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Publié par Abdoullatif

Ibn Arabi PictureRésumons : l'existence des choses est Son existence sans que les choses soient. Ne te laisse pas égarer par la subtilité ou l'ambiguïté des mots, de sorte que tu t'imagines qu'Allah soit créé. Certain initié a dit : "Le çûfî est éternel", mais il n'a parlé ainsi que depuis que tous les mystères lui ont été dévoilés et que tous les doutes ou superstitions ont été dispersés. Cependant, cette immense pensée ne peut convenir qu'à celui dont l'âme est plus vaste que les deux mondes. Quant à celui dont l'âme n'est qu'aussi grande que les deux mondes, elle ne lui convient pas. Car, en vérité, cette pensée est plus grande que le monde sensible et le monde hypersensible, tous les deux pris ensemble.

Enfin, sache que "Celui qui voit" et "Ce qui est vu", que "Celui qui fait exister" et "Ce qui existe", que "Celui qui connaît" et "Ce qui est connu", que "Celui qui crée" est "Ce qui est créé", que "Celui qui atteint par la compréhension" et "Ce qui est compris" sont tous Le-même. Il voit Son existence par Son existence, Il la connaît par elle-même et Il l'atteint par elle-même, sans aucune spécification, en dehors des conditions ou formes ordinaires de la compréhension, de la vision ou du savoir. Comme Son existence est inconditionnée, Sa vision de Lui-même, Son intelligence de Lui-même et Sa science de Lui-même sont également inconditionnées.

 

Si quelqu'un demande : "Comment regardez-vous ce qui est repoussant ou attrayant ? Si tu vois par exemple une saleté ou une charogne, est-ce que tu dis que c'est Allah ?", la réponse est : Allah est sublime et pur, Il ne peut être ces choses. Nous parlons avec celui qui ne voit pas une charogne comme une charogne ou une ordure comme une ordure. Nous parlons aux voyants, et non aux aveugles. Celui qui ne se connaît pas est un aveugle, né aveugle. Avant que cesse son aveuglement, naturel ou acquis, il ne peut comprendre ce que nous voulons dire. Notre discours est avec Allah, et non avec autre que Lui, ou avec des aveugles-nés. Celui qui est arrivé à la station spirituelle qu'il est nécessaire d'avoir atteint pour comprendre, celui-là sait qu'il n'y a rien qui existe, hormis Allah. Notre discours est avec celui qui cherche avec ferme intention et parfaite sincérité à connaître son "proprium" au nom de la connaissance d'Allah — qu'Il soit exalté — lequel, en son cœur, garde en toute sa fraîcheur la forme dans sa demande et dans son désir d'arriver à Allah. Notre discours n'est pas adressé à ceux qui n'ont ni intention ni but.

 

Si quelqu'un objecte : "Allah — qu'Il soit béni et saint — a dit : Les regards ne peuvent L'atteindre, mais Lui, Il atteint les regards (Coran, VI, I03) ; toi, tu dis le contraire ; où est la vérité ?", la réponse est : Tout ce que nous avons dit revient à la parole divine : Les regards ne peuvent l'Atteindre, c'est-à-dire ni personne, ni les regards de qui que ce soit ne peuvent L'atteindre. Si tu dis qu'il y a dans ce qui existe un autre que Lui, tu dois convenir que cet autre que Lui puisse L'atteindre. Or, dans cette partie de Sa parole arabe : "les regards ne peuvent L'atteindre", Allah avertit le croyant qu'il n'y a pas un autre que Lui. Je veux dire qu'un autre que Lui ne peut L'atteindre, mais celui qui L'atteint, c'est Lui, Allah, Lui et aucun autre. Lui seul atteint et comprend Sa véritable "nature intime", pas un autre. Les regards ne L'atteignent pas, car ils ne sont autre chose que Son existence.

 

À propos celui qui dit que les regards ne peuvent L'atteindre, car ils sont créés, et le créé ne peut atteindre l'incréé ou l'éternel, nous disons que cet homme ne connaît pas encore son "proprium". Il n'y a rien, absolument rien, regards ou autres choses, qui existe hormis Lui, mais Il comprend Sa propre existence sans toutefois que cette compréhension existe d'une façon quelconque.

Vers : J'ai connu mon Seigneur par mon Seigneur sans confusion ni doute. — Ma "nature intime" est la Sienne, réellement, sans manque ni défaut. — Entre nous deux il n'y a aucun devenir, et mon âme est le lieu où le monde occulte se manifeste. — Depuis que je connus mon âme sans mélange ni trouble, — Je suis arrivé à l'union avec l'objet de mon amour sans qu'il y ait plus de distances entre nous, ni longues ni courtes. — Je reçois des grâces sans que rien descende d'en haut vers moi, sans reproches, et même sans motifs. — Je n'ai pas effacé mon âme à cause de Lui, et elle n'a eu aucune durée temporelle pour être détruite après.

 

Si quelqu'un demande : "Tu affirmes l'existence d'Allah et tu nies l'existence de quoi que ce soit hormis Lui ; que sont donc ces choses que nous voyons ?", la réponse est : Ces discussions s'adressent à celui qui ne voit rien hormis Allah. Quant à celui qui voit quelque chose hormis Allah, nous n'avons rien avec lui, ni question ni réponse, car il ne voit que ce qu'il voit ; tandis que celui qui connaît son "proprium" ne voit pas autre chose qu'Allah en tout ce qu'il voit. Celui qui ne connaît pas son "proprium" ne voit pas Allah, car tout récipient ne laisse filtrer que de son contenu. — Nous nous sommes déjà beaucoup étendu sur notre sujet. Aller plus loin serait inutile, car celui qui n'est point fait pour voir ne verra pas davantage au moyen de nos efforts. Il ne comprendra pas et ne pourra atteindre la vérité. Celui qui peut voir, voit, comprend et atteint la vérité d'après ce que nous avons dit. À celui qui est hyperconsciemment arrivé, il suffit d'une légère indication pour qu'à cette lumière il puisse trouver la vraie Voie, marcher avec toute son énergie et arriver au but de son désir, avec la grâce d'Allah.

 

Qu'Allah nous prépare à ce qu'Il aime et agrée en fait de paroles, d'actes, de science, d'intelligence, de lumière et de vraie direction. Il peut tout, et Il répond à toute prière par la juste réponse. Il n'y a de moyens et de pouvoir qu'auprès d'Allah, le Très-Haut, l'Immense. Qu'Il prie sur la meilleure de Ses créatures, sur le Prophète ainsi que sur tous les membres de sa famille. Amen.

 

(Le Traité de l'unité attribué à Ibn Arabî - Traduction Abdul-Hâdi / Ivan Agueli, 1911).

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