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Publié par Abdoullatif

Sidi Ali ibn Moulay Tayeb ibn Moulay Larbi DarqawiExtraits des lettres 48

 

Un des nobles (shorafâ) de Fès, un des grands seigneurs de la ville, me gourmanda vivement, en pleine assemblée de frères, alors que j'étais assis devant lui sans mot dire. Il déversait son fiel sur moi, tandis que je ne parlais ni ne répondais. Lorsqu'un assez long temps s'était écoulé ainsi sans que je ne lui aie répondu, il me dit brusquement: "Parles donc, car je te parle!" Sur quoi je lui dis: "J'ai connu de vrais nobles qui m'ont pris comme maître, et Dieu les en récompensa." - "Comment cela?" me dit-il. Je lui dis: "Si je parlais avec toi, pendant que tu es porté à la dispute, j'aurais peur de tomber dans le même travers. Or si nous commençons tous les deux à nous disputer, quel bien en récolterons nous? Par Dieu, je ne vois aucun bien à ce que ma colère se mêle avec la tienne". Alors il me dit avec force et vivacité: "C'est ainsi que les gens m'ont parlé de toi, disant que tu étais un grand savant." Il regretta ce qu'il avait dit de mal de moi et m'en demanda instamment pardon. A partir de ce moment, il eut pour moi un grand amour.

 

Extraits des lettres 49

 

Je me trouvais dans la tribu des Beni Zarwâl lorsqu'un homme me fit remarquer qu'il était contraire à la pudeur que les femmes élèvent la voix (en présence d'hommes étrangers), car il y avait alors certaines femmes qui invoquaient Dieu sous ma direction, à voix haute. Je m'abstins de lui donner la réponse qu'il méritait et au lieu de cela je lui dis: "(Selon la règle) une femme invoque Dieu silencieusement, mais si son désir envers son Seigneur augmente jusqu'à ce qu’elle perde la conscience de son corps, aucun reproche ne peut lui être fait du point de vue de la loi traditionnelle si elle fait entendre sa voix". Et je lui dis encore: "Si elle perd conscience de son corps, il arrive même, si Dieu le veut, qu'elle vienne vers toi les seins nus; alors, pourquoi te préoccuper du fait qu'elle élève la voix?" Or, ce que je venais de dire - écoute bien, ô pauvre - arriva littéralement:

 

il y avait, dans un village, une femme qui nous aimait, et voici qu'elle perdit la conscience de son corps, comme elle invoquait Dieu continuellement. Un homme pieux de sa famille conseilla: "Chauffez une aiguille à blanc, puis appuyez-la sur elle; si elle revient à elle, tant mieux, mais si elle ne revient pas, laissez-la tranquille." On fit ce qu'il dit, mais son extase ne devint que plus intense, à tel point qu'elle vint vers nous sans être consciente de ce que son haik lui tombait des épaules, de sorte qu'il n'était retenu que par sa ceinture; sa fillette tomba également de son dos sans qu'elle s'en aperçût, de sorte qu'elle arriva vers nous dans l'état que nous avons décrit. C'est ainsi qu'elle passa devant la porte de l'homme qui nous avait fait des remarques à son sujet, et il la vit de ses propres yeux...

 

Extraits des lettres 50

 

J'étais à Fès au temps de la disette et je faisais la quête de boutique en boutique. C'était la saison du dénuement, de la pluie, du froid, de la fange, de la faim et de l'obscurité, et ma famille m'attendait comme une nichée d'oiselets affamés. Et voici qu'un noble (sherif) parmi les gens rassasiés m'insulta et me disputa parce que je mendiais, en me suivant de boutique en boutique partout où je me dirigeais, jusqu'à la tombée de la nuit. La nuit enfin nous sépara, chacun rentrant chez lui. La lueur de l'aube n'étais pas encore apparue lorsqu'un homme vint me trouver de la part du père de ce noble et me dit: "Un tel s'excuse de te déranger et te fait dire: veuille par amour de Dieu assister avec les pauvres (foqarâ) à l'enterrement de mon fils, que Dieu lui soit miséricordieux." Nous nous rendîmes donc à son enterrement. Dieu lui soit miséricordieux ainsi qu'à nous. Salut (1).

 

(1) On peut se demander pourquoi le sheikh ad-Darqâwî raconte, vers la fin de son recueil de lettres, un certain nombre d'événements miraculeux le concernant. Sans doute voulait-il montrer par là que les grâces inhérentes à la voie n'étaient pas moins efficaces qu'au temps des grands Soufis du moyen âge.

 

Extraits des lettres 51

 

J'accomplissais un matin la prière de l'aube auprès du tombeau du saint Ahmed ben Yusûf (que Dieu nous fasse profiter de lui) tout en craignant que les gens de l'endroit ne fassent du mal aux "pauvres" (foqarâ), chez qui prédominait alors un état d'expansion (bast) spirituelle, tandis que le monde, à cette époque, était plongé dans l'indifférence à l'égard de Dieu et dans l'injustice; rares étaient les hommes qui défendaient la cause de Dieu. Or voici qu'un des "pauvres" accourut apeuré, sans doute pour me dire que ce que je craignais venait d'arriver. Il me rejoignit au moment même où je récitais ces paroles: "Accomplissez l'oraison, donnez l'aumône et tenez-vous fermement à Dieu, c'est Lui votre patron, et béni soit ce patron et ce protecteur!" (Coran, XXII, 78). Alors toute la peur qui m'avait envahi me quitta et fit place à l'espoir et à une grande certitude. Je dis donc à ce "pauvre" (avant qu'il ne me parlât):

 

"Ce coup a passé à côté; il n'y aura pas de mal sur nous. Toutefois, raconte-moi ce qui est arrivé". Sur quoi il me fit savoir que les gens du village s'étaient concertés pour écrire une lettre dans laquelle ils accuseraient nos frères les "pauvres" (que Dieu ait compassion d'eux et de nous-mêmes) d'actes détestables; cette lettre devait être envoyée au gouverneur de la région et par lui au sultan même, qui à l'heure était Muhammad ben 'Abd-Allâh ben Ismâ'il al-Hassanî al-'Alâwî (que Dieu lui soit miséricordieux). Cette nouvelle ne me troubla pas, je restai tranquille et m'apaisai en attendant le lever du jour lorsqu'un autre "pauvre" arriva plus apeuré que le premier, car il avait quitté les gens fermement décidés à exécuter leur dessein. Il s'en plaignait à moi et me dit: "Voilà que les gens sont en train de commettre une grande injustice à l'égard de leurs prochains, et toi tu ne fais rien pour nous". A quoi je lui répondis: "Que veux tu que je fasse? Veux-tu que je retourne votre village sens dessus dessous?" En disant cela, je fis de la main le geste de renverser quelque chose. Et voici qu'un homme accourut du village, envoyé par ses habitants qui tout à l'heure voulaient encore nous faire du tort. Il me dit qu'un messager avait été expédié de la part du pacha 'Abd-aç-Çadiq ar-Rîfi de Tanger vers le gouverneur Ahmed ben Nâcir al-'Ayyâshi à Taza avec une charge de dix quintaux de biens appartenant au sultan mentionné ci-dessus et une somme de soixante-dix mithqâl sur lui; or ce messager avait été attaqué et blessé près du village de sorte que le sang colorait son vêtement, et la charge de biens du sultan ainsi que les biens appartenant au messager avaient disparus. Et celui-ci déclara: "C'est vous qui m'avez fait ce mal car sans votre complicité on n'aurait pas pu me prendre". En entendant cela, les habitants du village pâlirent de peur. J'allai donc vers eux et je les trouvai dans cet état sinon pire. Et nous remerciâmes Dieu de nous avoir sauvés de leur méchanceté et de leur ruse. Salut.

 

Extraits des lettres 52

 

Quand je me vouai à la pauvreté spirituelle (faqr) et me dépouillai de certaines conventions qui plaisent aux gens mais n'ont aucune valeur en elles-mêmes, ma famille et d'autres personnes me détestèrent puisque, au lieu de me conformer à eux, je m'en détachais. Or, pendant que nos relations étaient telles, il y eut une sécheresse; nous priâmes Dieu qu'Il nous envoyât la pluie, mais il n'y eut pas de pluie et la sécheresse durait. Un jour, lorsque j'assistais à une assemblée de famille, mon frère 'Ali (que Dieu lui soit miséricordieux) me dit: "Les amis de Dieu peuvent faire des miracles, or voici que le blé meurt brûlé par le soleil. Si tu fais partie d'eux, demande donc à Dieu qu'il fasse pleuvoir, ou bien quitte cette condition de pauvreté spirituelle (faqr) et occupe-toi de tes études". Je me tus et ne lui répondis rien. Mais lui, il ne se tut pas: il m'insulta et m'opprima de toute sa force, et tout ceux qui étaient présents s'en réjouirent, car à leurs yeux j'étais mal tourné et aveuglé, pour la simple raison que je ne faisais pas honneur à la famille. Cette scène se prolongea, et j'acceptai tout avec patience or personne ne peut supporter une telle chose à moins que Dieu ne l'aide ou qu'il n'y soit contraint - jusqu'à ce que mon cœur se brisa; alors je sortis de la mosquée où avait lieu cette assemblée. Je levai mon regard vers le ciel, qui était pur à l'exception d'un tout petit nuage juste au-dessus de nous. Alors je dis comme certains saints ont dit: "Ô mon Seigneur, si tu n'as pas pitié de moi je finirai par me fâcher!" Et voici que le petit nuage au-dessus de nous s'étendit dans le vent, vers le sud et vers le nord, en avant et en arrière, puis la pluie se mit à tomber avec une telle violence que nous en fûmes mouillés à l'intérieur de la mosquée comme en dehors: l'eau envahit la mosquée où nous étions, comme elle envahît les champs, et elle nous atteignit d'en haut et d'en bas. Cela vint de la grâce divine qui recouvrit mon impuissance de Sa puissance. Salut.

 

Extraits des lettres 53

 

J'étais dans un état qui unissait, avec une très grande intensité, l'ivresse et la sobriété spirituelles, lorsque j'entrai un soir dans la mosquée funéraire du sherif hussaini Ahmed aç-Çaqallî (2) à Fès. C'était juste l'heure du coucher du soleil, et le muezzin appelait à la prière depuis le toit du sanctuaire. Je portais une vieille muraqqa'ah (froc fait de morceaux rapiécés) et sur la tête trois calottes tout aussi vieilles, l'une sur l'autre, car telle était alors ma disposition (3). Or, il se présenta en ma conscience intime l'idée qu'il me fallait une quatrième calotte, et aussitôt le muezzin descendit avec elle du toit, en courant et riant: une cigogne, qui la portait vers son nid, l'avait laissé tomber sur lui. Comme il l'apportait et riait, je lui dis: "Donne-la moi, par Dieu, elle m'est destinée!" Et voyant que je portais déjà trois calottes toutes pareilles (à celle qu'il venait de recevoir), il me la remit. Ainsi est toujours l'état des hommes de sincérité (çidq) spirituelle: tout ce qui se manifeste dans leurs cœurs, apparaît aussitôt dans le monde sensible. Que la malédiction de Dieu soit sur ceux qui mentent!

 

(1) C'est-à-dire, du descendant du Prophète par son petit fils Hussain.

(2) Aç-Çaqalli signifie "le Sicilien", la famille étant immigrée de Sîcile. Ahrned aç-Çaqalli, qui vécut au 18e siècle, est le fondateur d'une branche de l'ordre shâdhillte qui s'assimila certaines méthodes provenant des Naqshabendis. Sa mosquée funéraire, qui sert de lieu de réunion aux membres de l'ordre, existe toujours.

(3) Analogue à celle des malâmatiyah, qui s'attirent volontairement le blâme des exotéristes.

 

Extraits des lettres 54

 

J'enseignais les enfants dans le quartier al-'uyun ("des sources") à Fès, en récitant le Coran sublime pendant que les enfants lisaient leurs tablettes devant moi, lorsque soudainement je me vis sur un bateau en mer près de la ville de Tunis (que Dieu la protège) en train de réciter le Coran, tout comme je le récitais dans l'école devant les enfants. Tous ceux qui se trouvaient sur le bateau se réjouissaient de ma récitation. Et voici que beaucoup de bateaux chrétiens apparurent et approchèrent de nous pour nous capturer. A cette vue, tous ceux qui étaient avec moi sur le bateau s'accrochèrent à moi, car j'étais vraiment pour eux un saint. Alors Dieu recouvrit ma qualité par la Sienne, de sorte que je poussai le bateau vers les bateaux ennemis en les enveloppant de ma puissance violente et de ma concentration. Quelques-uns coulèrent, d'autres se brisèrent et d'autres encore furent capturés. Dieu est victorieux sur sa création. Puis, après cela, je me vis de nouveau dans mon école, et mon état était comme celui d'un malade ou d'un envoûté, et comme si l'on avait battu mes os avec des barres de fer.

Lorsque je racontai à mon maître ce qui m'était arrivé, il mit sa main sur sa bouche, puis il sourit et dit:

"Tiens, tiens, personne ne sait où se trouve la dignité de pôle, dans la montagne en train de garder les chèvres ou dans une école en train d'enseigner les enfants!" Peu après parvinrent (à Fès) les nouvelles de ce qui était arrivé. Que la malédiction de Dieu soit sur ceux qui mentent.

 

Extraits des lettres 55

 

J'aimerais que vous ne vous dispersiez pas dans votre amour, car cela vous empêchera d'atteindre le secret, (1) bien, la vertu et la grâce. Nous voyons que certains s'attachent tantôt à ceci et tantôt à cela. Ils sont comme ce lui qui cherche de l'eau en creusant un peu par-ci e un peu par-là; il ne trouvera pas d'eau et mourra de soif, tandis que celui qui creuse en un seul endroit, confiant en Dieu et s'en remettant à Lui, trouvera de l'eau d en boira et il en fera boire aux autres (et Dieu est plu savant). Les Soufis ont dit: insiste devant une seule porte, et des portes multiples s'ouvriront à toi; soumets-toi à un seul maître, et la troupe se soumettra à toi.

De même, celui qui est tantôt attiré par l'orient et tantôt par l'occident (2), voyageant alternativement vers l'un et vers l'autre, qui est tantôt sobre et tantôt vorace, s'éloigne du but; s'il était près de lui, il s'arrêterait et s'apaiserait

 

(1) On retrouve la même parabole parmi les paroles de Shri Ramakrishna.

(2) Le côté de la lumière et celui des ténèbres respectivement.

 

Extraits des lettres 56

 

Celui qui s'arrête à l'opinion n'atteint jamais la réalisation. Cessez donc de vous occuper de conjectures et ne jugez jamais d'une chose (1) selon votre opinion individuelle mais seulement après l'avoir réalisée. Car la sincérité dans l'action et dans les paroles détruit les doutes et les soucis et affirme la conscience de l'Unité divine (tawhid) dans le cœur de celui qui la pratique continuellement. Elle fait même disparaître les interférences de l'âme passionnelle (nafs); et quand les hostilités de l'âme cessent chez quelqu'un, celles de la collectivité humaine envers lui cessent également (2). Dès lors, c'est à lui le tour d'agir, et Dieu (exalté soit-Il) l'aidera. Mais s'il s'abstient d'offenser les serviteurs de son Seigneur, tout en acceptant lui-même leurs offenses, il sera encore plus grand en vertu et en spiritualité, et c'est là l'état des parfaits parmi les saints. Salut.

 

(1) C'est-à-dire d'une chose d'ordre spirituel.

(2) C'est-à-dire, lorsqu'il n'y a plus, dans un homme, d'égoïsme conscient ou inconscient, les hostilités de l'ambiance ne sauraient avoir de cible. Il s'agit évidemment, dans ce cas, d'une ambiance déterminée par la tradition.

 

Extraits des lettres 57

 

Enfin, mes frères, je vous recommande vivement - et "la religion, c'est le conseil sincère"(1) - de ne pas délaisser le souvenir (dhikr) (2) de votre Seigneur, ainsi qu'Il vous l'a ordonné, "debout, assis et couchés sur vos flancs" (Coran, IV, 104) et en tout état, car nous n'avons besoin que de cela, nous, vous et tout homme, quel qu'il soit.

 

Ecoutez ce que je vais vous dire et ne l'oubliez pas, ne le prenez pas à la légère et ne le négligez pas: au cours des environ cinquante-cinq ans passés j'ai dit à maints frères: chaque homme d'entre les hommes a de multiples besoins, mais en réalité ils n'ont tous besoin que d'un seule chose, à savoir de se souvenir de Dieu vraiment; s'ils ont acquis cela, aucune chose ne leur manquera, qu'ils la possèdent ou qu'ils ne la possèdent pas.

 

Bien du temps après avoir dit cela, j'ai lu dans le commentaire de l'imâm Abul-Qâsim al-Qushairi sur les plus beaux noms de Dieu qu'un disciple dit à son maître: "Ô maître, et la nourriture?" Le maître répondit: Dieu!" Le disciple insista: "Il nous faut absolument de la nourriture", sur quoi le maître répliqua: "Il nous faut absolument Dieu". Plus tard encore, j'ai trouvé ceci dans les Hikam de Ibn 'Atâï-Llâh: "Que peut-il trouver, celui qui ne T'a pas trouvé? Et que manque-t-il à celui qui T'a trouvé? Quiconque se satisfait d'une chose en échange de Toi, périt, et quiconque désire autre chose à Ta place, se perd".

 

(1) Hadith.

(2) On se rappellera que l'expression dhikr, que nous traduisons ici par souvenir, comporte les significations de mention, d'invocation, d'anamnèse au sens platonicien du terme.

 

Sans faute, sans faute, maintenez-vous fermement dans le souvenir de votre Seigneur, comme Il vous l'a ordonné et cramponnez-vous à votre religion de toutes vos forces; Dieu ouvrira les yeux de votre intelligence et illuminera votre conscience intime. Et gare à vous que vous pensiez que l'homme qui se souvient de Dieu vraiment puisse ne pas s’en contenter: ne croyez pas cela, car c'est impossible.

Sachez (que Dieu vous soit miséricordieux) que je m'attendais à ce qu'un faqir parmi mes amis me demande: d'où tiens-tu cette parole: "Chaque homme d'entre les hommes a de multiples besoins, mais en réalité, ils n'ont tous besoin que d'une seule chose, à savoir de se souvenir de Dieu vraiment; s'ils ont acquis cela, aucune chose ne leur manquera, qu'ils la possèdent ou qu'ils ne la possèdent pas". Mais personne ne m'a posé cette question. Or, si l'on m'avait demandé, j'aurais répondu ceci: dans ma jeunesse, environ dix ans après la maturité (1), je perçai d'un seul coup à la présence de mon Seigneur, et voici que je n'étais plus moi, comme je l'avais été auparavant, car Dieu remplaça mon impuissance par Sa puissance, ma faiblesse par Sa force, ma pauvreté par Sa richesse, mon ignorance par Sa connaissance, mon abaissement par Sa gloire, c'est-à-dire, Il recouvrit ma qualité de la Sienne, de sorte que j'étais Lui, et non plus moi, selon la parole divine (2) rapportée par le Prophète (que Dieu le bénisse et lui donne la paix): "Mon serviteur ne cesse pas de s'approcher de Moi par des dévotions volontaires jusqu'à ce que Je l'aime; et lorsque Je l'aime, Je suis lui" (3). Parmi d'autres choses qui me furent données, ma science s'approfondit tellement que si l'on me posait mille fois mille questions (4), je saurais y répondre justement, car je suis devenu comme un luminaire dont la clarté ne diminuerait guère si l'on allumait de lui tous les luminaires existants. Et Dieu est garant de ce que nous disons; Dieu est garant de ce que nous disons; Dieu est garant de ce que nous disons.

 

(1) Que l'on compte à partir de la puberté et qui entraîne la responsabilité morale et l'obligation d'accomplir les rites prescrits à tout musulman.

(2) Hadith qudsî.

(3) Une version plus généralement connue est celle-ci: « Mon serviteur ne cesse pas de s'approcher de Moi par des dévotions volontaires jusqu'à ce que Je l'aime et lorsque Je l'aime, Je suis l'ouïe avec laquelle il entend, l'œil avec lequel il voit et la main avec laquelle il saisit et s'il Me demande quelque chose, Je la lui donnerai certainement. »

(4) Il s'agit évidemment de questions concernant les réalités spirituelles.

 

(Moulay al-‘Arabî ad-Darqâwî, Lettres d'un maître soufi le Sheikh al-‘Arabî ad-Darqâwî, traduites de l'Arabe par Titus Burckhardt).

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