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La tradition islamique est, en tant que « sceau de la Prophétie », la forme ultime de l’orthodoxie traditionnelle pour le cycle humain actuel. Les formes traditionnelles qui ont précédé la forme islamique (Hindouisme, Taoïsme, Judaïsme, Christianisme,…) sont, dans leurs formulations régulières et orthodoxes, des reflets de la Lumière totale de l’Esprit-universel qui désigne Er-Rûh el-mohammediyah, le principe de la prophétie, salawâtu-Llâh wa salâmu-Hu ‘alayh.

L’investiture du cheikh al-Akbar au Centre Suprême 6/6

La donnée la plus vraie (43) qu’on ait entendue dans l’Annonciation (an-Naba’) (44), et qu’apporta la Huppe de la Compréhension depuis le Royaume de Saba (45), est celle de l’existence d’une Sphère Contenante (al-Falak al-Muhît), présente tant dans le monde des éléments simples que dans le monde composé, et appelée la Matière (al-Habâ’) (46), avec laquelle la plus grande ressemblance est offerte par l’Air et l’Eau, quoique ces deux éléments fassent partie des formes qui furent écloses dans la Matière (47).

 

Cette sphère étant la racine de l’Existence cosmique, et comme le Nom divin an-Nûr (la Lumière) s’y révéla, par acte dé générosité divine, eut lieu la Manifestation. Tu as reçu alors, de cette sphère, ta Forme – qu’Allâh prie sur toi ! – dès la première effusion de lumière, et tu es apparu en tant que Forme Exemplaire (Şûra mithliyya) dont les dehors sont contemplables, ses breuvages, ineffables, son Paradis, édénique, ses connaissances, « calamiques », ses sciences, « dextrochères », ses secrets, « encriers », ses esprits, « tabulaires », et sa terre, adamique (48). Tu es notre père quant à l’esprit, de même que celui-ci – et je désignais Adam parmi les présents – nous est père quant au corps…

 

Regardez – et qu’Allâh vous fasse miséricorde ! – regardez l’Emeraude Blanche que le Miséricordieux a déposée dans le « premier père » ! Et je désignais Adam.

Regardez la Lumière Evidente ! Et je désignais le « deuxième père », celui qui nous a appelés Musulmans (Abraham) (Cf. Cor.22.77).

Regardez l’Argent Pur ! Et je désignais « celui qui guérit les aveugles et les lépreux par mandat d’Allâh », ainsi que le dit le texte révélé (Jésus).

Regardez la beauté de l’Hyacinthe Rouge de l’Ame ! Et je désignais « celui qui fut acheté à bon marché » (Joseph) (Cf. Cor.12.20).

Regardez l’Or Rouge ! Et je désignais le Vicaire Précieux (Aaron).

Regardez la lumière de l’Hyacinthe Jaune qui brille dans l’obscurité ! Et je désignais celui qui fut favorisé par la conversation divine (Moïse) (49).

 

Celui qui voyage vers ces Lumières jusqu’à ce qu’il trouve le moyen qui lui ouvre l’accès à leurs mystères, connaît le Degré pour lequel il fut existencié (50) et devient digne du Maqâm Divin (51) en sorte qu’on se prosterne devant lui (52). Il est alors le Seigneur et Son Serviteur, l’Amant et l’Aimé.

 

Regarde le principe de l’existence et comprends-le bien !

La « chose » est comme la « Chose » sauf qu’Allâh montre la Chose Eternelle aux yeux du Monde comme adventice.

Si le spectateur jure que l’Etre de la « Chose » était tel de toute éternité, il est véridique et ne témoigne pas à faux.

Si le spectateur jure que l’Etre de la « Chose » provient de la disparition de la « chose », c’est encore mieux, tout en étant un « dénonciateur triplement criminel » (53).

 

Ensuite, je manifestai des mystères, je rapportai des données saintes que le temps ne permet pas de citer ici et dont l’existence est inconnue à la plupart des créatures. Je laisse en tête de chemin tout cela, par crainte de déposer la sagesse là où il ne convient pas qu’on la dépose.

 

Finalement, je fus renvoyé de cette sublime vision de songe vers le monde inférieur, et je plaçai la louange sainte que je venais de faire comme Préface de ce Livre.

 

(43) Nous devons signaler que le passage qui suit ne continue pas le processus cosmogonique précédent, mais constitue une reprise, sous une autre perspective d’ensemble, de la manifestation de l’Homme Universel.

(44) Ce terme désigne ici non seulement l’enseignement prophétique de l’Islam, mais la Doctrine Primordiale et Unanime de toutes les formes traditionnelles.

(45) Image empruntée de l’histoire de Salomon et de Bilqîs pour désigner une région extrême. Il est même possible d’y voir une allusion au Centre du Monde.

(46) Le terme de Habâ’ = « Poussière fine » équivalent arabe du Hylé grec, a été utilisé comme épithète de la Matière Primordiale par Sayyidunâ Alî, et plus tard par Abdallâh Sahl at-Tustarî.

(47) On se rappellera à ce propos que plusieurs doctrines cosmologiques de l’antiquité classique indiquaient l’Air ou l’Eau comme première substance du Monde. Ces deux éléments (de même que la Poussière qui se rapporte au sens immédiat à l’élément Terre) étaient des désignations symboliques de la Matière Primordiale dépourvue de qualités formelles qui remplit le Vide Universel.

(48) On reconnaîtra ici les allusions spéciales au symbolisme de l’Ecriture divine.

(49) Il est à remarquer que les Prophètes que le Cheikh al-Akbar vient de désigner sont les Pôles de 6 d’entre les 7 Cieux, respectivement : Adam pour le 1er Ciel (Lune) ; Abraham pour le 7e (Saturne) ; Jésus pour le 2e (Mercure), Joseph pour le 3e (Vénus) ; Aaron pour le 5e (Mars) ; Moïse pour le 6e (Jupiter). Or le seul Pôle céleste qui n’est pas mentionné dans cette série est celui du 4e Ciel (Soleil) qui est Idrîs. La chose ne peut s’expliquer autrement que par le fait que c’est à ce Pôle même que le Cheikh al-Akbar parlait. En effet la position d’Idrîs étant centrale par rapport à l’ordre total, c’est à ce prophète particulier qui représente plus directement le Prophète universel résidant au centre du monde. Nous avons ainsi donc encore une confirmation que c’est à ce prophète vivant, Idrîs-Enoch, que revient la fonction de Chef de la hiérarchie suprême du Centre du Monde. Si l’on voyait une difficulté dans le fait que le Pôle du monde humain a une position céleste, ce qui semble le situer hors de notre monde, il faut dire que selon le Cheikh al-Akbar, les Cieux actuels font partie de notre bas-monde (dunyâ), et disparaîtront avec lui.

(50) ce Degré par excellence (Martaba) est dans un sens général celui de l’Homme Universel qui totalise tous les aspects de la manifestation universelle, celle-ci étant considérée surtout comme la manifestation du Principe même.

(51) Al-Maqâmu-l-Alî. Le dernier terme est dérivé du vocable Al (composé d’alif et lâm) qui, comme le El hébraïque, indique la Divinité. Cf. Futûhât, ch.73, p.153 : « Le Al (âliyya disent les Iştilâhât) est tout nom divin rattaché (sous la forme du suffixe îl) à un ange ou une entité spirituelle, comme Jibrâ’îl ou ‘Abdâ’îl ». On se rappellera que dans la divine Comédie, Adam enseigne que El fut le deuxième nom de Dieu.

(52) Ce Maqâm fut notamment celui d’Adam devant lequel les Anges durent se prosterner à la suite de l’ordre divin.

(53) Ce dénonciateur est « triplement criminel » (muthallith) parce qu’il perd : soi-même, celui qu’il dénonce et celui auquel il dénonce. Il se perd soi-même parce qu’en proclamant la divinité d’un être apparemment créé, il commettra un acte injustifiable au point de vue de la loi exotérique, et sera condamné pour idolâtre. Il perdra celui qu’il dénonce puisqu’en lui attribuant la divinité il l’accusera devant la loi du crime majeur de Pharaon. Enfin il perdra le juge même saisi de la dénonciation car celui-ci appliquera les rigueurs de la loi contre la vérité la plus haute.

 

(Muhyî-d-Dîn Ibn Arabî, al-Futûhât al-Makkiyah, khutbat al-kitâb, traduction et notes Michel Vâlsan parues dans la revue Etudes Traditionnelles n° 311, Oct.-Nov. 1953, p. 302).

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