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Publié par Abdoullatif

Califes-rashidun.jpgCertains d’entre eux [les Pôles] exercent le pouvoir extérieur et sont détenteurs du Califat exotérique tout comme ils sont aussi détenteurs, pour ce qui concerne les fonctions initiatiques permanentes, du Califat ésotérique : tel est le cas de Abû Bakr, de ‘Umar, de ‘Uthmân, de ‘Alî, de Hassan, de Mu’âwiya b. Yazîd, de ‘Umar b. Abd al-‘Azîz et de Mutawakkil. D’autres, au contraire, détiennent uniquement le Califat ésotérique et n’exercent pas le pouvoir extérieur, comme Ahmad b. Harûn ar-Rashîd as-Sabtî et Abû Yazîd al-Bistâmî. Tel est le cas de la grande majorité des Pôles.

 

[Ibn ‘Arabî, Futûhât, chap.73, partie introductive. Extrait traduit et noté par Charles-André Gilis dans le chap.XIV de Les sept étendards du Califat, p.110.]

 

Sache que la perfection pour laquelle l’homme a été créé n’est autre que le Califat. Adam – sur lui la Paix ! – l’a reçu par l’effet de la Providence divine. Il s’agit d’une Station plus éminente que la risâla parmi les Envoyés, car tout Envoyé n’est pas Calife. La dignité de la risâla consiste uniquement dans la communication du message. Le Très-Haut a dit : « A l’Envoyé incombe seulement la communication du message (Cor.5.99) » ; l’Envoyé n’a pas à s’imposer par le pouvoir autonome (at-tahakkum) à celui qui lui résiste (al-mukhâlif) ; il ne possède que la formulation de l’autorité législative (tashrî’ al-hukm) selon Allâh ou selon ce que lui fait voir Allâh. En revanche, si Allâh lui donne le pouvoir autonome sur ceux auxquels il a été envoyé, il y a institution d’un « lieu-tenant » (istikhlâf) et Califat. Tout Envoyé n’est pas forcément souverain juge (hakam) ; il ne possède la perfection (al-kamâl) que s’il reçoit l’épée et passe à l’action. Il se manifeste alors par le pouvoir des Noms divins : il donne et il refuse ; il élève et il abaisse ; il donne la vie et il fait mourir ; il favorise et il défavorise ; il se manifeste par les Noms opposés en vertu d’une qualification prophétique (nubuwwa) (1). La présence de celle-ci est indispensable. En effet, s’il se manifeste par le pouvoir autonome, mais sans la prophétie, il est roi (malik) et non pas Calife. Ne peut être Calife que celui que Dieu a institué à Sa place (istkhlafa) (2) pour Ses serviteurs, non celui que les hommes ont suscité, après lui avoir prêté serment de fidélité, et qu’ils ont préposé pour eux-mêmes et sur eux-mêmes. Tel est le secret de la perfection.

 

(1) La nubuwwa, au sens de « Prophétie générale », exprime la réalisation de l’être qui est « à lui-même sa propre loi ». Cf. Le Symbolisme de la Croix, chap. VIII et Les États multiples de l’Être, chap. XVII. Guénon précise dans les deux cas que cette expression appartient à l’ésotérisme islamique.

(2) L’istikhlâf ou « acte d’instituer un Calife » est comparable au « mandat céleste » de la tradition extrême-orientale. Dans la Grande Triade (chap.XVI et XVII), René Guénon a noté le mot ming « mandat » est homophone de celui qui signifie « lumière », et que la Shekinah ou « présence divine » est toujours représentée comme « Lumière ».

 

[Ibn ‘Arabî, Futûhât chap.167. Extrait traduit et noté par Charles-André Gilis dans le chap.XV de Les sept étendards du Califat, p.116-117.]

 

La Proximité d’Allâh le Très-Haut grâce à la possession de la Forme (divine) appartient exclusivement aux Califes, qu’ils soient ou nom des Envoyés (divins). En effet, la risâla n’est nullement une qualification divine. Il s’agit d’une simple relation entre celui qui envoie le message et celui auquel il est adressé ; il y a « représentation » uniquement pour ce qui concerne la communication du message : l’Envoyé est « Calife » et « représentant »  uniquement sous cet aspect. La perfection du Califat et de la « lieutenance » comporte, en revanche, l’exercice de l’autorité (hukm) au moyen de ce qu’implique les essences principielles (haqâ’iq) des Noms divins, comme le pouvoir réducteur (qahr), le fait de tonner et de foudroyer, de blâmer, mais aussi la miséricorde, le pardon, l’abandon des sanctions, ou encore la vengeance, la demande de compte et la confiscation.

 

[Ibn ‘Arabî, Futûhât chap.260. Extrait traduit et noté par Charles-André Gilis dans le chap.XV de Les sept étendards du Califat, p.117.]

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