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Publié par Abdoullatif

Michel ValsanIl faut dire aussi que malgré la précision et la clarté de tels textes, l’interprétation exotérique dominante les ramène par principe à une perspective de validité en succession, non pas en simultanéité, du fait que la loi muhammadienne est considérée comme abrogeant les lois antérieures. Toutefois le texte coranique même affirme que la révélation muhammadienne apporte la « confirmation » de ce qui est encore effectivement présent des révélations antérieures :

« Et Nous t’avons révélé le Livre par la Vérité, (Livre) qui confirme et préserve ce qui subsiste devant lui en fait d’écriture ». (Cor.5.48 : « Wa anzalnâ ilayka-l-kitâba bi-l-ĥaqqi muçaddiqan llimâ bayna yadayhi mina-l-kitâbi).

 

Nous ne pouvons entrer ici dans l’examen de tous les points qui soulèvent les questions de l’abrogation et de la confirmation, mais nous tenant aux seuls aspects les plus évident et du caractère général, nous citerons aussi les versets suivant qui attestent la validité des Lois judaïque et évangélique ; celui-ci concernant la Torah : « Mais comment te prendraient-ils (ô Muĥammad) pour leur juge alors qu’ils ont la Torah dans laquelle il y a le jugement (le critère légal) d’Allâh ».    (Cor.5.43 : « wa kayfa yuĥakkimûnaka wa ‘indahum at-Tawrâtu fîhâ ĥukmu-Llâhi ».). Et celui-ci concernant l’Evangile : « Ainsi les Gens de l’Evangile jugent par ce qu’Allâh a révélé en l’Evangile et ceux qui ne jugent pas par ce qu’Allâh a révélé, ceux-là sont les prévaricateurs. » (Cor.5.47 : « wa-l-yaĥkum ahlu-l-injîli bimâ anazala-Llâhu fîhi wa mâ lam yaĥkum bimâ anazala-Llâhu fa-ulâ-ika humu-l-fâssiqûn».).

 

Ces références nous suffisent ici pour illustrer notre affirmation que la base légale islamique est providentiellement disposée pour une large vision de l’unité et de l’universalité traditionnelles, tant en succession qu’en simultanéité. Sous ce même rapport, il n’y a vraiment que le Christianisme, qui, arrêté dans ses conceptions dogmatiques sur le sens « historique » de l’unicité du Christ, soit exotériquement privé et de la vision en succession et de celle en simultanéité, de cette réalité universelle, au point qu’il ne reconnaît pas même à la tradition judaïque antérieure à la venue du Christ, et dans la lignée de laquelle il se situe pourtant, une économie sotériologique autonome : l’efficacité des formes bibliques dans leur ensemble est liée ainsi, dans l’acception exotérique du dogme religieux chrétien, au critère de l’attente du Christ « historique », et l’actualité du salut suspendue, aussi bien pour le commun que pour les Patriarches et les Prophètes, jusqu’au rachat opéré par le Sauveur. Le Judaïsme même, dont l’exclusivisme est à d’autres égards plus radical que tout autre, reconnaît au moins pour le passé biblique cette réalité traditionnelle dans la lignée des Patriarches et des Prophètes, où il voit l’actualisation continue de la même vérité primordiale conférant toujours la plénitude du salut (16).

 

(16) Il est toutefois important de relever que, dans les derniers temps, il se dessine dans les études catholiques un effort pour rendre compte de certaines valeurs spirituelles trop évidentes pour pouvoir toujours être niées dans les autres formes traditionnelles, comme l’Hindouisme et l’Islam ; c’est ainsi qu’on élargit la notion d’ « Eglise » dans un sens plus dégagé des contingences, tant spatiales, que temporelles ou formelles, que la grâce salutaire est reconnue comme plus indépendante des conditions historiques et de l’adhésion formelle aux articles dogmatiques et à leurs conséquences canoniques, mais liée néanmoins aux vérités intérieures informelles et universelles des dogmes, et que l’universalité du Christ est conçue comme impliquant la possibilité de son intervention en dehors des modalités éminentes de la forme chrétienne historique. Ce n’est qu’une tendance timide et prudente actuellement, mais elle est particulièrement précieuse par sa signification, surtout quand elle est manifestée par ceux-là mêmes qui s’étaient donnés jusqu’ici le rôle de faire obstacle à toute compréhension réellement universelle des données traditionnelles et à l’accord de principes avec l’Orient traditionnel.

 

(Michel Vâlsan, L'Islam et la fonction de René Guenon, Revue Etudes Traditionnelles n° 305 Janv. - Fév. 1953, p. 14).

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