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Publié par Abdoullatif

al-azhar-11.jpgLes données en question, nous les puisons dans quelques numéros, trouvés dernièrement, de la revue arabo-italienne An-Nâdî = Il Convito qui paraissait au Caire dans la première décade de ce siècle, et qui dans l’année 1907 s’orientait dans un sens traditionnel. L’esprit propitiateur était déjà celui du Cheikh al-Akbar. Cette revue a joué ainsi un rôle de précurseur par rapport à « La Gnose » des dernières années, et au « Voile d’Isis-Etudes Traditionnelles ». Parmi ses collaborateurs traditionnels, le plus remarquable est Abdul-Hâdi Aguili tant pour la partie arabe que pour la partie italienne. Celui-ci y publia des articles, des éditions de traités des maîtres de l’ésotérisme islamique dont le Cheikh al-Akbar, et des traductions de certains de ces textes. En cette même année 1907, il fut beaucoup question dans la revue du Cheikh Elîsh qui, un moment, y figura comme collaborateur avec un court article sur le Maître par excellence Muhy-d-Dîn Ibn Arabî. Abdul-Hâdi qui était naturellement en rapports personnels avec le Cheikh Elîsh nous donne sur celui-ci de précieux renseignements.

 

Il le présente notamment comme « un des hommes les plus célèbres de l’Islam, fils du restaurateur du rite malékite, et lui-même un sage profond, respecté de tous, depuis les plus humbles jusqu’aux princes et au sultans, chef de beaucoup de confréries religieuses répandues dans tout le monde musulman, enfin une autorité incontestable de l’Islam ésotérique et exotérique, juridique et politique ». Parlant encore de lui, ainsi que de son père « le grand rénovateur du rite malékite », Abdul-Hâdi nous donne quelques détails sur la vie du Cheikh Elîsh : « Ils se sont tenus loin des intrigues politiques de toutes sortes. Leur intégrité, leur austérité et leur profond savoir, unis à une ascendance illustre, leur promettaient une position exceptionnellement prépondérante en Islam ; ils n’en voulurent rien savoir.

 

« Ce qui a établi la légende de leur fanatisme, c’est une fatwâ restée célèbre, laquelle, disait-on, eut pour conséquence la révolte d’Arabî Pacha en 1882 ».

(Ici Abdul-Hâdi examine ce qu’est une fatwâ au point de vue juridique, et pourquoi une telle décision de juriconsulte donnée dans l’exercice régulier de la fonction de muftî ne pourrait jamais attirer contre celui-ci des sanctions du pouvoir politique).

« A la suite des événements de 1882, les deux Cheikhs Elîsh, le père et le fils, furent jetés en prison et condamnés à mort. Le père mourut en prison ; le fils fut grâcié et exilé… (20)

« La mauvaise fortune poursuivit le Cheikh jusque dans l’exil. Sa notoriété, sa naissance, son intégrité même, le rendaient suspect ; et sous la sotte accusation d’aspirer au Califat universel du monde musulman, pour son propre compte ou pour celui du Sultan du Maroc, il fut de nouveau mis en prison, cette fois sur l’ordre d’un prince musulman.

« Pendant deux ans, il resta dans une cellule immonde où toute chose était pourriture et où l’eau menaçait de faire irruption. Pour l’épouvanter, on fit tuer devant lui des condamnés. Finalement, il eut sa grâce, et on lui concéda un exil honorable à Rhodes (21).

« Il avait séjourné encore à Damas, où le célèbre adversaire des Français en Algérie, l’Emir Abd El-Kader, devint son aml et condisciple dans le même enseignement spirituel (22). Lorsque l’Emir mourut (23), le Cheikh lui fit les derniers offices et l’enterra à Sâlihiyyé, à côté de la tombe même du Grand Maître, le Cheikh Muhy-d-Dîn Ibn Arabî.

 

(20) Nous devons préciser les dates, car, plus loin, l’exposé d’Abdul-Hâdi est tel qu’il risque de reproduire des confusions d’ordre chronologique : la mort du père et le départ du fils en exil ont dû avoir lieu en 1882-1883 comme il résulte de certaines coïncidences que nous relèverons plus loin.

(21) Ces événements se placent naturellement après 1883, mais il ne nous est pas possible d’avoir pour le moment d’autres précisions, sauf une date ad-quem qui coïncide avec le début de ce siècle, quand, comme on le verra, l’exil du Cheikh Elîsh avait pris fin.

(22) Il s’agit de l’enseignement du Cheikh al-Akbar à l’étude duquel s’était appliqué particulièrement Abd El-Kader dans la dernière partie de sa vie. L’Emir avait financé la première version imprimée de l’œuvre maîtresse du Cheikh al-Akbar les Futûhât al-Makkiyya dont l’étendue est d’environ 2500 pages.

(23) Ce fut en 1883, date qui nous permet de rétablir quelque peu la chronologie dont parle Abdul-Hadî.

 

(Michel Vâlsan, L'Islam et la fonction de René Guenon, Revue Etudes Traditionnelles n° 305 Janv. - Fév. 1953, p. 14).

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