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La tradition islamique est, en tant que « sceau de la Prophétie », la forme ultime de l’orthodoxie traditionnelle pour le cycle humain actuel. Les formes traditionnelles qui ont précédé la forme islamique (Hindouisme, Taoïsme, Judaïsme, Christianisme,…) sont, dans leurs formulations régulières et orthodoxes, des reflets de la Lumière totale de l’Esprit-universel qui désigne Er-Rûh el-mohammediyah, le principe de la prophétie, salawâtu-Llâh wa salâmu-Hu ‘alayh.

Michel Vâlsan : La fonction de René Guénon et le sort de l’Occident (11/12)

René Guénon 3Mais la notion de constitution d’une élite occidentale en dehors de tout point d’appui, et de tout milieu défini implique la possibilité qu’une élite se constitue avec des éléments n’ayant aucun rattachement à quelque organisation que ce soit. Sous ce rapport, il apparaît que la question de la constitution d’une élite occidentale est restée sans réponse jusqu’ici. Mais, on peut se demander, que peut signifier exactement une telle constitution ? Cette question se pose même sous la forme d’une certaine difficulté : étant donné, d’une part, que, selon les précisions de Guénon, par « constitution de l’élite » il faut comprendre, non pas une simple formation doctrinale, mais une réalisation effective dans l’ordre de la connaissance initiatique et métaphysique, et étant entendu, d’autre part, que toute réalisation de ce genre implique une initiation et la pratique de certains moyens qui doivent avoir une origine traditionnelle, comment peut-on concevoir qu’une élite se constitue effectivement, sous tous les rapports, sans qu’elle prenne son point d’appui dans une organisation existante ?

 

Pour répondre à cette question nous dirons, tout d’abord, que pour nous, indubitablement, tout le travail effectif devait commencer par une initiation et par des moyens appropriés. Mais y a-t-il vraiment quelque autre possibilité initiatique en dehors des deux précédemment mentionnées ? Nous répondrons: oui. Il reste encore la possibilité qu’une initiation proprement occidentale, mais n’existant plus en Occident, se réactualise dans un milieu intellectuel propice, avec des moyens appropriés. Quelle serait cette initiation, et où se trouverait-elle ? Ce ne pourrait être que l’ancienne initiation régulière et effective de l’Occident traditionnel retirée depuis longtemps, là où se retire toute initiation qui n’a plus la possibilité de se maintenir dans son milieu normal, lorsque les conditions cycliques lui sont défavorables. Ajoutons encore, pour mieux rendre compte de l’état spécial de l’Occident, qu’une telle retraite, quand elle concerne la forme initiatique fondamentale d’une tradition, coïncide avec la retraite du centre spirituel de cette tradition, et se fait vers le point d’origine de tout centre d’une tradition particulière, c’est-à-dire, vers le centre spirituel suprême, où elle reste alors à l’état latent et d’où elle peut se remanifester quelquefois quand les conditions cycliques le lui permettent.

 

Ces remanifestations sont facilitées, dans une certaine mesure, par la présence, dans le milieu traditionnel abandonné d’organisations initiatiques d’importance secondaire qui ont surtout le rôle de maintenir une continuité de la transmission initiatique, et relier, de loin, leurs membres, sans même qu’ils en aient conscience, à l’influence du centre retiré. C’est pour cela, d’ailleurs, que la première méthode à envisager pour la constitution de l’élite occidentale, était celle qui prenait un point d’appui dans une organisation existante. Mais quand, pour diverses raisons, une réactualisation n’est plus possible dans le cadre des organisations existantes, alors que des conditions essentielles se trouvent remplies dans un milieu non défini, une remanifestation peut se produire, à l’égard de ce dernier ou de certaines individualités « qualifiées », et alors l’initiation nécessaire et les moyens correspondants peuvent réapparaître. Toutefois, dans ce cas, l’initiation et les moyens du travail de réalisation présenteraient des modalités relativement nouvelles, liées plus spécialement aux qualifications du milieu de réactualisation ; c’est d’ailleurs, à travers ces qualifications, et à leur mesure, que seraient élaborés les instruments de travail qui apparaîtraient ainsi successivement, comme une sorte de création due à l’élite elle-même, selon les opportunités du développement effectif de celle-ci.

 

Cette possibilité, si difficilement réalisable, nous semble devoir être incluse dans ce que Guénon avait en vue par l’idée d’une constitution de l’élite occidentale en dehors du point d’appui dans une organisation existante et de tout milieu défini. Nous avons d’ailleurs certaines raisons de penser que Guénon savait par lui-même quelque chose sur des possibilités de ce genre, car, à ses débuts, certaines tentatives se sont produites, à partir d’interventions de l’ancien centre retiré de la tradition occidentale. Pour autant que les événements que nous avons en vue ici ont touché Guénon lui-même, nous ajouterons que cela ne contredit nullement la « génération orientale » personnelle de Guénon, car une coordination d’influences est possible avec l’action de centres traditionnels non-chrétiens, dans des buts d’un ordre plus général. A ce propos nous rappellerons que, « après la destruction de l’Ordre du Temple, les initiés à l’ésotérisme chrétien se réorganisèrent, d’accord avec les initiés à l’ésotérisme islamique, pour maintenir, dans la mesure du possible, le lien qui avait été apparemment rompu par cette destruction » et que cette collaboration entre des initiés aux deux ésotérismes mentionnés « dut aussi se continuer par la suite, puisqu’il s’agissait précisément de maintenir le lien entre les initiations d’Orient et d’Occident » (Aperçus sur l’Initiation, pp. 249-252). Le réveil de l’initiation occidentale pouvait donc en principe être tenté par une telle conjonction d’influences et interventions, les difficultés ultérieures seules ayant pu déterminer dans un sens plus « oriental » l’appui qui pouvait encore être offert à l’Occident. Nous ne voulons pas insister ici davantage sur ce point, mais nous dirons que cela doit être mis en relation avec les orientations spirituelle » plus adéquates aux perspectives de la « seconde hypothèse » quant au sort de l’Occident.

 

(Michel Vâlsan, La fonction de René Guenon et le sort de l'Occident, Revue Etudes Traditionnelles, Juil., Août, Sept., Oct, Nov. 1951; n° 293-294-295, p. 213)

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