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Publié par Abdoullatif

fes-riadRecommandation 27 : Prend garde à l’avarice.

 

Tu dois aussi faire l’aumône car Dieu a mentionné ceux et celles qui font l’aumône. Il s’agit de celle qui est obligatoire et de celle qui est volontaire. Celle qui est obligatoire s’appelle zakat (l’aumône légale) et celle qui est volontaire s’appelle tatawwu‘ (surérogatoire). Grâce à l’aumône obligatoire, le qualificatif avarice disparaît en nous ; et grâce à l’aumône surérogatoire nous atteindrons les hauts degrés et nous sommes qualifiés par les attributs de la générosité, de la libéralité, de l’abnégation et de la largesse. Mais prend garde à l’avarice. Ensuite, tu as sur tes biens un devoir supplémentaire par rapport à l’obligation de l’aumône légale. C’est que lorsque tu vois ton frère dans la foi dans un état périlleux, de sorte que si tu ne lui donnes pas une part de tes biens il périt lui et sa famille s’il a une famille ou lui-même seulement, il t’incombe de le soulager par tes biens, soit en lui faisant un don, soit en lui avançant un prêt. Dans tous les cas, il faut lui donner et ce don constitue une aumône. C’est à ce point que j’ai entendu l’un de nos savants à Séville dire sur le Hadith où  l’interlocuteur se demande : « Suis-je soumis à une autre obligation en dehors d’elle ? » il veut dire l’aumône légale « Il dit : Non, sauf si tu fais une aumône surérogatoire » ; en effet ce savant m’a dit : « Cela s’impose à toi. » J’ai apprécié ce qu’il a dit – que Dieu le prenne en miséricorde -.

 

Du reste, Dieu n’a appelé l’homme mutasaddiq (celui qui fait l’aumône) et ce don sadaqat (aumône) que parce qu’il a donné cela avec difficulté et en contraignant son âme. En effet dans sa nature et l’origine de constitution, Dieu l’a créé fébrile, anxieux lorsque le malheur le frappe et avaricieux lorsqu’un bien lui échoit, parce que l’avarice est dans sa nature. En effet, Dieu dit sur lui : « Il devient avaricieux lorsqu’un bien lui échoit » (Coran, 70/21). C’est pourquoi le Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue ! – a dit, sur le mérite de l’aumône et sur son moment : « C’est que tu fais l’aumône pendant que tu es en bonne santé et parcimonieux, que tu crains la pauvreté et tu espères la vie et la fortune. » D’ailleurs Dieu – qu’Il soit exalté – dit : « Et ceux qui se préservent de leur propre ladrerie, ceux-là sont assurés de la réussite » (Coran, 59 /9) c'est-à-dire ils sont sauvés. Parce que l’homme, lorsqu’il possède des biens et espère vivre longtemps, craint de tomber dans la pauvreté et la disparition de ses biens, tout au long de sa longue vie en raison des difficultés qui peuvent survenir et de son espoir de vivre longtemps. Ceci le pousse à être avare de ce qu’il possède, à cesser de faire l’aumône et soulager les nécessiteux, par les biens que Dieu lui a accordés.

 

Ainsi, il thésaurise ces biens, ne les dépense pas et ne s’acquitte pas de l’aumône légale, et on finira par les lui appliquer sur son front, sur ses côtés et sur son dos, comme Dieu – qu’Il soit exalté – l’a dit en parlant des gens de cette espèce : « Le Jour où ces métaux seront portés au rouge en étant exposés au feu de la Géhenne et où on les leur appliquera sur le front, sur le dos et sur les côtés (on leur dira) : Voici ce que vous avez épargné pour votre propre compte, goûtez maintenant ce que vous thésaurisiez » (Coran, 9/35), ceci lorsque l’homme refuse de s’acquitter de ses devoirs en matière d’aumône légale et de prêt. Voilà pourquoi le don fait avec difficulté et dureté s’appelle aumône. On dit : dans la langue il y a une lance sadqun , c'est-à-dire dure. Du reste l’Envoyé de Dieu – qu’Allah prie sur lui et le salue ! – a proposé la parabole suivante sur l’avare et celui qui fait l’aumône en disant : « L’avare et celui qui fait l’aumône sont semblables à deux hommes enveloppés dans deux cuirasses et qui ont les mains coincées au niveau des clavicules ». Ainsi, chaque fois que celui qui fait l’aumône pratique l’aumône, sa cuirasse se desserre autour de lui et finit par libérer ses doigts et les dégager. Quant à l’avare, chaque fois qu’il envisage de faire l’aumône, la cuirasse se rétrécit et chaque anneau reprend sa place. »

 

Prends garde donc à l’avarice car elle te détruit et conduit à ta perte en ce bas-monde et dans la vie future. Or rien ne t’aide à être généreux et à faire l’aumône, comme la pratique de la science. En effet, lorsque tu sais que tes subsistances ne seront jamais consommées, ne seront jamais la nourriture et ne seront jamais un moyen pour faire vivre un autre en dehors de toi, que, si tous les habitants des cieux et de la terre se liguent pour s’interposer entre toi et tes subsistances, ils ne le pourront pas ; lorsque tu sais que les subsistances d’autrui qui sont dans tes possessions finiront nécessairement par lui parvenir pour vivre et se nourrir et que si les habitants des cieux et de la terre s’interposent ensemble entre lui et ses subsistances qui sont encore dans ta possession, ils ne pourront pas. Remets-lui donc ses biens lorsque la pensée de faire l’aumône te vient et tu seras qualifié par la générosité, sans autre éloge (venant des créatures), car au fond tu ne lui as donné que ce qui est son droit auprès de Dieu. Donc lorsque tu sais cela, il devient alors aisé pour toi de donner ce que tu as dans les mains : tu rejoindras ainsi les hommes généreux et tu seras inscrit parmi ceux qui font l’aumône. Et si tu donne cela avec hésitation, en rusant, en t’épuisant et en estimant que tu as du mérite sur celui à qui tu as apporté ce soulagement, garde-toi de faire preuve d’ignorance à l’égard de quiconque, tout comme tu aimes qu’on ne fasse pas preuve d’ignorance à ton égard ! En effet l’Envoyé de Dieu – qu’Allah prie sur lui et le salue ! – disait dans ses invocations : « Et je cherche refuge auprès de Toi contre le fait de faire preuve d’ignorance ou contre le fait de subir l’ignorance d’autrui ! ».

 

(Cheikh Muhyî-d-Dîn Ibn Arabî, Kitâb al-wasâyâ, traduit de l’arabe par Mohamed al-Fateh : Paroles en Or, édition Iqra)

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