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Publié par Abdoullatif

clockL'Esprit régulateur (al-mudabbir), l'Esprit de Muhammad — sur lui la Grâce et la Paix ! — a été créé au commencement du temps (awwali khalq az-zamân)... toutefois, il est apparu uniquement dans le monde invisible, non dans le monde visible : Allâh lui a annoncé sa fonction prophétique alors qu'Adam était encore — selon ses propres termes — « entre l'eau et l'argile ». Son statut temporel est demeuré régi par le Nom l' « Intérieur » jusqu'à ce que sa forme corporelle ait été manifestée et que l'Esprit lui ait été joint : ce statut passa alors à l’ « Extérieur » de sorte que Muhammad — qu'Allâh répande sur lui Sa Grâce unitive et Sa Paix ! — parut selon sa réalité essentielle, comme corps et comme esprit... À ce moment, la configuration cyclique du temps (istidâr) marqua la fin du cycle (dawra) régi par le Nom l’ « Intérieur » et le début d'un cycle nouveau régi par le Nom l' « Extérieur » ; c'est pourquoi il a dit — sur lui la Grâce et la Paix ! — « le temps est revenu cycliquement à une configuration pareille à celle qu'il avait lorsque Allâh l'a créé » (1)

 

(1) Futûhât, chap. 12 ; vol. 2, p. 331 de l'éd. O. Yahya.

 

... Dans cette parole, il a dit : « le temps » (az-zamân), non « la Durée principielle » (ad-Dahr) ou un autre terme et cela pour attirer l'attention sur la présence de la Balance (al-mîzân). En effet, le terme « zamân » est composé des mêmes lettres que le terme mîzân ; si celui contient en outre un adjacent au , en revanche le ne porte pas de shadda comme celui qui figure dans az-zamân pour indiquer qu'il y a dans ce dernier une lettre contractée (2). Le commencement du Temps opéré dans la Balance pour l' « Esprit de Justice » (al-‘adl ar-rûhânî) (3), et dans le Nom l' « Intérieur » pour Muhammad — sur lui la Grâce et la Paix ! — ; ce qu'exprime sa parole : « J'étais Prophète alors qu'Adam était entre l’eau et l'argile ». Puis, le cycle temporel s'est déroulé au cours d'une période de 78 000 années ; puis, un cycle temporel nouveau, régi par le Nom l' « Extérieur », a commencé avec la manifestation corporelle de Muhammad — sur lui la Grâce et la Paix ! Sa Loi a été révélée alors de manière claire et précise, non plus d'une façon indirecte, de sorte que le régime juridique (hukm) (actuel) est (déjà) celui de la vie future. Le Très-Haut a dit : « Nous avons pose les justes mesures (mawâzîn al-qist) en vue du Jour de la Résurrection » (Cor. 21, 47) ; Il nous a enjoint : « Réalisez la Justice (qist) (4) ! Ne diminuez pas la mesure (mîzân) ! » (Cor. 55, 9); Il a dit encore : « Il a élevé le Ciel et posé la Balance » (Cor. 55, 7). C'est par la Balance qu'Allah a « inspiré en tout Ciel l'Ordre qui lui est propre » (Cor. 41, 12); c'est par elle qu'Il a « réparti sur la Terre ses nourritures » (5). Il l'a établie dans le monde en toute chose (6)...

 

(2) En l'occurrence, cette lettre serait un et non un , de sorte que les deux termes apparaîtraient comme équivalents.

(3) Littéralement « le Juste Spirituel ». Al-‘Adl fait partie des Noms divins étudiés par Ibn Arabî au chapitre 558 des Futûhât.

(4) Les lettres qui composent la traduction latine du premier verset du Livre de la Sagesse « DILIGITE JUSTITIAM QUI IUDICATIS TERRAM » apparaissent successivement à Dante au cours d'une vision remarquable à bien des égards (cf. Paradiso, XVIII, 91-93). Nous nous contenterons de souligner ici que le « M » final du mot TERRAM qui se change en Aigle — symbole de l'Esprit Universel — présente, sous la forme romane qu'il avait à l'époque de Dante, (cf. Dante, Œuvres Complètes trad. d'André Pézard, p. 1533) une ressemblance frappante avec le parchemin déroulé » décrit par le « plus grand des Maîtres » à propos du 23e Tawhîd (cf. Le Coran et la fonction d'Hermès, p. 152- 156). Ce rapprochement formel, qu'étayent d'autres détails, est confirmé par l’analogie des messages : l'écrit en vers figurant dans le parchemin commence par une référence quasi-explicite à la Tradition primordiale, l'Aigle adresse à Dante un discours qui compare la Justice divine insondable à un « soleil sans voile qui toujours luit » (Paradisio, XIX, 64), tout en situant discrètement cette référence au « Soleil de Justice » dans une perspective universelle : « maintes gens qui bien haut clament « Christ » au Jugement seront de lui moins proches que tel gentil qui ne connaît le Christ » (ibid., 106-108).

(5) Allusion à Cor. 41, 10.

(6) Futûhât, ibid., p. 342.

 

... L'Arbitre, le Juste (al-Hakam al-‘Adl) (7) — pas de Dieu si ce n'est Lui — a manifesté la Balance (8) ; à partir de la Balance a paru le Scorpion, et l'Ordre divin, qu'Allâh lui a inspiré (9), puis le Sagittaire, le Capricorne, le Verseau, les Poissons, le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer, le Lion et la Vierge. Puis, le cycle temporel est revenu à la Balance en vue d'un cycle nouveau. Muhammad — sur lui la Grâce et la Paix ! — a paru, muni de l'autorité (hukm) propre à chaque partie du temps : le tout s'est manifesté en lui au moment de son existentiation — sur lui la Grâce et la Paix ! Les noms de ces constellations sont des noms d'Anges qu'Allâh a créés. Ils sont douze, eux aussi ; à chacun d'eux correspond une portion du Zodiaque (10). Allâh a placé dans la main de chacun de ces Anges, en vertu de l'autorité qui lui est propre, une part de ce qu'Il veut faire paraître sur la terre chez ceux qui leur sont inférieurs. La modalité spirituelle (rûhâniyya) de Muhammad — sur lui la Grâce et la Paix ! — a recueilli, en toute phase (haraka) du Temps, les caractères propres (akhlâq) des réalités divines correspondant à ces phases ; il n'a cessé de recueillir ces qualités spirituelles avant même qu'elles prennent une forme sensible ; et cela jusqu'à ce que son corps apparaisse en ce monde avec tous les caractères louangés (mahmûda) qu'Allâh y a établis. Il lui fut dit alors à son propre sujet : « En vérité, tu es selon une forme intérieure (khuluq) éminente" (Cor. 68, 4) (11).

 

(7) Ces deux Noms divins sont repris au chapitre 558 des Futûhât.

(8) Il s'agit ici de la Balance initiale, celle qui correspond au début du Temps.

(9) Le Cheikh applique ici aux constellations du Zodiaque la formule coranique relative aux Cieux planétaires.

(10) Littéralement : des degrés au sein de la Sphère enveloppante (al-falak al-muhît).

(11) Futûhât, ibid., p. 343.

 

[Ibn ‘Arabî, extraits de chapitre 12 traduits et annotés par Ch.A. Gilis dans Les Sept Étendards du Califat, Éditions Traditionnelles, 1993, p.253-256. Important : pour les commentaires et l’interprétation se reporter au chap. XXXIII : Muhammad ou le Califat spirituel p.249-258 du livre cité].

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