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Publié par Abdoullatif

Abdelkader1Recommandation 36 : Attache-toi à la vérité et évite le mensonge.

 

Attache-toi à la véracité du propos, à l’acquittement de la charge et à la fidélité à la promesse, et évite le mensonge, la trahison et le parjure. Et lorsque un différent t’oppose à quelqu’un, ne sois pas grossier avec lui, car la marque de l’hypocrite et son signe, c’est qu’il ment lorsqu’il rapporte quelque chose, ne tient pas sa promesse lorsqu’il la donne, trahit lorsqu’on lui confie quelque chose et se montre grossier lorsqu’il se dispute. Mais la pire des trahisons, c’est que tu rapportes à ton frère un propos dans lequel il croit que tu es véridique alors que tu ne l’es pas. Il faut savoir que lorsque l’homme commet un mensonge, l’ange s’éloigne de trente miles de lui, tellement ce qu’il rapporte est puant. De même, lorsque le démon ordonne au fils d’Adam de commettre un péché et qu’il s’exécute, il se décharge de lui par crainte de Dieu – qu’Il soit exalté -. Tâche donc de goûter et de sentir ces odeurs d’ordre moral car le démon met des voiles sur ton nez qui t’empêchent de percevoir de telles puanteurs. Il ne faut pas que le démon, malgré son impiété, soit plus apte à percevoir les choses et plus craintif que toi à l’égard de Dieu – qu’Il soit exalté -. Et considère bien son attitude à se décharger de la responsabilité des actes qu’il encourage, car il s’agit d’un levain placé par Dieu dans son coeur et restera latent jusqu’à ce que vienne l’heure de sa manifestation, bien qu’il soit enclin à tromper comme il est enclin à se décharger et à craindre Dieu.

 

En effet, Dieu nous informe que le démon dit à l’homme : « Renie Dieu ! » Puis lorsque l’homme renie Dieu, le démon dit : « je suis innocent et je m’en décharge, car je crains Dieu, Le Seigneur des mondes ». Il faut savoir qu’on a jamais tenu rigueur au démon à cause de sa science, en raison de son élévation, mais qu’on lui tient rigueur à cause de la véracité de Dieu dans ce qu’Il dit à propos de ce qu’Il stipule au sujet de celui qui instaure une mauvaise conduite et qui assume ses conséquences et celles de l’homme qui l’applique. En effet, au jour de la résurrection, il assume les fardeaux d’autrui, car après chaque tromperie au terme de laquelle sa victime se repent, il se hâte pour tromper un autre. Ainsi, on lui tient rigueur pour ce qu’autrui fait parce que ce qu’il fait relève de son insufflation. Il en va de même pour l’homme qui ne se repent pas lorsqu’il instaure une mauvaise conduite : il assume son fardeau et le fardeau de celui qui l’applique. Ainsi, le démon se trouve –t-il dans un meilleur état que lui.

 

Surtout, garde-toi de ne pas tenir ta promesse (wa’daka) et de ne pas respecter ton i’ad (le fait de promettre de faire le mal) mais appelle cet ikhlaf (le fait de ne pas respecter) ton I’ad (le fait de promettre de faire le mal) un tajawuz (le fait de passer sur et d’effacer) pour qu’on ne te taxe pas comme celui qui ne respecte pas ce qu’il a promis comme mal. Il y a ici un grief à l’égard des Mu‘tazilites qui ont oublié la Parole divine : « Nous n’avons envoyé aucun messager qui ne s’exprime pas dans la langue de son peuple afin de l’éclairer » (Coran, 14/4). Or, parmi les conventions implicites des Arabes bédouins, c’est que lorsqu’ils menacent ou promettent de faire le mal, ils passent sur cela. Et c’est ici que les Mu‘tazilites ont gravement fauté, et ce qui les fait tomber dans cette faute, c’est l’impossibilité de mentir sur Dieu – qu’Il soit exalté – au sujet de ce qu’Il rapporte. Or ils ne savent pas que cela ne s’appelle pas mensonge dans la coutume confirmée par la Loi religieuse. Ainsi, une preuve rationnelle les a voilés par rapport aux dispositions d’une science normative. Cette attitude provient d’une imperfection de certains esprits et du fait qu’ils s’en tiennent en chaque situation à leurs preuves. C’est ce qu’il ne faut pas faire car ils doivent regarder les desseins de la Loi religieuse dans le Discours divin, à qui s’adresse-t-Il, dans quelle langue Il parle et en vertu de quelle coutume Il institue le traitement dans telle communauté particulière ?

 

Un Arabe bédouin disait sur la noblesse de son caractère :

Je suis, lorsque je le menace ou que je lui fais une promesse,

Celui qui ne tient pas sa menace (i’adi) et qui tient sa promesse (maw’idi).

Mais on ne doit pas dire sur Lui qu’il est mukhlif (Celui qui manque à Sa menace) mais on

Doit dire qu’Il pardonne et passe sur les écarts de Son serviteur.

 

(Cheikh Muhyî-d-Dîn Ibn Arabî, Kitâb al-wasâyâ, traduit de l’arabe par Mohamed al-Fateh : Paroles en Or, édition Iqra).

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