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Publié par Abdoullatif

GUENONCertainement cette hypothèse, la plus favorable pour l’Occident, celle d’une restauration intégrale de la civilisation occidentale sur des bases et dans des formes traditionnelles propres, était la moins probable, et René Guénon ne s’est jamais fait trop d’illusions à cet égard, et s’il envisageait une telle hypothèse, c’était en quelque sorte par principe, pour ne limiter aucune possibilité et ne décourager aucun espoir, tout effort dans ce sens ayant de toute façon, des résultats dans un autre ordre, et tout d’abord pour l’élite elle-même. Mais à la réédition en 1948 d’Orient et Occident, faisant état, dans un Addendum, de l’aggravation du désordre général et après avoir redit que « le seul remède consiste dans une restauration », il constatait que « malheureusement, de ce point de vue, les chances d’une réaction venant de l’Occident lui-même semblent diminuer chaque jour davantage, car ce qui subsiste comme tradition en Occident est de plus en plus affecté par la mentalité moderne, et, par conséquent, d’autant moins capable de servir de base solide à une telle restauration, si bien que sans écarter aucune des possibilités qui peuvent encore exister, il paraît plus vraisemblable que jamais que l’Orient ait à intervenir plus ou moins directement, de la façon que nous avons expliquée, si cette restauration doit se réaliser quelque jour... Si l’Occident possède encore on lui-même les moyens de revenir à sa tradition et de la restaurer pleinement c’est à lui qu’il appartient de le prouver. En attendant, nous sommes bien obligé de déclarer que jusqu’ici nous n’avons aperçu le moindre indice qui nous autoriserait à supposer que l’Occident, livré à lui-même, soit réellement capable d’accomplir cette tâche, avec quelque force que s’impose à lui l’idée de sa nécessité ».

 

Par ces conclusions énonçant la probabilité que l’Orient intervienne « plus ou moins directement » dans la restauration occidentale, Guénon évoquait évidemment la deuxième hypothèse formulée par lui, celle où « les peuples orientaux pour sauver le monde occidental de cette déchéance irrémédiable, se l’assimileraient de gré ou de force, à supposer que la chose fût possible, et que d’ailleurs l’Orient y consente dans sa totalité ou dans quelques-unes de ses parties composantes », et ceci, rappelons-le, impliquait « la renonciation de l’Occident à ses caractères propres ». Le minimum de conditions de cette hypothèse était toutefois l’existence en Occident d’un noyau intellectuel, même formé seulement d’une « élite peu nombreuse, mais assez fortement constituée pour former l’intermédiaire indispensable pour ramener la mentalité générale ». Mais dans ce cas « le rôle de l’élite s’y réduirait à servir de point d’appui à une action dont l’Occi-dent n’aurait pas l’initiative ».

 

 A ce propos, nous pourrions faire remarquer que plusieurs éventualités peuvent être envisagées à l’intérieur de la deuxième hypothèse en fonction des facteurs qui doivent y intervenir : d’un côté, l’importance ou l’effectivité de l’élite occidentale, de l’autre, les peuples orientaux et les organisations qui pourraient trouver un intérêt à une restauration occidentale. Ces éventualités sont exprimées, dans un certain sens, par les modalités de cette assimilation qui serait faite soit « de gré », ce qui implique un consentement occidental, du moins dans ses éléments ethniques les plus importants, soit « de force », ce qui suppose une résistance plus ou moins généralisée. D’ailleurs, et surtout dans ce dernier cas, il y a encore à envisager la possibilité que l’assimilation affecte l’ensemble occidental ou seulement une partie, les peuples orientaux en cause pouvant l’entreprendre seulement dans la mesure où ils estimeront que cela correspond à leur propre intérêt, pour le reste se contentant peut-être de prendre certaines mesures de sécurité de l’ordre établi, ce qui veut dire aussi que, dans ce cas, des parties de l’Occident pourraient tomber dans une situation correspondant à la première hypothèse, celle qui énonçait un état de pure et simple barbarie. Si nous envisageons ces différentes éventualités secondaires, c’est pour faire comprendre que renonciation d’une probabilité de la seconde hypothèse n’implique pas forcément la réalisation des meilleurs aspects de celle-ci, et que même elle n’exclut pas des possibilités de la première, le tout dépendant d’abord de la capacité qu’aurait cette élite de servir de point d’appui à l’action orientale.

 

Jusqu’ici nous nous sommes tenus dans les termes les plus généraux en parlant des possibilités de redressement traditionnel de l’Occident. Il nous faut considérer maintenant ces possibilités selon les points d’appui que les éléments occidentaux qui auraient à accomplir ce travail de restauration à l’aide de la connaissance des doctrines orientales, pourraient trouver dans le monde occidental même.

 

Il faut dire tout d’abord que s’il y avait eu en Occident au moins un point où se serait conservé intégralement l’esprit traditionnel, on aurait pu voir là un motif d’espérer que l’Occident accomplisse un retour à l’état traditionnel « par une sorte de réveil spontané de possibilités latentes » ; c’est le fait qu’une telle persistance lui semblait, en dépit de certaines prétentions, « extrêmement douteuse », qui autorisait René Guénon d’envisager un mode nouveau de constitution d’une élite intellectuelle, et en fait rien n’est venu jusqu’à présent infirmer sa supposition initiale.

 

Pour se constituer, l’élite en formation avait tout intérêt à prendre un point d’appui dans une organisation ayant une existence effective. En fait d’organisations à caractère traditionnel, tout ce que l’Occident garde encore sont, dans l’ordre religieux l’Eglise catholique, et dans l’ordre initiatique quelques organisations dans un état avancé de déchéance. Pourtant sous le rapport doctrinal, seule la première pouvait être envisagée comme une base possible de redressement d’ensemble pour le monde occidental, et Guénon disait donc dans La Crise du Monde moderne : « Il semble bien qu’il n’y ait plus en Occident qu’une seule organisation qui possède un caractère traditionnel et qui conserve une doctrine susceptible de fournir au travail dont il s’agit une base appropriée : c’est l’Eglise catholique. Il suffirait de restituer à la doctrine de celle-ci, sans rien changer à la forme religieuse sous laquelle elle se présente au dehors, le sens profond qu’elle a réellement en elle-même, mais dont ses représentants actuels paraissent n’avoir plus conscience, non plus que de son unité essentielle avec les autres formes traditionnelles ; les deux choses, d’ailleurs, sont inséparables l’une de l’autre. Ce serait la réalisation du Catholicisme au vrai sens du mot, qui, étymologiquement, exprime l’idée d’ « universalité », ce qu’oublient un peu trop ceux qui voudraient n’en faire que la dénomination exclusive d’une forme spéciale purement occidentale, sans aucun lien effectif avec les autres traditions » (op. cit., pp. 128-129).

 

(Michel Vâlsan, La fonction de René Guenon et le sort de l'Occident, Revue Etudes Traditionnelles, Juil., Août, Sept., Oct, Nov. 1951; n° 293-294-295, p. 213)

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The Bridge 06/05/2010 13:46


Très grand Blog. Incroyable !


Abdoullatif 10/05/2010 01:03



Merci. Et que Dieu vous rétribue en bien.