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La tradition islamique est, en tant que « sceau de la Prophétie », la forme ultime de l’orthodoxie traditionnelle pour le cycle humain actuel. Les formes traditionnelles qui ont précédé la forme islamique (Hindouisme, Taoïsme, Judaïsme, Christianisme,…) sont, dans leurs formulations régulières et orthodoxes, des reflets de la Lumière totale de l’Esprit-universel qui désigne Er-Rûh el-mohammediyah, le principe de la prophétie, salawâtu-Llâh wa salâmu-Hu ‘alayh.

L’investiture du cheikh al-Akbar au Centre Suprême 2/6

EXTRAITS DE L’AVANT-PROPOS DES « FUTÛHÂTS ;

 

Futuhat-de-lamain-d-Ibn-Arabi_1ere-page.jpgQue la Prière – œuvre de grâce – soit sur celui qui est le Secret du Monde et son Point fondamental (4), le but du Savant et son besoin, le Chef véridique, le Voyageur de nuit qui fut porté vers son Seigneur (5), et auquel on a fait franchir les Sept Parcours célestes, afin que Celui qui l’a fait voyager « lui montre ce qu’Il a mis comme « Signes » et Vérités dans Ses créatures les plus merveilleuses (cf. Cor.17, 1-2), cet être que j’ai vu, lorsque j’ai composé cette Préface, dans le Monde des vérités subtiles, et dans la dignité de la Majesté, par une intuition du cœur, dans une région mystérieuse (6). Or, lorsque je l’ai vu dans un tel monde comme Souverain, inaccessible aux démarches et protégé contre les regards (7), il siégeait assisté et confirmé (par la Puissance divine) (8), pendant que tous les Envoyés divins se tenaient rangés devant lui, et que sa communauté, celle qui est « la meilleure communauté » (9) l’entourait, les Anges Régissants gravitaient autour du trône de Sa Station, et les Anges engendrés des actes (des serviteurs) (10) étaient disposés devant lui.

 

(4) C’est le Prophète considéré dans sa réalité primordiale de l’Esprit Universel (al-Rûh al-Kullî) et de Logos existencié (Kalima Mûjada) résidant au Centre du Monde.

(5) Allusion au Voyage nocturne du Prophète auprès de Dieu.

(6) C’est-à-dire dans le Centre du Monde où réside la manifestation immuable du Logos, et où l’accès n’est possible que par la connaissance du cœur qui correspond microcosmiquement à ce centre.

(7) Ces qualificatifs correspondent assez exactement au sens du terme hindou Agarttha qui désigne également la région inaccessible et inviolable où réside le Roi du Monde, expression du Manu Primordial.

(8) A partir de cet endroit suivra une description de toute la hiérarchie du Centre Suprême de la Tradition primordiale, constituée en cette Assemblée Sublime ou Plérôme Suprême (al-Malâ’u-l-A’lâ) que le texte nommera plus loin.

(9) Notion ayant rapport avec le verset coranique 3. 106 : « Vous (les Musulmans) êtes la Meilleure Communauté qui ait été extériorisée (Ukhrijat) pour les hommes… ». La Communauté de l’Assemblée Sublime n’est naturellement pas « extériorisée pour les hommes », puisqu’elle réside dans cette région centrale et invisible au monde extérieur, et c’est la communauté islamique qui en est la forme extérieure.

(10) Il y a des hadîths qui disent qu’Allâh transforme les œuvres pieuses des serviteurs en Anges (qui intercèdent pour eux).

 

Le Confirmateur (Aş-Şiddîq) siégeait à sa droite auguste (11), et le Discriminateur (al-Fârûq) à sa gauche sanctissime (12), le Sceau (al-Khatm) était accroupi devant lui (13), l’entretenant de l’histoire de la Femme (14), pendant qu’Alî – qu’Allâh prie sur lui et le salue ! – interprétait les paroles du Sceau dans sa langue (15), et que le Possesseur des Deux Lumières (Dhû-n-Nûrayn), revêtu du manteau de sa publicité se tenait devant selon sa manière (16).

 

(11) Aş-Şiddîq est l’épithète d’Abû Bakr qui fut l’un des deux Imâms du Prophète en tant que Pôle de la tradition islamique lorsqu’il était vivant. Cette épithète, dans l’ordre de la Tradition Primordiale, désigne l’entité à laquelle Abû Bakr correspondait dans sa fonction auprès du Prophète. Seulement il faut remarquer que les rapports d’analogie entre la hiérarchie du Centre Suprême et celle d’un centre particulier comportent un certain rapport d’inversion entre les fonctions de droite et de gauche, comme dans une image reflétée, et c’est ainsi que, selon les indications du Cheikh al-Akbar lui-même, Abû Bakr était Imâm de gauche quand le Pôle islamique était le Prophète ; du reste cet Imâm est plus élevé en degré que l’Imâm de droite et c’est lui qui succède régulièrement à la fonction de Pôle quand le tenant de ce maqâm trépasse. Nous ajouterons que cette inversion des positions est pour nous une preuve de plus que la hiérarchie décrite ici est bien celle du Centre Suprême, et non pas celle du centre particulier de l’Islam stricto sensu.

(12) Al-Fârûq est l’épithète d’Umar qui fut Imâm de droite du Prophète, et ensuite Imâm de gauche d’Abû Bakr quand celui-ci, après la mort du Prophète, devint lui-même le Pôle. Dans la hiérarchie du Centre Suprême, cette épithète désigne également l’entité à laquelle correspond par reflet Umar dans la première hiérarchie du centre ésotérique de l’Islam.

(13) Il s’agit de Sayyidunâ Aïssâ (Jésus) qui est Sceau de la Sainteté Universelle (Khatm al-Wilâyat al-‘Amma) et auquel revient ce titre du fait que lors de sa deuxième venue à la fin du cycle, il aura une fonction de clôture universelle du cycle de la sainteté : lorsque son souffle et celui de ses compagnons seront enlevés de notre monde. Il ne restera plus de « saint » sur la terre, c’est-à-dire aucun être humain qui puisse atteindre l’état d’Homme Universel. L’humanité descendra alors vers le degré des bêtes, et c’est sur cette humanité que se lèvera l’Heure. Telles sont les données textuelles de la tradition islamique.

(14) Il s’agit vraisemblablement des mystères de complémentarisme et de compensation entre Eve et Marie, comme entre Adam et Jésus, et aussi entre Jésus et Eve ainsi qu’entre Marie et Adam. C’est une question fort complexe dont parle à plusieurs reprises le Cheikh al-Akbar et qu’il n’est pas possible d’exposer dans une simple note. Mais il semble aussi qu’il s’agisse de la question du support cosmique des descentes et des naissances célestes, et d’une façon plus générale, des fonctions de réalisation descendante : dans d’autres passages de cette Préface on rencontre en effet quelques incidences de cette idée.

(15) Alî est ainsi le seul des Compagnons du Prophète dont le nom figure là où pour les autres on a une épithète. Sa fonction correspond ici à celle du Tarjumân (l’Interprète) de l’Assemblée des Saints (Diwân al-Awliyâ’) de la tradition islamique où il s’agit de transpositions entre la langue solaire, Suryâniyya, et la langue arabe.

(16) Dhû-n-Nûrayn est l’épithète d’Uthmân qui a eu successivement comme épouses deux filles du Prophète (les Deux Lumières) et qui forme avec les trois compagnons précédemment nommés le groupe des Khulafâ’ Râshidûn, les Califes Orthodoxes de la tradition exotérique. Il était réputé pour sa pudeur qui, d’après les paroles du Prophète, impressionnait même les Anges. Devant le Prophète, il se tenait constamment assis sur ses genoux, et c’est a cela que se rapportent les paroles «se tenait devant selon sa manière ».

 

Alors le Souverain Suprême, l’Aiguade savoureuse et dulcissime, la Lumière la  plus manifeste et la plus resplendissante, se tourna et, me voyant derrière le Sceau où je me tenais en raison d’une communauté de statut qui existe entre moi et ce Sceau (17), lui dit : « Celui-ci est ton pareil, ton fils et ton ami ! Installe-lui la Chaire des nouveaux venus, devant moi ! » Ensuite il me fit signe à moi-même : « Lève-toi, ô Muhammad (18), et monte en chaire, et fais les louanges de Celui qui m’a envoyé et les miennes, car en toi il y a une parcelle de moi (19) qui ne peut plus supporter de se trouver loin de moi et cette parcelle, c’est elle la force de ta réalité personnelle. Ne retourne donc à moi qu’en ta totalité, car cette parcelle doit absolument retourner pour la Rencontre. Elle ne fait pas partie du monde des malheureux, car, après que je fus envoyé, aucune chose qui fût à moi ne pourrait être autrement qu’heureuse, louangée et remerciée dans le Plérôme Suprême (al-Malâ’u-l-A’lâ !) » (20)

 

(17) Le Cheikh al-Akbar est lui-même le Sceau de la Sainteté Muhammadienne (Khatm al-Wilâyat al-Muhammadiyya), c’est-à-dire le saint totalisateur de tous les types prophétiques particuliers. Il y a là encore une question qui demanderait une autre occasion pour pouvoir être exposée de façon plus explicite. Quant à la relation plus directe entre le Cheikh al-Akbar et Jésus, il est à noter que notre auteur précise à divers reprises que c’est Jésus, en tant qu’entité prophétique de la forme islamique, qui fut son premier maître spirituel, après quoi il est passé sous la direction de tous les autres Prophètes, et c’est ainsi qu’il devint totalisateur de tous les aspects de la Sainteté Muhammadienne. Néanmoins Jésus est resté constamment son patron, l’assistant de « son regard providentiel ».

(18) Le Cheikh al-Akbar porte le même nom que le Prophète de l’Islam.

(19) A différentes reprises le Cheikh al-Akbar qui n’est pas descendant du Prophète selon la chair, dit qu’il l’est selon l’esprit, et qu’il possède à ce titre une parcelle de l’esprit du Prophète.

(20) Terme par lequel on désigne souvent l’Assemblée du Centre Suprême.

 

(Muhyî-d-Dîn Ibn Arabî, al-Futûhât al-Makkiyah, khutbat al-kitâb, traduction et notes Michel Vâlsan parues dans la revue Etudes Traditionnelles n° 311, Oct.-Nov. 1953, p. 302).

 

A suivre inchallah…

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