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La tradition islamique est, en tant que « sceau de la Prophétie », la forme ultime de l’orthodoxie traditionnelle pour le cycle humain actuel. Les formes traditionnelles qui ont précédé la forme islamique (Hindouisme, Taoïsme, Judaïsme, Christianisme,…) sont, dans leurs formulations régulières et orthodoxes, des reflets de la Lumière totale de l’Esprit-universel qui désigne Er-Rûh el-mohammediyah, le principe de la prophétie, salawâtu-Llâh wa salâmu-Hu ‘alayh.

L'investiture du Cheikh al-Akbar au Centre Suprême 1/6

Michel-Valsan.jpgDans notre étude en cours sur Les derniers hauts grades de l'Ecossisme et la réalisation descendante (1), en examinant le symbolisme du 33e degré, nous avons été amené à chercher une explication de la forme cérémonielle que présente l'initiation des degrés ultérieurs au 30e, car cette forme extérieure apparaît en discordance avec le caractère « intérieur » que nous avons attesté par ailleurs, pour l' « initiation » à la phase descendante de la réalisation. Cette phase initiatique, avons-nous montré, suppose l'atteinte préalable effective de l'Identité Suprême, et, d'autre part, dans le cas du walî, nécessite un acte déterminé de théophanie (tajallî ilâhî), ce qui situe l'événement de cette initiation à un niveau proprement divin.

 

(1) Voir Etudes Traditionnelles depuis mai-juin 1953. Idem l'article précédent : Un texte du Cheikh al-Akbar sur la « réalisation descendante », avril-mai 1953.

 

Sous ce rapport un rite de forme extérieure comme celui que présente l'initiation maçonnique qui parle cependant d'une « contemplation de la Vérité face à face », ne peut s'expliquer que par une référence au symbolisme du Centre Spirituel où l'initié admis se trouve devant la théophanie constante que constitue le Pôle de la Tradition. Nous avons invoqué à ce propos les données islamiques concernant les hiérarchies ésotériques, et avons précisé que ce dont il s'agit en pareil cas se situe dans un domaine de réalités dont l'accès n'est toutefois possible que par l'intuition du Coeur connaissant. Ce point est très important pour notre thèse, et, d'autre part, nous craindrions que des lecteurs n'éprouvent quelque difficulté à situer exactement les notions que nous avons utilisées, surtout celles relatives aux « centres spirituels » et aux « assemblées » subtiles correspondantes.

 

C'est pourquoi, en marge de l'étude précitée et à son appui, nous donnerons ici une preuve « documentaire » supplémentaire, que, pour des raisons de proportions littéraires, nous ne pouvons pas introduire dans le corps de notre exposé. Cette preuve est encore puisée dans les données de l'ésotérisme islamique, et précisément dans l'oeuvre du Cheikh al-Akbar, ce qui permet de rester dans un ensemble unitaire de références et de notions.

 

Il s'agit de la Préface des « Révélations Mecquoises » (Futûhât), dans laquelle le Cheikh al-Akbar expose sous la forme relativement incantatoire qui caractérise les textes liminaires des écrits islamiques, son accès au Centre Suprême de la Tradition Primordiale et Universelle, qu'il désigne ici plusieurs fois par le terme d'Al-Malâ'u-l-A'lâ, le « Plérome Suprême », ou l'« Assemblée Sublime ». Cette assemblée située dans une région subtile dont les désignations rappelleront ce que les traditions de l'Asie Centrale disent de l'Agarttha, le Royaume caché du Roi du Monde, est présidée par l'Etre Muhammadien primordial dont la nature et les attributs, compte tenu des particularités de formulation islamiques, correspondent assez clairement à ceux que René Guénon a indiqués pour la personnification du Manu Primordial, et que la doctrine chrétienne, pour ne rappeler encore que celle-ci, présente sous la figure du mystérieux Melki-Tsedeq « qui est sans père, sans mère, sans généalogie, qui n'a ni commencement ni fin de sa vie, mais qui est fait ainsi semblable au Fils de Dieu », et qui « demeure prêtre à perpétuité » (Epître aux Hébreux, VII, 1-3) (2).

 

(2) René Guénon : Le Roi du Monde.

 

Ce qui est d'un intérêt spécial pour notre propos, c'est que cette « visite » du Cheikh al-Akbar est en rapport exprès avec l'investiture de ce maître comme « Héritier du Maqâm Muhammadien ». Il s'agit même plus précisément de la fonction de ce maître, dans ses rapports avec le Centre de la Tradition Universelle, non seulement avec le centre particulier de l'islam historique. Cet événement de la vie personnelle du Cheikh al-Akbar se situe, d'après des indications qu'il donne lui-même à différents autres endroits, à l'époque de son voyage à la Mecque, où il a séjourné depuis la fin de 598-1198 jusqu'en 600 / 1201, ou immédiatement après cette dernière date. Or à cette date, le Cheikh al-Akbar, non seulement avait atteint le degré de l'Identité Suprême, mais encore était investi, depuis Fès 594 / 1195, de la fonction exceptionnelle de Sceau de la Sainteté Muhammadienne, et cela permet de voir le caractère, tout de même subséquent, de cette « visite » et de la « cérémonie » d'investiture qui a lieu alors, par rapport à ce que nous avons considéré comme l'« initiation » à la réalisation descendante.

 

Cette investiture apparaît alors comme une reconnaissance, à un degré supérieur de la hiérarchie ésotérique du Monde, de la réalité et de la fonction du Sceau Muhammadien, ce qui doit constituer vraisemblablement aussi une « exaltation » de cette fonction et de la réalité même du Cheikh al-Akbar. Cependant la description des circonstances et des événements transcendants dont il s'agit nous permet de constater des éléments symboliques auxquels on pourrait rattacher une part du symbolisme maçonnique lui-même dans les hauts grades ultérieurs au 30e.

 

L'espace de cette revue ne nous permet pas de reproduire ce document dans son intégralité (3). Nous en donnerons seulement quelques passages ayant un rapport plus direct avec notre sujet. Nous laisserons donc de côté le début de la Khutba (l'Avant-Propos) qui développe la Louange divine d'usage, et emprunterons nos citations à la partie relative à la Prière sur le Prophète. Le Prophète de l’Islam est tout naturellement le support de tout ce qui sera dit au sujet du Principe Prophétique Primordial dont les manifestations prophétiques successives ne sont que des figures et des substituts.

 

(3) On trouvera l'ensemble de ce document dans notre prochain volume sur les « Révélations Mecquoises » du Cheikh al-Akbar. [Bien qu'annoncé, ce texte n'a pas été publié.]

 

(Michel Vâlsan - L'investiture du Cheikh al-Akbar au Centre Suprême – Revue Etudes Tradtionnelles, n° 311, Oct.-Nov. 1953, p. 300)

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