet amour spécial et aidant. Et celui qui perd cet amour spécial et aidant perd auprès de Dieu ce que cet amour produit comme science, épiphanie et félicité dans la demeure des béatitudes, comme degré au sein du monde de la contemplation et comme vision idéale, intelligible et spirituelle dans cette demeure ici bas pour le serviteur dans son attitude et sa contemplation.

Mais il doit, comme nous l’avons dit, viser l’embellissement pour Dieu non pour s’orner, s’enorgueillir à travers les biens du bas monde ou faire preuve de vanité, de fatuité et d’impertinence envers autrui.

Cela consiste aussi à revenir à Dieu au moment des séductions et des épreuves, car Dieu aime tout homme séduit qui se repent. C’est ce que dit l’Envoyé de Dieu – qu’Allah prie sur lui et le salue ! -. Du reste Dieu – qu’Il soit exalté – a dit : « Celui qui a créé la vie et la mort pour vous éprouver et connaître ainsi celui d’entre vous qui agit le mieux » (Coran, 67/2).

Il faut dire que les épreuves et les séductions ont le même sens, car il ne s’agit que d’une mise en examen de ce que l’homme porte comme prétentions. En effet « Cela n’est qu’une épreuve de Ta part », c'est-à-dire ta mise en examen par laquelle « Tu égares ainsi qui Tu veux », c'est-à-dire : Tu le rends perplexe « Et Tu diriges qui Tu veux » (Coran, 7/155), c'est-à-dire : Tu lui y indiques la voie de son salut.

 

Or, les plus grandes épreuves ou séductions se rapportent aux femmes, aux biens, aux enfants et à la réputation. Lorsque Dieu soumet à ces quatre épreuves ou l’une d’elles l’un de Ses serviteurs, et que celui-ci les assume dans la vérité et revient à Dieu à travers ces épreuves sans s’arrêter devant elles en tant que telles en les prenant pour des bienfaits par lesquels Dieu l’a comblé, ces épreuves le ramènent vers Dieu – qu’Il soit exalté – et l’installent dans la station de l’action de grâce (ash-shukr) et sa vérité qui consiste à voir le bienfait comme provenant de Dieu – qu’Il soit exalté -, conformément à ce que rapporte Ibn Maja dans son Recueil (Sunan) du Hadith, à savoir que l’Envoyé de Dieu – qu’Allah prie sur lui et le salue ! -  a dit : « Dieu a révélé ceci à Moïse – que la Paix soit sur lui - : Ô Moïse ! Sois en toute vérité reconnaissant envers Moi ! Moïse dit : Seigneur ! Qui peut le faire ? Dieu lui dit : Ô Moïse ! Lorsque tu vois que le bienfait provient de Moi, cela constitue la reconnaissance totale et véridique de ta part. » De même lorsque Dieu a pardonné à Son Prophète Muhammad – qu’Allah prie sur lui et le salue ! - ses premiers et derniers péchés, lui annonçant la bonne nouvelle à ce sujet en disant : « Afin que Dieu te pardonne tes premiers et derniers péchés » (Coran, 48/2), il se mit debout en prière jusqu’à ce que ses pieds soient enflés pour remercier Dieu de ce bienfait, sans se relâcher ou se reposer. Ensuite, lorsqu’on lui a parlé à ce sujet en lui demandant d’être plus tolérant avec lui-même, le Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue ! - a dit : « Ne dois-je pas être un serviteur reconnaissant ? » ; ceci pour avoir entendu Dieu – qu’Il soit exalté – dire : « Bien au contraire, adore Dieu et sois de ceux qui sont reconnaissants ! » (Coran, 39/66).

 

Aussi, si le serviteur n’assume pas la station de la reconnaissance envers le Bienfaiteur, il rate auprès de Dieu cet amour spécifique à cette station spirituelle que n’obtient de la part de Dieu que celui qui est reconnaissant, car Dieu dit : « Faible est le nombre de Mes serviteurs reconnaissants » (Coran, 34/13). Si le serviteur le rate, il rate ce qu’il procure comme science sur Dieu, épiphanie, béatitude et degré spécifique dans la demeure de la félicité et le monde de la vision au jour de la grande visite. En effet, chaque amour divin possède pour chaque qualité spécifique une science, une épiphanie, une félicité et une position nécessaires qui distinguent celui qui possède cette qualité par rapport à autrui.

 

S’agissant de la séduction des femmes, son retour vers Dieu à travers leur amour consiste en ce qu’il voit que le tout aime sa partie et aspire vers elle. En fait il n’a aimé que lui-même, parce que la femme a été, à l’origine, créée à partir de l’homme, à partir de sa côte inférieure.

Il la place en lui-même dans la position de l’image à partir de laquelle Dieu a créé l’homme parfait, c'est-à-dire à l’image de Dieu. Et Dieu en fait un miroir pour Son épiphanie. Or lorsqu’une chose devient un miroir pour celui qui la regarde, celui-ci n’y voit que sa propre image. Ainsi lorsque le serviteur voit dans cette femme son âme à travers son attachement à elle et son inclination vers elle, il voit sa propre image. Et comme on t’a déjà indiqué que son image est à l’image de Dieu dans laquelle Il l’a existencié, il n’a vu que la Vérité, mais avec un désir d’amour, de plaisir et d’attachement. Il s’y est éteint vraiment avec un amour sincère.

Il l’a confronté avec son essence d’une confrontation identitaire. C’est pourquoi il s’éteint en elle parce que chaque partie en lui se trouve en elle. Et comme l’amour est diffus à travers toutes ses parties, il s’attache en entier à elle. Voilà pourquoi il s’éteint totalement dans ce qui est son prototype, contrairement à son amour de ce qui n’est pas identique à lui. Il fait un avec son bien-aimé au point de dire : « Je suis celui que j’aime, et celui que j’aime c’est moi ». D’autres ont dit dans cette station : « Je suis Dieu ».

 

Donc si tu aimes une personne comme toi de cet amour et que ta contemplation pour elle te ramène de cette manière vers Dieu, tu es alors de ceux qui sont aimés de Dieu. Et cette épreuve séductrice sera une épreuve qui t’a apporté le cadeau de la bonne direction.

Quant à l’autre voie dans l’amour des femmes, c’est qu’elles sont des lieux de réaction et de conception pour la manifestation des essences et des exemplaires en chaque espèce. Nul doute, d’ailleurs, que Dieu n’a aimé les essences du monde avant son existentiation que du fait que ces essences sont des lieux de réaction. Aussi, lorsqu’Il s’est adressé à elles en vertu de Son attribut de volonté, Il leur a dit « Soyez ! » et elles furent. Ainsi, Son royaume est apparu à travers elles dans l’existence. Et ces essences ont reconnu à Dieu Son droit à la divinité. Il est donc Le Dieu que, par leur état, ces essences ont adoré avec tous Ses Noms ; peu importe qu’elles aient connu ces Noms ou non. Ainsi, il n’y a pas un seul Nom divin sans que le serviteur ne s’y manifeste par son image et son état, même s’il ignore l’effet de ce Nom. Ceci se rapporte à ce que l’Envoyé de Dieu – qu’Allah prie sur lui et le salue ! -  a dit dans son invocation des Noms divins : « Ou d’un Nom que Tu as gardé auprès de Toi dans Tes mystères ou que Tu as appris à quelqu’un parmi Tes créatures ! », il veut dire parmi Ses Noms ; c'est-à-dire qu’il connaît son essence concrète au point de le distinguer des autres par la connaissance. En effet beaucoup de choses dans l’homme sont par la forme et l’état sans qu’il le sache alors que Dieu sait sur lui que cela existe en lui ; ainsi s’il aime la femme pour ce que nous avons indiqué, son amour pour elle le ramène à Dieu et cela constitue un bienfait de la séduction à son endroit, et Dieu l’aime du fait de son retour vers Lui à travers son amour pour elle.

 

Quant à son attachement à une femme particulière à l’exclusion de toute autre – même si les réalités que nous avons évoquées sont diffuses en toute femme -, ceci est du à une affinité spirituelle entre ces deux personnes sur la plan de la constitution, du tempérament et de la vision spirituelle. Ce type d’attachement peut conduire à un terme déterminé ou indéterminé et n’est rompu que par la mort. Cela dit l’attachement ne disparaît pas, comme dans le cas de l’amour du Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue ! - pour ‘Aïsha ; en effet il l’aimait plus que toutes ses épouses, et également de son amour pour Abou Bakr qui était son père. Ce sont ces affinités secondes qui déterminent les personnes, quant à la cause première, c’est celle que nous avons indiquée. Il en va de même de l’amour absolu, de l’audition absolue et de la vision absolue qui sont le propre de certains serviteurs de Dieu et qui ne portent pas sur une personne particulière dans le monde à l’exclusion de toute autre. En effet, pour eux, tout être présent est un bien-aimé qui les absorbe et les occupe. Malgré cela, à côté de cette propension générale, il y a nécessairement une inclination pour certaines personnes en raison d’une affinité particulière, car la constitution du monde offre ceci à certaines individualités et ceci implique nécessairement la restriction. Or l’homme parfait est celui qui unit la restriction et la généralisation. Ainsi la généralisation, c’est comme dans la Parole du Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue ! - : « On m’a donné d’aimer, de votre bas monde, trois choses : les femmes… ».

 

Quant à l’exemple de la restriction, c’est comme ce qu’on a rapporté au sujet de son amour pour ‘Aïcha qui était plus grand que son amour pour ses autres épouses en raison d’une affinité spirituelle d’ordre divin qui l’a attaché plus exclusivement à elle, tout en aimant la gent féminine en général.

Voilà donc ce que nous avons indiqué sur cet aspect particulier, ce qui est largement suffisant pour celui qui saisit parfaitement.

 

(Cheikh Muhyî-d-Dîn Ibn Arabî, Kitâb al-wasâyâ, traduit de l’arabe par Mohamed al-Fateh : Paroles en Or, édition Iqra)

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