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Publié par Abdoullatif

FutûhâtLes « savants de la loi » sont en désaccord au sujet du prône du Jour du Vendredi : est-il, ou non, une condition de validité de la prière et fait-il partie de ses fondements essentiels (arkân) ? La plupart disent qu’il s’agit d’une condition et un élément essentiel, et il y a là quelque chose de vrai ; d’autres, qu’il n’est pas obligatoire, et c’est aussi ce que je dis quant à moi. En effet, l’Envoyé d’Allâh - sur lui la Grâce et la Paix ! - n’a pas précisé qu’il était obligatoire, mais n’a pas précisé non plus qu’il ne l’était pas. On sait cependant de manière certaine qu’il a lui-même toujours prononcé un prône en cette circonstance. Le déclarer obligatoire, c’est établir un statut ; le déclarer non obligatoire, c’est en établir un autre.

 

Ce serait de notre part une inconvenance d’énoncer un statut d’obligation ou de non obligation, car c’est là une chose qu’Allâh n’a pas permise. Notre doctrine sur ce point est d’une vérité certaine : elle empêche qu’un statut légal soit énoncé, tout en affirmant la nécessité du prône puisque l’Envoyé d’Allâh - sur lui la Grâce et la Paix ! - a toujours accompli cette prière en l’accompagnant d’un prône. D’ailleurs, il a agi de la même manière pour les prières des deux fêtes alors qu’il y a un accord unanime pour dire que ces prières n’ont aucun caractère obligatoire et, à plus forte raison, les prônes qui les accompagnent ; pourtant (le Prophète) - sur lui la Grâce et la Paix ! - a toujours accompli ces deux prières et les a toujours accompagnées d’un prône.

 

Interprétation ésotérique

 

Le prône a été prescrit en vue de l’exhortation. La prédication est quelqu’un qui appelle à Dieu ; il est le chambellan de Sa porte ; il Le représente dans le cœur du serviteur ; il le ramène à Allâh afin qu’il soit prêt pour l’ « entretien ». C’est pourquoi le prône précède la Prière du Vendredi. On rappelle de Aïchâ, la Mère des croyants - qu’Allâh soit satisfait d’elle - cette parole : « Le prône de la Prière du Vendredi remplace les deux rakates (1), tout comme la Prière du voyageur. Le prône a donc été prescrit avant la prière pour la raison que nous avons mentionnée : il vise à préparer à l’entretien (divin).

 

La loi se préoccupe uniquement de ce qui est obligatoire : c’est la Sunna qui prescrit d’accomplir une prière surérogatoire avant toutes les prières obligatoires. Considère ce que fit le Prophète - sur lui la Grâce et la Paix ! - lorsqu’on l’obligea de veiller la nuit : il commença sa veille en accomplissant deux rakates légères. Toutes ces pratiques (2) ont pour but d’éveiller l’attention du cœur en vue de l’entretien avec Celui qui l’appelle à Lui au moyen de l’œuvre d’obligation, afin de provoquer la contemplation et la vigilance spirituelle : c’est l’accomplissement de l’œuvre d’obligation qui est requis de la part du serviteur, et c’est lui qui est requis pour accomplir cette œuvre.

 

Dès lors celui qui considère que l’éveil est le fondement de la Voie, comme al-Harawî et d’autres, déclarera le prône obligatoire au même titre que la petite ablution qui est aussi un « éveil » opéré en vue de la prière. En revanche, celui qui considère que c’est essentiellement cette dernière qui est requise, de sorte que l’iqâma peut suffire pour « réveiller » celui dont le « sommeil » est léger, déclarera que le prône est une sunna constante à laquelle il convient de se conformer, en dépit du fait que (l’Envoyé) ne l’a pas prescrite tout en étant assidu à son accomplissement. De même pour l’ « éveil » : il est préférable qu’il se produise avant l’entretien et en vue de cet entretien, plutôt qu’au cours de l’entretien lui-même, de peur que le sommeil n’y fasse encore sentir ses effets.

 

Le Très-Haut a dit : Ô vous qui croyez, lorsque l’appel a retenti en vue de la Prière qui fait partie du Jour du Vendredi, rendez-vous au dhikr d’Allâh (Cor., 62, 9). Il est possible que le terme dhikr désigne ici le prône, car il est ordonné (au serviteur) de faire silence pour pouvoir entendre ce que dit le prédicateur.

 

Considère ce que l’on dit des muezzins : que ce sont « les hommes dont les cous sont les plus longs » ! Le cou est le lieu du passage du souffle, où il s’amplifie pour élever la voix et mieux faire entendre le son. C’est cette particularité qui est évoquée par la mention de la « longueur du cou ». Lorsque Dieu me fit voir directement l’appel à la prière, je vis que chacune des paroles qu’il renferme apporte avec elle un bien lié à sa propagation dans le domaine sensible, et qui s’étend aussi loin que le regard (3) ; et cela pour chaque parole.

 

Les muezzins sont les meilleurs de ceux qui appellent à Allâh conformément à l’ordre d’Allâh et de Son Envoyé. L’Envoyé ne s’est abstenu de faire l’appel que par délicatesse pour sa communauté. S’il l’avait fait et que quelqu’un n’eût pas répondu alors qu’il l’entendait dire « Allez à la prière », celui-là eût été désobéissant. Or, (l’Envoyé) est avec les croyants plein de bienveillance et de miséricorde (Cor. 9, 128).

 

Si nous disons que les mots « se rendre au dhikr d’Allâh » se rapportent au prône c’est parce que, selon le Coran (4), la prière rituelle, en vertu de son essence même, met fin à la turpitude…, c’est-à-dire à l’opposition extérieure, …et à ce qui est réprouvé…, c’est-à-dire à ce que réprouvent les cœurs, …mais, en vérité, le dhikr d’Allâh est plus grand. Par ces dernières paroles, (le Très-Haut) peut avoir voulu dire que le souvenir d’Allâh dans la prière est plus grand que les paroles et les actes qu’elle comporte. Toutefois, comme Il a établi une séparation, et donc une distinction, entre la prière et le dhikr, il se peut aussi que, dans ce verset, l’expression « dhikr d’Allâh » désigne le prône auquel il est ordonné de se rendre. Du reste, on nous a rapporté qu’un homme de science la comprenait de cette façon.

 

(1) Sous-entendu : la parole de Aïchâ ne peut pas signifier que la Prière du Vendredi comporterait en réalité quatre rakates. Les deux rakates « remplacées » par le prône ont nécessairement un autre sens.

(2) C’est-à-dire les deux rakates prescrites par la Sunna, le prône du Jour du Vendredi et la petite ablution dont il sera question par la suite.

(3) Selon les hadîths prophétiques : « On pardonnera au muezzin jusqu’à la limite où s’étend le son de sa voix ».

(4) Cf. Cor., 29, 45.

 

(Muhyî-d-Dîn Ibn ‘Arabî, Extrait du chap. 69 des Futûhât, traduit par Ch. A. Gilis, La Prière du Jour du Vendredi, chap. VIII, p. 71-75).

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