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Publié par Abdoullatif

ayat kursiSi quelqu'un objecte : "Tu abolis Sa Seigneurie", je réponds : Je n'abolis pas Sa Seigneurie, car Il ne cesse pas d'être Seigneur magnifiant, non plus qu'Il ne cesse d'être adorateur magnifié. Il ne cesse pas d'être Créateur, non plus qu'il ne cesse d'être créé. Il est maintenant tel qu'Il était. Ses titres de Créateur ou de Seigneur magnifiant ne sont point conditionnés par l'existence d'une chose créée ou d'un adorateur magnifié. Avant la création des choses créées, Il possédait tous Ses attributs. Il est maintenant tel qu'Il était. Il n'y a aucune différence dans son Unité, entre la création et la préexistence. Son titre de l'Extérieur implique la création des choses, comme Son titre de l'Occulte ou de l'Intérieur implique la préexistence. Son intérieur est Son extérieur ou Son expansif, Son évidence, comme Son extérieur est Son intérieur ; Son premier est Son dernier et Son dernier est Son premier ; le tout est unique et l'unique est tout. Il est qualifié : "Tous les jours Il est en l'état de Créateur Sublime ; rien autre que Lui n'était avec Lui ; Il est maintenant tel qu'Il était". En réalité, autre-que-Lui n'a pas d'existence. Tel qu'Il était de toute éternité, tous les jours en l'état de Créateur Sublime. Il n'y a aucune chose avec Lui et aucun jour de création, à l'exclusion d'un autre, comme il n'y a dans la préexistence de chose ni de jour, car l'existence des choses ou leur néant est tout un. S'il n'en était pas ainsi, il aurait fallu la création de quelque chose de nouveau qui ne fût pas compris dans Son Unicité, ce qui serait absurde. Son titre de l'Unique Le rend trop glorieux pour qu'une pareille supposition fût vraie.

 

Lorsque tu peux voir ton "proprium" ainsi qualifié sans combiner l'Existence Suprême avec un adversaire, partenaire, équivalent ou associé quelconque, alors tu le connais tel qu'il est, c'est-à-dire tu le connais réellement. C'est pourquoi le Prophète a dit : "Celui qui connaît son "proprium" connaît son Seigneur". Il n'a pas dit : "Celui qui éteint son "proprium" connaît son Seigneur". Il sut et il vit qu'aucune chose n'est autre que Lui. Ensuite, il dit que le connaissance de soi-même du "proprium" de son âme, c'est là la Gnose ou la connaissance d'Allah. Connais ce que c'est que ton "proprium", c'est-à-dire ton existence ; connais qu'au fond tu n'es pas toi, mais que tu ne sais pas. Sache que ce que tu appelles ton existence n'est en réalité ni ton existence ni ta non-existence. Sache que tu n'es ni existant ni néant, que tu n'es pas autre qu'existant ou autre que néant. Ton existence et ta nihilité constituent Son Existence absolue, telle que l'on ne peut ni doit discuter si Elle est ou si Elle n'est pas. La substance de ton être ou de ton néant est Son Existence. Donc, lorsque tu vois que les choses ne sont pas autres que ton existence et la Sienne, et lorsque tu peux voir que la substance de Son être est ton être et ton néant dans les choses, sans toutefois voir quoi que ce soit avec Lui ou dans Lui, alors tu connais ton âme, ton "proprium". Or, se connaître soi-même d'une telle manière, c'est là la Gnose, la connaissance d'Allah, au-dessus de toute équivoque, doute ou combinaison d'une chose temporaire avec l'éternité, sans voir que l'éternité ou par elle ou à côté d'elle autre chose que l'éternité.

 

Si quelqu'un demande : "Comment alors s'opère l'Union, puisque tu affirmes qu'autre-que-Lui n'est pas ? Une chose qui est unique ne peut s'unir qu'avec elle-même", la réponse est : En réalité, il n'y a ni union ni approchement. On ne peut parler d'union qu'entre deux, et non lorsqu'il s'agit d'une chose unique. L'idée d'union ou d'arrivée comporte l'existence de deux choses, analogues ou non. Analogues, ils sont semblables. S'ils ne sont pas analogues, ils se font opposition. Or, Allah — qu'Il soit exalté — est exempt de tout semblable ainsi que de tout rival, contraste ou opposant. Ce qu'on appelle ordinairement "union", proximité ou éloignement, ne sont point tels dans le sens propre du mot. Il y a union sans unification, approchement sans proximité, et éloignement sans aucune idée de loin ou de près.

 

Si quelqu'un demande : "Qu'est-ce que c'est que la jonction dans la jonction, la proximité dans la proximité, ou l'éloignement dans l'éloignement ?", la réponse est : Je veux dire que, dans l'état que tu appelles "proximité", tu n'étais pas autre que Lui — qu'Il soit exalté. Tu n'étais pas autre que Lui, mais tu ne connaissais pas ton "proprium" ; tu ne savais pas que tu étais Lui et non pas toi. Lorsque tu arrives à Allah, c'est-à-dire lorsque tu te connais toi-même "sans les lettres de la connaissance", tu connaîtras que tu es Lui, et que tu ne savais pas auparavant si tu étais Lui ou non. Lorsque la connaissance te sera arrivée, tu sauras que tu as connu Allah par Allah, non par toi-même. Prenons un exemple : supposons que tu ne sais pas que ton nom est Mahmûd, ou que tu dois être appelé Mahmûd — car le vrai nom et celui qui le porte sont, en réalité, identiques. Or, tu t'imagines que tu t'appelles Muhammad ; mais, après quelque temps d'erreur, tu finis par savoir que tu es Mahmûd et que tu n'as jamais été Muhammad. Cependant, ton existence continue comme par le passé, mais le nom Muhammad est enlevé de toi ; cela est arrivé parce que tu as su que tu es Mahmûd et que tu n'as jamais été Muhammad. Tu n'as pas cessé d'être Muhammad par une extinction de toi-même, car cesser d'exister suppose l'affirmation d'une existence antérieure. Or, qui affirme une existence quelconque hormis Lui, donne un associé à Lui — qu'Il soit béni, et que Son nom soit exalté. Dans notre exemple, Mahmûd n'a jamais rien perdu. Muhammad n'a jamais vécu dans Mahmûd, n'est jamais entré dans lui ou sorti de lui. De même Mahmûd par rapport à Muhammad. Aussitôt que Mahmûd a connu qu'il est Mahmûd et non Muhammad, il se connaît, c'est-à-dire il connaît son "proprium", cela par lui-même et non par Muhammad. Celui-là n'était pas. Comment aurait-il pu informer d'une chose quelconque ?

 

(Le Traité de l'unité attribué à Ibn Arabî - Traduction Abdul-Hâdi / Ivan Agueli, 1911).

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