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Publié par Abdoullatif

FutûhâtL’Envoyé d’Allâh - sur lui la Grâce et la Paix ! - a dit : « Celui qui guide les gens dans la prière est le meilleur récitateur du Livre d’Allâh » (1). Un groupe (tâ’ifah) dit alors : « celui qui a la meilleure connaissance de la sunnah et non le meilleur récitateur » (2), et ceci constitue un désaccord de ceux qui soutiennent cette opinion avec l’Envoyé d’Allâh - sur lui la Grâce et la Paix ! -. J’ai donc demandé à ceux qui professent ce point de vue : « ce hadîth vous est-il parvenu ? » Ils reconnurent et dirent : « il nous a été rapporté et nous le connaissons ». Et j’affirme par la parole de l’Envoyé d’Allâh - sur lui la Grâce et la Paix ! - alors que ceux qui professent ce point de vue n’ont pas de preuve d’un désaccord avec ce qu’il a dit. Particulièrement, l’Envoyé d’Allâh - sur lui la Grâce et la Paix ! - a dit : « S'ils sont équivalents dans la récitation, alors celui qui a la meilleure connaissance de la sunnah ».

 

Il a donc distingué entre le juriste (al-faqîh) et le récitateur (al-qâri’), et il a donné l’imamat au récitateur tant qu’il n’y a pas équivalence dans la récitation. Et s'ils sont équivalents dans la récitation, personne n’est prioritaire pour l’imamat, et dans ce cas, il est nécessaire d’introduire le savant le plus érudit dans la sunnah (al-afqah). Ensuite il a dit - sur lui la Paix ! - : « S’ils sont égaux dans la sunnah, alors le plus ancien dans l’émigration (à Médine). S’ils sont égaux dans l’émigration, alors le plus ancien dans l’Islam. Aucun homme ne devrait guider un autre dans la prière où le dernier a l'autorité, ou être assis dans sa maison, sans sa permission. » (3). Et c’est un hadîth sur lequel on s’accorde sur son authenticité (muttafaq ‘alâ sihhatihi) et qu’Abû Hanîfah cite : c’est donc l’authentique sur lequel on peut se baser. Quant à l’interprétation en désaccord avec l’énoncé et qui stipule qu’à cette époque le meilleur récitateur était le meilleurs juriste, elle est réfutée par sa parole - sur lui la Grâce et la Paix ! - : « alors celui qui a la meilleure connaissance de la sunnah ».

 

(1) ya’ummu-l-qawma aqra’uhum li-kitâbi-Llâhi.

(2) fa-in kânû fî-l-qirâ’ati sawâ’in fa-a’lamuhum bi-s-sunnah.

(3) fa-in kânû fî-l-‘ilmi bi-s-sunnati sawâ’in fa-aqdamuhum hijrah, fa-in kânû fî-l-hijrati sawâ’in fa-aqdamuhum islâman, wa lâ ya’ummu ar-rajulu fî sultânihi wa lâ yaq’udu fî baytihi ‘alâ takrimatihi illâ bi-idhnihi.

 

Sache qu’en principe, on ne doit rien mettre devant la Parole d’Allâh d’une façon ou d’une autre. C’est que si on met devant l’élite (al-khâs) autre que ce qui vient d’elle, il n’y a plus d’élection. Et les Gens du Coran sont les Gens d’Allâh et Son Élite (4). Ce sont ceux qui récitent ses lettres non-arabes et arabes, et pour lesquels se justifie l’appartenance à la famille « divine » et l’élection (5). Si à cela s’ajoute la connaissance avec ses significations (6), c’est que c’est un privilège qui provient de leur proximité divine et leur élection et non du Coran (mais de la science de ses significations). Si cela s’ajoute à ta religion et sa mémorisation ainsi que la science de ses significations et son application, c’est alors lumière sur lumière, sur lumière.

 

C’est que le récitateur (al-qâri’) est le propriétaire du jardin fruitier (mâliku-l-bustân) et le savant (al’-âlim) est tel celui qui connait les différentes sortes de fruits de ce  verger ainsi que leur bénéfice (tat’îmihi) et leurs vertus. Quant à l’agent (al-‘âmil), il est tel le mangeur (de fruits) du verger. Ainsi celui qui a apprit le Coran, ainsi que sa science et l’a appliqué, est tel celui qui possède un verger dont il connait ce qu’il contient, ce qui lui convient et ce qui ne lui convient pas et en a mangé. Quant au savant qui applique mais qui n’apprend pas le Coran, est tel celui qui connait les différentes sortes de fruits, leurs bénéfices et leur plantation, mais qui mange d’un verger ne lui appartenant pas. Enfin, l’agent (al-‘âmil) est tel celui qui mange d’un verger ne lui appartenant pas. Ainsi, le propriétaire du jardin fruitier est meilleur que l’ensemble de ceux qui n’ont pas de verger et qui récoltent les restes de ce qu’on leur distribue.

 

(4) Hadîth prophétique : ahlu-l-qurân hum ahlu-Llâh wa khâssatuh.

(5) Hum al-lazîna yaqra’ûna hurûfahu min ‘ajamin wa ‘arabin, wa qad sahhat lahum al-ahliyyah al-ilâhiyyah wa-l-khusûsiyyah.

(6) al-ma’rifah bi-ma’âniyyah.

 

Les considérations (ésotériques) sur la question.

 

Celui qui possède le plus de droit pour l’imamat (al-ahaqq bi-l-imâmah) est celui dont Dieu (al-Haqq) est son ouïe, sa vue, sa main, sa langue et l’ensemble de ses membres. Si tous (les prétendants à l’imamat) sont équivalents en cela, alors le plus légitime (pour l’imamat) sera celui qui connait le mieux ce que nécessite la seigneurie (ar-rubûbiyyah). Si tous ont cette connaissance, alors ce sera le plus expert dans la servitude et ses exigences (al-‘ubûdiyyah wa lawâzimuhâ). Et il n’y plus d’état satisfaisant et stable au-delà de la servitude, ou qui lui soit supérieur, et c’est en cela qu’ils divergent. Le Très-Haut a dit : « Et Je n’ai créé les jinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent » (7).

 

Et l’Imamat, du point de vue de la Haqîqah (la Vérité essentielle), revient à Allâh, la Vérité le Droit (al-Haqq), Très-Haut, glorifié et exalté soit-Il. Quant aux possesseurs de ces états, ils ne sont que Ses « vicaires » (nuwwâb, sing. nâib) et Ses califes. C’est pour cela qu’Il les a décrit par Ses Attributs (Sifâti-Hi) ; Il a plutôt fait identifier Son Être ('Aynu-Hu) avec l’Essence de leurs attributs (‘aynu sifâti-him), et c’est Lui (le véritable) Imâm et non eux. Le Très-Haut a dit : « Certes, ceux qui te prêtent serment d’allégeance ne font en vérité que prêter serment à Allâh » (8). Il a dit aussi - exalté soit-Il - : « Celui qui obéit à l’Envoyé obéit en fait à Allâh » (9), et « Obéissez à Dieu, et obéissez à l’Envoyé et à ceux d’entre vous qui détiennent le commandement » (10).

 

Et ceux qui détiennent le commandement (ashâb al-amr), sont en vérité ceux auxquels rien ne peut s’opposer à leur ordre, parce qu’ils ordonnent par Allâh comme ils entendent et voient par Lui. Lorsqu’ils disent à une chose « Sois (Kun) ! », elle se constitue de facto existante (fa-innahu yakûn) parce ce que c’est par Lui qu’ils parlent : tel est le sens de « ceux d’entre vous qui détiennent le commandement » (wa ûlî-l-amri minkum). C’est pour cela que l’obéissance au sultan est obligatoire (11), parce que la demeure de celui-ci est celle du commandement légal d’Allâh (amru-Llâh al-mashrû’). Celui qui lui obéit est sauvé et celui qui désobéit périt (12).

 

(7) Cor. 51, 56 : wa mâ khalaqtu-l-jinna wa-l-insa illâ li-ya’budûni.

(8) Cor. 48, 10 : inna-l-lazîna yubâyi’ûnaka innamâ yubâyi’ûna-Llâh.

(9) Cor. 4, 80 : man yuti’i-r-rasûla faqad atâ’a-Llâha.

(10) Cor. 4, 59 : atî’û-Llâha wa- atî’û-r-rasûla wa ûlî-l-amri minkum.

(11) kânat tâ’at as-sultân wâjibah. As-sultân est celui qui détient légitimement l’Autorité.

(12) man atâ’ah najâ wa man ‘ah halak.

 

(Ibn ‘Arabî, Futûhât, chap.69, wasl fî-man awlâ bi-l-imâmat ; « communiqué sur qui est prioritaire pour l’imamat », Traduit et annoté par esprit-universel.overblog.com à partir du texte arabe de Ed. Dâr Sâder Beyrouth/1424H, TII, p.81-82).

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