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La tradition islamique est, en tant que « sceau de la Prophétie », la forme ultime de l’orthodoxie traditionnelle pour le cycle humain actuel. Les formes traditionnelles qui ont précédé la forme islamique (Hindouisme, Taoïsme, Judaïsme, Christianisme,…) sont, dans leurs formulations régulières et orthodoxes, des reflets de la Lumière totale de l’Esprit-universel qui désigne Er-Rûh el-mohammediyah, le principe de la prophétie, salawâtu-Llâh wa salâmu-Hu ‘alayh.

Michel Vâlsan : La fonction de René Guénon et le sort de l’Occident (9/12)

Cheikh-abd-al-wahid-3.JPGMais René Guénon a averti que, malgré tout, certains événements pourraient amener bientôt l’Eglise catholique (et nous ajoutons également les autres églises), à considérer d’une façon très spéciale cette question de position traditionnelle de la Chrétienté et aussi les rapports avec les forces spirituelles de l’Orient dans lesquelles elle pourra même voir, à un certain moment, un dernier appui pour son existence mise en danger. C’est là le point particulier que nous avions réservé précédemment et qu’on comprendra mieux maintenant après l’examen sommaire que nous venons de faire. C’est en 1927, dans La Crise du Monde Moderne, qu’il fut formulé. Parlant de l’intérêt que l’Eglise aurait à devancer le mouvement qui normalement devrait aboutir à la reconstitution d’une élite intellectuelle, « plutôt que de le laisser s’accomplir sans elle et d’être contrainte de le suivre tardivement pour maintenir une influence qui menacerait de lui échapper », René Guénon ajoutait :

 

« Il n’est pas nécessaire de se placer à un point de vue très élevé et difficilement accessible pour comprendre que, en somme c’est elle (l’Eglise) qui aurait les plus grands avantages à retirer d’une attitude qui, d’ailleurs, bien loin d’exiger de sa part la moindre compromission d’ordre doctrinal, aurait au contraire pour résultat de se débarrasser de toute infiltration de l’esprit moderne, et par laquelle, au surplus, rien ne serait modifié extérieurement. Il serait quelque peu paradoxal de voir le Catholicisme intégral se réaliser sans le concours de l’Eglise catholique, qui se trouverait peut-être alors dans la singulière obligation d’accepter d’être défendue contre des assauts plus terribles que ceux qu’elle a jamais subis, par des hommes que ses dirigeants, ou du moins ceux qu’ils laissent parler en leur nom, auraient d’abord cherché à déconsidérer en jetant sur eux la suspicion la plus mal fondée; et, pour notre part, nous regretterions qu’il en fût ainsi; mais si l’on ne veut pas que les choses en viennent à ce point, il est grand temps, pour ceux à qui leur situation confère les plus graves responsabilités, d’agir en pleine connaissance de cause et de ne plus permettre que des tentatives qui peuvent avoir des conséquences de la plus haute importance risquent de se trouver arrêtées par l’incompréhension ou la malveillance de quelques individualités plus ou moins subalternes, ce qui s’est vu déjà, et ce qui montre encore une fois de plus à quel point le désordre règne partout aujourd’hui. Nous prévoyons bien qu’on ne nous saura nul gré de ces avertissements, que nous donnons en toute indépendance et d’une façon entièrement désintéressée... Ce que nous disons présentement n’est que le résumé des conclusions auxquelles nous avons été conduit par certaines « expériences » toutes récentes, entreprises, cela va sans dire sur un terrain purement intellectuel ; nous n’avons pas, pour le moment tout au moins, à entrer à ce propos dans des détails qui, du reste, seraient peu intéressants en eux-mêmes ; mais nous pouvons affirmer qu’il n’est pas, dans ce qui précède, un seul mot que nous ayons écrit sans y avoir mûrement réfléchi » (op. cit., pp. 131-132).

 

Il apparaît maintenant que ces avertissements n’ont servi à rien, car les choses ont continué dans le même esprit, et d’ailleurs, c’est surtout après cette date que se consolida et s’étendit cette position « anti-orientale » et bien moderniste dont nous parlions. Le développement des affaires occidentales a aggravé encore la position de l’Eglise; l’inquiétude des dangers prochains grandit. En principe, il lui était offert le secours d’une solidarité spirituelle avec tout ce qui est traditionnel dans le monde, avec l’Orient véritable, car la menace présente pèse sur tout ce qui reste attaché aux vérités saintes et à un ordre normal, bien qu’elle pèse plus particulièrement sur ce qui subsiste encore de la forme traditionnelle de l’Occident. L’Eglise aurait pu avoir entre elle et l’Orient le trait d’union de cette élite intellectuelle propre dont elle aurait dû favoriser la formation si ses dirigeants avaient bien compris quel était le vrai intérêt de l’Eglise. Elle n’a, entre elle et l’Orient, que ce barrage d’incompréhension et d’hostilité tantôt ouverte tantôt dissimulée, que constitue cette position anti-orientale qui l’isole avec ses propres dangers, et qui est l’oeuvre d’une sorte de « contre-élite ». Elle aurait disposé, pour se faire comprendre, du langage approprié d’un intermédiaire intellectuel consacré, dans lequel les véritables élites traditionnelles et les forces spirituelles seraient reconnues sans contradiction et se seraient conciliées sans abdication, car l’enseignement exprimé par René Guénon est en même temps une lumière intellectuelle et une force coordinatrice.

 

Elle n’a maintenant que des interprètes ignorants et incertains, dans la parole desquels les véritables Orientaux n’auront aucune confiance et qui ne sauraient exprimer aucune vérité reconnaissable ; de toutes façons, ceux-là n’atteindront jamais les véritables représentants de l’Orient traditionnel qui resteront hors de leurs démarches ; de tels interprètes s’entendraient plus facilement avec ceux qui leur ressemblent dans le monde oriental actuel, c’est-à-dire avec les Orientaux occidentalisés et modernistes qui sont, contre leur propre civilisation, des alliés de l’Occident moderne ; mais ces derniers n’auront aucune qualité pour intervenir dans l’ordre profond des choses qui nous intéresse ici, car ils seront eux-mêmes exclus de tout rôle représentatif, même pas dans l’ordre le plus extérieur, quand s’effectuera le rétablissement des civilisations orientales elles-mêmes sur leurs propres bases traditionnelles. Et lorsqu’on s’apercevra ainsi de l’inanité de la politique suivie jusque-là, il sera peut-être trop tard pour « en venir à ce par quoi on aurait dû normalement commencer, c’est-à-dire à envisager l’accord sur les principes ». Cet accord-là pourrait se faire du coté de l’Occident par une élite qui aura été obligée de se constituer en dehors du cadre de l’Eglise.

 

(Michel Vâlsan, La fonction de René Guenon et le sort de l'Occident, Revue Etudes Traditionnelles, Juil., Août, Sept., Oct, Nov. 1951; n° 293-294-295, p. 213)

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