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Publié par Abdoullatif

Abdelkader1Recommandation 32 : Fuis ce que Dieu t’interdit. Et ne nuis pas au voisin.

 

Préserve le droit du voisin et du voisinage et donne, dans l’ordre, la préséance aux voisins les plus proches. Tu dois aussi t’enquérir de tes voisins en leur donnant des biens dont Dieu t’a comblé car tu es responsable d’eux, et repousser d’eux ce qui pouvait les gêner, peu importe qu’ils soient bons ou mauvais. Du reste, on ne t’a appelé leur voisin et on les a appelés tes voisins qu’en raison de ton inclination vers eux par la bienfaisance et l’éloignement des dommages et des nuisances, et de leur inclination vers toi par la bienfaisance et l’éloignement des dommages. C’est que le mot jâr (voisin) dérive étymologiquement du verbe jârra qui signifie incliner car al-jûr signifie al-mayl (l’inclination).

 

Et ceux qui le font dériver du vocable jûr au sens d’inclination vers l’erreur et la tyrannie, c’est comme celui qui applique par opposition le qualificatif sain à celui qui est mordu ; ce qui constitue une façon d’accorder la primauté au droit du voisin quel qu’il soit. C’est comme si on disait : Même si le voisin fait partie des gens de la tyrannie (al-jûr), c'est-à-dire al-mayl (l’inclination) vers l’erreur par le polythéisme ou l’impiété, cela ne doit pas t’empêcher de respecter son droit et de le considérer. Qu’en serait-il alors du croyant ? C’est dire que le droit du voisin ne s’impose qu’au voisin.

 

Le plus étrange de ce que j’ai entendu à ce sujet, c’est ce que rapporte l’un de nos maîtres sur l’attitude exemplaire d’un arabe bédouin. En effet, une nuée de sauterelles ayant atterri autour de sa tente, les arabes bédouin se sont préparés pour les tuer et les manger. Cet homme sortit de chez lui sans savoir ce qu’ils voulaient. Il alla vers eux et leur demanda : Que voulez-vous ? Ils répondirent : Nous voulons tuer ton voisin (ils voulaient entendre les sauterelles). Il leur dit : Après les avoir appelés mon voisin, par Dieu ! Je ne vous permettrai pas de le faire ! Puis il dégaina son épée pour les défendre par respect du droit de voisinage.

 

De même, on a interrogé Malik Ibn Anas sur la consommation du porc de la mer et il répondit : c’est illicite. On lui dit : c’est un poisson qui fait partie des animaux de la mer dont la consommation nous est rendue licite par Dieu. Malik leur dit : Vous l’avez appelé porc. Vous ne m’avez pas demandé : Que penses-tu du poisson de la mer ?

Fuis donc ce que Dieu t’a interdit. Or, Il t’a interdit de nuire au voisin, quitte donc la nuisance faite au voisin ! « Les bonnes et les mauvaises actions ne sont pas équivalentes. Repousse celles-ci par celles-là et voilà que celui qui te témoignait de l’hostilité devient semblable à un ami protecteur. Mais cela (une telle attitude) n’est donné qu’à ceux qui se sont montrés patients ; il n’est accordé qu’à ceux qui détiennent une faveur immense » (Coran, 41/34-35).

 

On nous a rapporté dans les traditions, sur les circonstances de la révélation de ce verset, qu’un homme éloquent parmi les polythéistes arabes est venu voir l’Envoyé de Dieu – qu’Allah prie sur lui et le salue ! – après avoir entendu que Dieu avait fait descendre un Coran que les plus éloquents des Arabes étaient incapables de défier par leur opposition. Cet homme dit : Ô Envoyé de Dieu, y a-t-il dans ce que ton Seigneur t’a révélé ce qui ressemble à ce que j’ai dit ? L’Envoyé de Dieu – qu’Allah prie sur lui et le salue ! –  lui demanda : Qu’as-tu dit ? Cet arabe bédouin répondit : j’ai dit ces vers :

Salue l’homme haineux, tu gagneras son esprit.

Grâce à ta salutation qui rapproche, tu peux chasser la calomnie,

Et si ces gens profèrent les paroles, pardonne par générosité,

Et s’ils te dissimulent le reproche ne t’en soucie guère,

Car ce qui te nuit chez eux, c’est de les avoir écoutés,

Et ce qui a été dit derrière toi n’a pas été dit.

 

Dieu – qu’Il soit exalté – révéla alors les versets suivants : « Les bonnes et les mauvaises actions ne sont pas équivalentes. Repousse celles-ci par celles-là et voilà que celui qui te témoignait de l’hostilité devient semblable à un ami protecteur. Mais cela (une telle attitude) n’est donné qu’à ceux qui se sont montrés patients ; il n’est accordé qu’à ceux qui détiennent une faveur immense » (Coran, 41/34-35). L’arabe bédouin dit alors : Par Dieu ! Ceci est de la magie licite. Par Dieu ! Je n’ai jamais imaginé qu’on pourrait apporter mieux que ce j’ai dit ! Je témoigne que tu es l’Envoyé de Dieu. Car ceci ne peut provenir que d’un Seigneur !

 

Voilà le genre d’hommes qui reconnaissent le miracle et le caractère inimitable du Coran. Crois-tu, ô ami, que cet arabe bédouin soit plus généreux que Dieu dans ce bon caractère consistant à supporter les nuisances, à se montrer affable, à pardonner malgré la capacité de sanctionner, à fermer les yeux sur la sanction, à atténuer ce qui est détestable pour l’âme et à feindre l’inattention devant celui qui dissimule pour toi ce qui le discrédite s’il se manifeste ? Par Dieu ! Dieu est Plus Généreux que lui, Plus Indulgent, Plus pardonnant, Plus Magnanime et Plus Véridique dans ce qu’Il dit. Car même si les propos de cet Arabe bédouin sont beaux, rien ne garantit ce qu’il manifestera au moment du passage à l’acte. Or, Dieu est Véridique dans Sa Parole comme l’atteste les preuves rationnelles, car Il n’ordonne jamais une vertu sans qu’elle soit Son Attribut avec lequel Il traite Ses serviteurs et Il n’interdit jamais une mauvaise qualité sans qu’Il en soit totalement exempt. Il n’y a de Dieu que Lui, Le Tout-Puissant, Le Sage, Le Pardonnant, Le Très-Miséricordieux.

 

(Cheikh Muhyî-d-Dîn Ibn Arabî, Kitâb al-wasâyâ, traduit de l’arabe par Mohamed al-Fateh : Paroles en Or, édition Iqra).

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