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Publié par Abdoullatif

ALWAHID.jpgSi l'on demande par quel moyen on arrive à connaître son "âme", c'est-à-dire le "proprium', soi-même, et à connaître Allah, la réponse est : La voie vers ces deux connaissances est indiquée par ces paroles : "Allah était et le néant avec Lui. Il est maintenant tel qu'Il était". Si quelqu'un dit : "Je vois mon âme, mon "proprium", moi-même, autre qu'Allah, et je ne vois pas qu'Allah soit mon âme", la réponse est : Le Prophète veut dire par le terme "âme" le "proprium", ton existence particulière, ce que tu appelles "moi-même", et non pas l'élément psychique qui s'appelle tantôt "l'âme impérieuse" ou "celle qui pousse irrésistiblement vers le mal", "l'âme qui reproche", "la rassérénée", etc. ; mais il veut dire par "âme" tout ce qui est autre qu'Allah, comme il a dit : "Fais-moi voir, ô Dieu ! les choses telles qu'elles sont", désignant par "les choses" tout ce qui n'est pas Allah, qu'Il soit exalté. Il a voulu dire : "Fais-moi connaître ce qui n'est pas Toi, afin que je sache et afin que je connaisse la vérité sur les choses, si elles sont Toi ou bien autre-que-Toi ; sont-elles sans commencement ni fin, ou bien ont-elle été créées et vont-elles disparaître ?" Alors, Allah lui fit voir que tout ce qui n'est pas Lui est l'homme lui-même, et que tout ce qui n'est pas Lui n'a aucune existence. Et il vit les choses telles qu'elles sont ; je veux dire qu'il vit qu'elles étaient la quiddité d'Allah, hors du temps, de l'espace et de toute attribution. Le terme "les choses" peut s'appliquer à l'âme comme à n'importe quoi. L'existence de l'âme et celle des choses s'identifient dans l'idée générale de chose. Donc, celui qui connaît les choses connaît son âme, son "proprium", c'est-à-dire lui-même, et celui qui se connaît soi-même connaît le Seigneur. Car ce que tu crois être autre-qu'Allah n'est pas autre-qu'Allah, mais tu ne le sais pas. Tu Le vois, et tu ne sais pas que tu Le vois.

 

Du moment que ce mystère a été dévoilé à tes yeux, que tu n'es pas autre-qu'Allah, tu sauras que tu es le but de toi-même, que tu n'as pas besoin de t'anéantir, que tu n'as jamais cessé d'être, et que tu ne cesseras jamais d'exister, jamais, comme nous l'avons déjà expliqué. Tous les attributs d'Allah sont tes attributs. Tu verras que ton extérieur est le Sien, que ton intérieur est le Sien, que ton commencement est le Sien et que ta fin est la Sienne, cela incontestablement et sans doute aucun. Tu verras que tes qualités sont les Siennes et que ta nature intime est la Sienne, cela sans que tu sois devenu Lui ou que Lui soit devenu toi, sans transformation, diminution ou augmentation quelle qu'elle soit. "Tout périt sauf Sa face", dans l'extérieur et dans l'intérieur. Cela veut dire qu'il n'existe aucun autre-que-Lui ; qu'autre-que-Lui n'a aucune existence, mais est fatalement perdu, de sorte qu'il ne reste que Sa figure ; autrement dit : rien n'est stable hormis Sa figure. Quelques manuscrits ajoutent : "Partout où vous vous tournez, vous vous tournez vers la Face de Dieu : Coran, II, I09.) Un exemple : Un homme ignore quelque chose, puis il l'apprend. Ce n'est pas son existence qui s'est éteinte, mais seulement son ignorance. Son existence reste, elle n'a pas été changée contre celle d'un autre ; l'existence du savant n'est pas venue s'ajouter à l'existence de l'ignorant ; il ne s'agit d'aucun mélange de ces deux existences individuelles ; il n'y a que l'ignorance qui a été enlevée. Ne pense donc pas qu'il est nécessaire d'éteindre ton existence, car alors tu te voiles avec cette même extinction, et tu deviens toi-même pour ainsi dire le voile d'Allah. Comme maintenant le voile est autre-qu'Allah, il s'ensuit qu'autre-que-Lui puisse Le vaincre en repoussant les regards vers Lui, ce qui est une erreur et une méprise grave. Nous avons dit plus haut que l'unicité et la singularité sont les voiles d'Allah, pas d'autres. C'est pourquoi il est permis au Wâçil, c'est-à-dire à celui qui est arrivé à la Réalité personnelle, de dire : "Je suis le Vrai Divin", ou bien : "Gloire à moi ; que ma celsitude est grande !" Un tel Wâçil n'est pas arrivé à un degré aussi sublime sans avoir cru que ses attributs sans les attributs d'Allah et que son être intime est l'être intime d'Allah, sans aucune transformation d'attributs ou transsubstantiation d'être intime, sans aucune entrée dans Allah ou sortie de Lui ou vice versa. Il voit qu'il ne s'éteint pas dans Allah et qu'il ne persiste pas avec Allah non plus. Il voit que son âme, c'est-à-dire son "proprium", n'existe pas du tout, non pas comme ayant existé, puis s'étant éteinte, mais il voit qu'il n'y a ni âme ni existence sauf la Sienne.

 

(Le Traité de l'unité attribué à Ibn Arabî - Traduction Abdul-Hâdi / Ivan Agueli, 1911).

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