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Publié par Abdoullatif

Qarawiyine 3Extraits des lettres 14.

 

Ecoute donc, ô faqir, car je vais répéter certaines de mes admonitions (mudhâkarât) pour que celui qui n'en a pas profité la première fois, en profite la seconde ou la troisième fois, et afin que le faqir en détresse y trouve, lorsqu'il regarde, ce qu'il lui faut sans l'avoir cherché.

Sachez, et Dieu ait pitié de vous, qu'il y avait dans la tribu des Benî Zarwâl - que Dieu la protège de toute erreur - un lettré de nos frères dont la parole manifestait un état d'âme si fait que les gens qui l'écoutaient parler se mettaient à rire même s'ils étaient en chagrin et peine. Lorsqu'un jour il y eut des funérailles dans sa maison et qu'elle était toute remplie de gens, ceux-ci constatèrent qu'il y avait un grand nombre de gourdins, les uns suspendus aux murs et les autres étalés au sol. Et les gens de lui demander "Que fais-tu avec tous ces gourdins?" Il répondit: "Si jamais un voleur entre par ici, je n'aurai pas besoin de chercher longtemps pour trouver une arme mais je n'aurai qu'à saisir un de ces gourdins que j'ai mis partout à portée de main.

C'est là une idée excellente, me semble-t'il, et c'est en ce sens que je répéterai certains de mes exhortations.

 

Extraits des lettres 15

 

Il n'y a rien qui nous rende aussi vulnérable aux attaques psychiques et sataniques que les soucis pour notre subsistance. Et pourtant notre Seigneur nous a juré sur Lui-même: "Dans le ciel est votre subsistance et tout ce qui vous a été promis; par le Seigneur du ciel et de la terre, cela est vrai comme il est vrai que vous avez la parole" (Coran, LI, 21-22). Et Il dit également: "Prescris à ton peuple la prière et insiste sur elle. Nous ne te demandons pas de prévoir à ta subsistance; c'est Nous qui te nourrirons, et l'issue appartient à la piété" (XX, 132). On trouve le même sens dans beaucoup d'autres passages coraniques ainsi qu'en de nombreuses paroles du Prophète (que Dieu le bénisse et lui donne la paix). Il y a aussi la parole du saint Abû Yazîd al-Bistâmi (que Dieu soit satisfait de lui): "C'est à moi de L'adorer, comme Il me l'a ordonné, et c'est à Lui de me nourrir comme Il me l'a promis", et ainsi de suite. Je ne mentionne tout cela que parce que je crains que tu ne tombes dans le malheur qui frappe la plupart des gens. Car je les vois occupés de multiples activités, tant religieuses que mondaines, et ne craignant rien autant que la pauvreté.

 

S'ils savaient ce que l'occupation avec Dieu comporte de biens, ils quitteraient leurs activités mondaines entièrement et ne s'occuperaient que de Lui, c'est-à-dire de Ses commandements. Mais dans leur ignorance ils ne cessent d'augmenter leurs activités mondaines et religieuses, tout en restant dans l'inquiétude par crainte de la pauvreté - ou par crainte des créatures, ce qui est un oubli grave et un état déplorable; et c'est bien dans cet état que se trouvent la majorité des gens ou presque tous, que Dieu nous en préserve! Sois donc sur tes gardes, mon frère, et voue-toi entièrement à Dieu; tu verras merveille. Ne te voue pas au monde, comme le font les gens, pour que tu ne sois pas atteint par le même malheur qu'eux. Par Dieu, si nos cœurs étaient auprès de notre Seigneur, le monde ne tarderait pas à venir à nous et jusque dans nos maisons, combien plus à leurs portes; car notre Seigneur (exalté soit-Il) lui dit: ô monde, sers ceux qui Me servent, et fatigue ceux qui te servent. Par Dieu, si nous étions à notre Seigneur, le cosmos entier et tout ce qu'il contient ne tarderait pas à nous appartenir, ainsi qu'il appartint à d'autres, car Dieu en a fait notre serviteur, de même qu'Il nous a fait Ses serviteurs. Mais voici que nous avons remplacé notre Seigneur et Maître (exalté soit-Il) par ce dont nous sommes nous-mêmes les seigneurs et maîtres, et nous n'en éprouvons aucune honte; "il n'y a de force ni de puissance que par Dieu!" (Coran, XIX, 69).

 

C'est aux activités religieuses qu'il faut vouer son attention en tout temps et aujourd'hui plus que jamais, car on croirait aujourd'hui qu'il n'y a jamais eu d'activité religieuse sans attaches mondaines, et pourtant elle a bien existé, même si elle n'existe plus; Dieu est garant de ce que nous disons. Nous constatons (mais Dieu est plus savant) qu'il n'y a personne qui puisse dire à la foule des hommes pieux de ce temps: "Diminuez vos activités mondaines et augmentez vos activités religieuses; Dieu vous remplacera (dans vos affaires); comme Il l'a fait pour d'autres. Aujourd'hui, on ne t'écoutera - et Dieu le sait mieux - que si tu dis: "Cultive (les champs), gagne, trafique" et ainsi de suite. Mais si tu dis: "Laisse, abstiens-toi (du monde) et contente-toi", bien peu seront les gens d'élite de ce temps qui t'écouteront, et encore moins les autres. Entends ce que dit le saint Ibn al-'Abbâs al-Mursi (que Dieu soit satisfait de lui): "Les gens ont des affaires, et notre affaire à nous, c'est la foi et la crainte de Dieu; Dieu (exalté soit-il) a dit: Si les habitants des villes avaient cru et craint (Dieu), Nous leur aurions ouvert les bénédictions du ciel et de la terre (Coran, VII, 94)"; et une autre fois, il dit: "Les gens ont des affaires, et notre affaire, c'est Dieu."

 

Extraits des lettres 16

 

Ne nourris pas tout ce qui naît de ton cœur, mais rejette-le loin de toi et ne t'occupe pas à l'élever en oubliant ton Seigneur, comme le font la plupart des gens, de sorte qu'ils divaguent et errent et se perdent dans un mirage; s'ils comprenaient, ils diraient: quelle chose étonnante que le cœur; en un instant, il enfante des fils innombrables, les uns légitimes, les autres illégitimes et encore d'autres dont on ne sait pas comment ils sont... Comment donc quelqu'un qui s'occupe de nourrir tous ces fils pourrait-il être disponible pour son Seigneur? Quelle pitié ce fils d'Adam qui efface le cosmos jusqu'à ce qu'il n'en reste plus de trace, et que le cosmos effacera à son tour jusqu'à ce qu'il n'en reste pas de trace, sauf un peu d'odeur s'évanouissant en un bref laps de temps...

 

(Moulay al-‘Arabî ad-Darqâwî, Lettres d'un maître soufi le Sheikh al-‘Arabî ad-Darqâwî, traduites de l'Arabe par Titus Burckhardt).

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