Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
esprit-universel.overblog.com

La tradition islamique est, en tant que « sceau de la Prophétie », la forme ultime de l’orthodoxie traditionnelle pour le cycle humain actuel. Les formes traditionnelles qui ont précédé la forme islamique (Hindouisme, Taoïsme, Judaïsme, Christianisme,…) sont, dans leurs formulations régulières et orthodoxes, des reflets de la Lumière totale de l’Esprit-universel qui désigne Er-Rûh el-mohammediyah, le principe de la prophétie, salawâtu-Llâh wa salâmu-Hu ‘alayh.

Michel Vâlsan : La fonction de René Guénon et le sort de l’Occident (10/12)

Michel Valsan 1En effet, René Guénon a envisagé dès le début, ainsi que nous le rappelions plus haut, l’éventualité que cette constitution se fit en dehors de tout support offert par une organisation existante, et en dehors de tout milieu défini. Avant d’examiner ce point, il nous faut considérer, à titre méthodique, bien que secondairement, une autre possibilité qui est celle offerte par les organisations initiatiques occidentales, existant en dehors de la forme catholique. Dans cet ordre, il ne subsiste à vrai dire que fort peu de chose, malgré la pullulation actuelle de toutes sortes d’organisations à prétentions initiatiques. A ce propos citons encore les précisions autorisées de René Guénon qui se rapporte ainsi à l’ensemble des vestiges initiatiques de l’Occident :

 

« Des investigations que nous avons dû faire à ce sujet, en un temps déjà lointain, nous ont conduit à une conclusion formelle et indubitable que nous devons exprimer ici nettement, sans nous préoccuper des fureurs qu’elle peut risquer de susciter de divers côtés ; si l’on met à part le cas de la survivance possible de quelques groupements d’hermétisme chrétien du moyen âge, d’ailleurs extrêmement restreints en tout état de cause, c’est un fait que de toutes les organisations à prétentions initiatiques qui sont répandues actuellement dans le monde occidental, il n’en est que deux qui, si déchues qu’elles soient l’une et l’autre par suite de l’ignorance de leurs membres peuvent revendiquer une origine traditionnelle authentique et une transmission initiatique réelle ; ces deux organisations, qui d’ailleurs à vrai dire, n’en furent primitivement qu’une seule, bien qu’à branches multiples, sont le Compagnonnage et la Maçonnerie. Tout le reste n’est que fantaisie ou charlatanisme, même quand il ne sert pas à dissimuler quelque chose de pire... » (Aperçus sur l’Initiation, p. 40, note 1).

 

Mais, du côté de ces deux organisations les possibilités d’établir un point d’appui pour un véritable intellectuel apparaissent bien limitées. En dehors même du fait que la Maçonnerie, plus particulièrement, est infestée par la mentalité moderne la plus lamentable et par toutes sortes de préoccupations politiques et sociales qui l’ont amenée à jouer trop souvent, surtout par ses branches latines, un rôle d’instrument nettement anti-traditionnel dans les événements des époques dites « modernes » et « contemporaine », ces deux organisations constituent normalement des initiations de métier (exclusivement masculines du reste) et comme telles elles ont un caractère

essentiellement cosmologique ; par conséquent, elles ne sauraient offrir une base appropriée pour un travail intellectuel qui devrait être avant tout d’ordre métaphysique pour correspondre au but d’un redressement par les principes les plus universels.

 

C’est là d’ailleurs la raison pour laquelle Guénon ne pouvait envisager en Occident comme organisation susceptible d’offrir le point de départ voulu, une autre que l’Eglise catholique, car la doctrine théologique dans sa forme scolastique a en propre, au moins partiellement, un point de vue métaphysique qui, tout en n’étant pas le plus élevé possible en est toutefois un. On pourrait dire, néanmoins, que, de même que la cosmologie peut finalement avoir un point de contact avec le domaine métaphysique, il ne serait pas impossible que, dans un milieu maçonnique constitué sur des bases strictement intellectuelles l’on fit l’adjonction d’un point de vue métaphysique; mais si une telle adjonction était possible, cela constituerait, à vrai dire, une superposition par rapport à ce qui fait proprement le point de vue maçonnique et non pas un développement normal des possibilités de celui-ci.

 

A part cela, une autre difficulté réside dans le fait que depuis sa modernisation qui coïncide avec sa « sortie » sur le plan visible de l’histoire, c’est-à-dire depuis le XVIIIe siècle, la Maçonnerie a perdu son caractère « opératif » attaché à l’exercice effectif du métier, pour n’avoir qu’un point de vue « spéculatif » : aussi tout ce qui concerne la doctrine et les moyens de réalisation initiatique est à retrouver ou à reconstituer, et c’est là une difficulté de premier ordre ; mais du moins la préoccupation de cette reconstitution est sous-entendue dans l’idée d’un réveil intellectuel, de sorte que le point d’appui maçonnique avec les restrictions signalées et sans suffire pour le tout, pourrait être un des facteurs du redressement traditionnel. En fait, ces dernières années, il y a eu de ce coté un commencement dans ce sens, par la constitution d’un milieu restreint basé sur l’enseignement de René Guénon. On pourrait envisager donc là un certain développement, si l’on arrivait aussi à isoler le travail commencé de toute immixtion et influence du milieu général, car dans l’ensemble la situation de la Maçonnerie est pire que jamais, le manque de conscience traditionnelle et initiatique, ou plutôt l’esprit profane, dépassant de loin ce que l’on voit du coté de l’Eglise catholique elle-même (1).

 

(1) Une difficulté d'un ordre particulier subsiste dans une certaine mesure dans le fait que les Maçons, pour avoir une condition intégralement traditionnelle devraient participer à un ordre exotérique qui pour l'Occident, serait normalement celui du Catholicisme or si du côté maçonnique la question de l'appartenance et de la pratique religieuse pourrait être une affaire individuelle il n’en est pas de même quant à leur admission aux sacrements catholiques, de sorte que, tant que les rapports entre Rome et la Maçonnerie seront ce qu’ils sont les Maçons d'Occident n’auraient d’autre ressource que celle d'un rattachement à l’Orthodoxie ou à l’Islam, mais du moins, il n’y a pas là une difficulté insurmontable.

 

Mais enfin, pour une élite au plein sens de cette notion, René Guénon avait envisagé comme possible, à défaut de la base catholique la constitution en dehors de tout milieu défini, car il disait que le point d’appui, dans une organisation existante, n’était pas d’une nécessité absolue. Mais dans ce cas, l’élite ayant à compter seulement « sur l’effort de ceux qui seraient qualifiés par leur capacité intellectuelle, et aussi bien entendu, sur l’appui de l’Orient, son travail en serait rendu plus difficile et son action ne pourrait s’exercer qu’à plus longue échéance puisqu’elle aurait a créer elle-même tous les instruments » (La Crise du Monde moderne, pp. 130-131). Sur la façon dont pouvait se faire une telle constitution, Guénon n’a jamais donné beaucoup de précisions. Pour comprendre son attitude et sa méthode dans cet ordre de choses, il faut rappeler ce qu’il disait déjà dans Orient et Occident, donc avant même qu’il n’ait envisagé d’une façon spéciale la possibilité catholique :

 

« Si trop de points restent imprécis, c’est qu’il ne nous est pas possible de faire autrement, et que les circonstances seules permettront par la suite de les élucider peu à peu. Dans tout ce qui n’est pas purement et strictement doctrinal, les contingences interviennent forcément, et c’est d’elles que peuvent être tirés les moyens secondaires de toute réalisation qui suppose une adaptation préalable... Si nous avons dans des questions comme celle-là, le souci de n’en dire trop, ni trop peu, c’est que, d’une part, nous tenons à nous faire comprendre aussi clairement que possible, et que cependant, d’autre part, nous devons toujours réserver des possibilités, actuellement imprévues, que les circonstances peuvent faire apparaître ultérieurement... » (op. cit., p. 181). En fait, depuis que le principal de l’oeuvre doctrinal de Guénon est paru, plusieurs orientations se sont précisées successivement, mais aussi parallèlement, parmi ceux qui ont compris son enseignement et ont cherché à le mettre en application.

 

Ces diverses orientations ont été encouragées et aidées par Guénon dans la mesure où les intéressés se sont adressés à lui, et, en même temps, il en prenait occasion pour donner un enseignement spécialement initiatique, bien que d’ordre général encore, dans une importante série d’articles au Voile d’Isis devenu plus tard Etudes Traditionnelles. Il faut souligner cet autre côté de son enseignement, car lui aussi sort du cadre des études simplement théoriques, et entre précisément dans un domaine technique : nous dirons même, que s’il y a maintenant un livre qui est absolument unique et irremplaçable dans son oeuvre, et dans le domaine initiatique en général, c’est celui intitulé Aperçus sur l’Initiation qui est justement la synthèse de la première série de ces articles de caractère technique ; la deuxième série fera l’objet d’un volume posthume. Nous ferons remarquer aussi qu’un tel travail n’a d’équivalent dans aucun autre écrit traditionnel, et ceci dans quelque tradition que ce soit.

 

Sans pouvoir entrer dans des détails, nous dirons que parmi ces orientations, l’une s’attachait à l’espoir d’une revivification de l’ésotérisme catholique, une autre à la reconstitution maçonnique dont nous avons parlé. D’autres éléments ont pris le parti de chercher une initiation orientale, ce qui aboutissait à la constitution de « prolongements des élites orientales » en Occident, non pas à la formation d’une élite occidentale proprement dite.

 

(Michel Vâlsan, La fonction de René Guenon et le sort de l'Occident, Revue Etudes Traditionnelles, Juil., Août, Sept., Oct, Nov. 1951; n° 293-294-295, p. 213)

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article