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Publié par Abdoullatif

Michel Vâlsan IILA SCIENCE PROPRE A JÉSUS (1)

(al-‘Ilm al-‘îsawî)

(Futûhât, chap.20) (2)

 

D’où vient-elle et jusqu’où va-t-elle ? Quelle est sa modalité ? Concerne-t-elle la « hauteur » du monde ou sa « largeur », ou encore les deux à la fois ?

 

Vers :

La science d’Aïssâ (Jésus) est celle dont les créatures ignorent la valeur.

Par cette science il redonnait vie à un être dont la terre était la tombe.

L’Insufflation (Nafkh) (par laquelle il vivifiait) équivalait à l’autorisation (Idhn) de celui qui y réside caché, et à Son commandement créateur (Amr) (3).

En vérité, son Lâhût (Nature divine) qui, dans l’invisible, était son « beau-père » (sihr),

Est un Esprit qui a pris forme sensible (Rûh mumaththal) et dont Allâh manifesta le « secret » (4).

Quand à lui (Jésus), il est sorti d’un mystère de la Dignité divine, mystère dont Allâh avait caché la pleine lumière,

Et devint créature après avoir été un pur Esprit (Rûh) et Allâh l’illumina (de Sainteté).

En lui parvint Son Commandement (Amr) et Il le gratifia et lui donna la joie.

A qui est comme lui (Aïssâ) Allâh rendra immense la récompense.

 

(1) [Publié dans la revue Études Traditionnelles, mars-avril, et mai-juin 1971]

(2) Cette traduction est une pièce documentaire à l’appui de l’article précédent [« références islamiques du Symbolisme de la Croix »]. Elle est faite sur les deux éditions égyptiennes suivantes : Bûlâq, 1293 H. et Dâru-l-Kutubi-l-Arabiyyati-l-kubrâ, 1329 H. (Celle-ci souvent fautive pour ce chapitre comme en général).

(3) Le Nafkh est le pouvoir d’ « Insufflation » par lequel Jésus ressuscitait les morts et aussi vivifiait les oiseaux d’argile faits par lui ; l’Idhn est l’ « Autorisation » divine de faire ces choses ainsi que d’autres miracles (cf. Coran 3, 49 et 5, 11) ; l’Amr est le Commandement existenciateur ou le Verbe Kun = « Sois ! » avec lequel Jésus-Christ s’identifiait (cf. Coran 3, 45-47).

(4) Allusion à la question des « deux natures » (Lâhût et Nâsût) du Christ, mais celles-ci entendues dans une perspective islamique. Le Lâhût selon Ibn ‘Arabî est la vie infusée par un pur Esprit (Rûh) (cf. Fusûs al-Hikâm, chap.15), et son corrélatif, le Nâsût, est une forme individuelle offerte par Marie et animée par le Lâhût. Le Christ dans sa nature essentielle, qui est celle du Verbe divin (Kalimah ilâhiyyah ou encore Qawl al-Haqq), dépasse cette dualité ; c’est pourquoi le Lâhût qui, d’après la définition donnée, s’identifie extérieurement avec Gabriel, l’Esprit envoyé à Marie « sous la forme sensible d’un homme bien fait » (fa-tamaththala lahâ basharan sawiyyan, Coran 19, 17) est qualifié ici assez étrangement de « beau-père » ; en tout cas exécuteur à ce sujet d’un mandat divin, Gabriel ne serait donc pas le père véritable du Christ, mais seulement la partie Lâhût.

 

Sache – et qu’Allâh te confirme par Son aide – que la science aïssawie (propre à Jésus) est la science des Lettres (‘ilm al-Hurûf). C’est pour cette raison qu’Aïssâ avait reçu le pouvoir d’insufflation de la vie (an-nafkh) qui consiste en cet « air » (hawâ’) qui sort du fond du cœur et qui est esprit de vie (rûh al-hayât). Lorsque le souffle dans son trajet expiratoire vers la bouche du corps, fait des arrêts, on appelle les endroits de ces arrêts « lettres » (hurûf, sing. harf) et là sont manifestées les entités propres aux lettres. Quand celles-ci sont mises en composition paraît la vie sensible dans les idées (al-ma’ânî), et cela constitue la première chose qui de la Dignité divine (al-Hadrah al-ilâhiyyah) fut manifestée pour le monde.

 

Les entités essentielles (des choses) (a’yân) dans leur état inexistentiel (‘adam) ne sont pourvues – en fait de rapports existentiels (nisab) – de rien d’autre que de l’ouïe (as-sam’) ; ces entités étaient ainsi en elles-mêmes, dans leur état inexistentiel prédisposées à recevoir le Commandement divin existentiateur, lorsque celui-ci devait leur rapporter l’existence. Quand donc Dieu leur dit : « Sois (Kun) ! », elles se constituèrent existantes quant à leurs entités. Ainsi la Parole divine (al-Kalâm al-ilâhî) fût la première chose qu’elles ont perçue de la part de Dieu – qu’Il soit exalté ! – entendant par cela un mode de langage attribuable à la Dignité divine : qu’elle soit glorifiée ! La première parole qui fut composée est kun = « sois ! » qui est constituée d’une racine de trois lettres : kâf, wâw et nûn (5) ; chacun des noms de ces lettres étant lui-même trilittère, apparût ainsi le nombre 9 dont la racine (carrée) est 3, premier nombre impair – fard (6). Or, du fait du 9, toutes les entités numérales procédèrent elles-mêmes verbe kun, et il y eut ainsi une double manifestation : celle des choses nombrées et celle du nombre. De là, vient aussi que les prémisses d’un syllogisme sont constituées avec trois termes – même si apparemment il y en a quatre, car, l’un des termes se répétant dans les deux prémisses, il n’y en a en réalité que trois. C’est de l’impair – fard – que fut existencié l’univers et non de l’un (al-wâhid).

 

Allâh nous a instruit que la cause de la vie dans les formes (suwar, sing. sûra) des êtres engendrés n’est que l’insufflation divine (an-nafkh al-ilâhî) en disant (au sujet d’Adam) : « Et lorsque Je l’aurais formé parfaitement et lui aurait insufflé de Mon Esprit, (les Anges) tombrent devant lui en prosternation » (7). L’Esprit dont il est parlé dans ce texte est le Souffle (an-Nafas) par lequel Allâh vivifie la Foi et qu’Il manifesta. L’Envoyé d’Allâh –qu’Allâh lui accorde la grâce et la paix ! – a employé ce terme en disant : « Le Souffle du Tout-Miséricordieux (Nafas ar-Rahmân) me vient du côté du Yémen » (8). Et par ce souffle de miséricorde fut ravivée dans les cœurs des croyants la « forme » (sûra) de la foi ainsi que la « forme » des règles établies par la Loi.

 

Aïssâ reçut la science du Souffle divin qui entre dans cette insufflation et la relation d’origine (nisba) respective (9) il soufflait donc dans la forme qui se trouvait dans un tombeau ou dans la « forme » de l’oiseau qu’il avait faite lui-même de boue, et l’être correspondant à la « forme » en cause se dressait vivant par l’Autorisation divine (al-Idhn al-ilâhî) qui entrait dans cet insufflation et dans cet air. N’était la propagation (sarayân) de l’Autorisation divine dans l’insufflation il n’en serait jamais résulté la vie dans une « forme » quelle qu’elle fût.

 

C’est du Souffle du Tout-Miséricordieux  que provient la science aïssawie à Aïssâ, et il revivifiait les morts par son acte d’insufflation – sur lui le salut ! – et le souffle s’arrêtait dans les formes dans lesquelles il était introduit : c’est ce qui constitue d’ailleurs le lot que tout être existant détient d’Allâh. C’est par ce même lot que l’être parvient à Allâh quand « toutes les choses arrivent chez Lui ».

 

(5) Plus exactement dans l’écriture arabe le kun, qui est l’impératif de la deuxième personne du singulier masculin du verbe kâna-yakûnu n’a que deux lettres visibles kâf et nûn ; le wâw intermédiaire qui appartient effectivement à la racine trilittère de ce verbe « concave », est disparu du fait de la « contigüité de deux lettres quiescentes », le wâw et le nûn.

(6) Les nombres afrâd (sing. fard) sont les impairs à partir du 3 ; à part cela, le nombre 1 est impair (witr) ; telle est du moins l’emploi des termes chez Ibn ‘Arabî (cf. Futûhât, chap.30-31 ; idem, Kitâb al-Alif).

(7) Coran 15, 29 et 38, 72.

(8) Ces paroles concernaient les Ansâr, « aides » du Prophète, dont l’apparition était pressentie par lui de cette façon comme une annonciation heureuse.

(9) Allusion au fait que Aïssâ, qui est appelé dans le verset « un Esprit de Dieu » (Rûhun min-Hu) (Cor.4.131), est à Allâh dans le même rapport que l’« Esprit de Dieu » insufflé par Allâh à Adam ; de plus, il a la même vertu, celle de donner la vie, ce qui est toujours exprimé comme venant de l’Autorisation divine.

 

Lorsque l’homme par exemple, se libère pendant son ascension spirituelle (mi’râj) vers son Seigneur, et que tout monde qu’il aborde dans son parcours (à travers les plans superposés de l’être) lui prend au passage ce qui est apparenté à tel monde, il ne lui reste finalement que ce seul « secret » (sirr) qu’il tient d’Allâh, seule chose par laquelle il puisse le voir Lui et entendre Sa parole, car Allâh est trop sublime et saint pour être saisi si ce n’est par Lui (10). Et lorsque l’être revient de ce degré contemplatif (mashhad) sa forme qui avait été décomposée pendant son exaltation (‘urûj) se reconstitue, l’univers (à tout degré) lui restituant ce qu’il lui avait retenu comme partie apparentée (au plan d’existence correspondant) chaque monde ne dépassant aucunement les limites de son genre. Le tout donc se réunit autour de ce « secret divin » et se reforme intégralement en lui. C’est par ce « secret » d’ailleurs que la « forme » de l’être chante les louanges de son Seigneur, un autre que lui ne sachant jamais en faire la véritable louange ;  si la « forme » en faisait la louange de sa propre part et non pas de la part de ce secret, n’apparaîtraient plus la faveur divine (al-fadl al-ilâhî), ni la grâce (al-imtinân) à l’égard de cette forme même ; or il est fermement établi que la grâce existe à l’égard de toutes les créatures, et cela veut que ce qu’Allâh reçoit comme magnification et éloge de la part de la créature, provient de ce « secret divin » ; c’est Dieu qui Se louange et Se glorifie Lui-même, et le Bien divin qui revient à la « forme », lors de ses actions de louange et de glorification, cette « forme » la reçoit à titre de grâce et non pas de titre de droit d’une créature sur Allâh : quand Allâh admet qu’un être créé ait un droit sur Lui, Il le fait en Se l’imposant Lui-même.

 

Les « paroles » (kalimât) proviennent des « lettres » (hurûf) et les lettres proviennent de l’air (al-hawâ’) et l’air provient du Souffle rahmanien. Par les Noms (al-Asmâ’) apparaissent les effets dans les êtres créés et c’est là qu’aboutit la science aïssawie.

D’autre part l’homme, par la vertu des paroles (venues donc du Tout-Miséricordieux), fait ainsi que la Dignité rahmanienne lui accorde de Son Souffle ce par quoi se dressera la « vie » des choses demandées au moyen de ces paroles : ainsi l’ordre des choses est continuellement circulaire (puisque les paroles venues du souffle de grâce retournent à leur source pour ramener encore de la grâce).

Sache que la vie qu’ont les esprits leur appartient de par leur essence même, c’est pourquoi du reste tout être vivant est vivant par son esprit. Le Samaritain (du peuple de Moïse) savait une telle chose ; lorsqu’il aperçut l’Ange Gabriel, comme il savait que l’esprit de l’ange constituait tout son être et que la vie qu’il avait lui appartenait de par son être même, sachant aussi que tout endroit foulé par lui, du fait de sa condition de « représentation sensible » (tamthîl) (11), devenait « vivant » par le vertu du contact avec cette forme sensible (as-sûrah al-mumaththalah), il prit des traces de l’ange une « poignée » de poussière selon ce qu’Allâh a informé en rapportant les paroles du Samaritain : « Et j’ai pris une poignée des traces de l’Envoyé (céleste) » (12). Quand le veau fut constitué et formé, le Samaritain projeta sur lui de cette poignée et le Veau (animé) mugit.

 

Aïssa – sur lui le salut ! – étant « Esprit » (Rûh) comme Il l’a nommé (13) – et Allâh le constitua Esprit dans la forme stable d’un être humain, comme il constitua d’autre part Gabriel dans la forme passagère d’un Bédouin – ressuscitait les morts par la simple insufflation. Ensuite, Allâh l’ayant confirmé par l’Esprit de Sainteté (Rûh al-Quds), il fut ainsi Esprit confirmé par un Esprit qui était pur de la souillure propre aux êtres cosmiques. Le principe de tout cela est l’Etre Vivant de toute Eternité (al-Hayy al-Azalî) qui est identique à la vie sans fin ; la distinction entre éternité sans commencement (azal) et éternité sans fin (abad) n’est introduite que par l’existence du monde et son caractère adventice.

 

Cette science est celle qui se rattache à la « hauteur » (tûl) et à la « largeur » (‘ard) du monde, entendant par cela, d’une part le monde spirituel (al-‘âlam ar-rûhânî) qui est celui des Idées pures (al-Ma’ânî) et du Commandement divin (al-Amr), d’autre part le monde créé (‘âlam al-khalq) de la nature grossière (at-tabî’a) et des corps (ajsâm), le tout étant à Allâh : « La Création et Commandement ne sont-ils pas à Lui ? » (14). « Dis : l’Esprit fait partie du Commandement de mon Seigneur ! » (15). « Béni soit Allâh le Seigneur des Mondes ! » (16).

 

Ceci était la Science d’al-Hussayn Ibn Mansoûr Al-Hallâj – qu’Allâh lui fasse miséricorde ! – Quand tu entendras quelqu’un des gens de notre Voie traiter des lettres (Hurûf) et dire que telle « lettre »  a tant de brasses ou d’empans en « hauteur » et tant en « largeur », comme l’ont fait Al-Hallâj et d’autres, sache que par « hauteur » il veut dire sa vertu opérative (fi’l) dans le monde des esprits, et par « largeur » il veut dire sa vertu opérative (fi’l) dans le monde des corps : la mesure mentionnée alors en est la caractéristique distinctive. Cette terminologie technique a été instituée par Al-Hallâj.

 

Ceux d’entre les Réalisés Certificateurs (al-Muhaqqiqûn) qui connaissent la réalité du Kun possèdent la Science de Jésus (al-‘ilm al-‘îssawî) (17) et ceux qui existencient par la vertu de leur énergie spirituelle (himmah) quelque être (kâ’inât) ne le font qu’en vertu de cette Science (18).

 

(10) On aperçoit ainsi que cette notion du Sirr universel, qui est la Réalité essentielle et secrète de tout  être vivant, on a en Tasawwuf un terme strictement arabe et mohammadien pour désigner la même chose qu’Atmâ, le Soi du Vêdânta : il est même remarquable que ce Sirr divin provient du Nafas rahmanien ce qui assimile encore sa position à celle de l’Atmâ dont le nom vient d’une racine exprimant elle-même l’idée de « souffle ».

(11) Cf. éd. Blq. ; dans éd. Dâr-Kut, manquent les mots fî tamthîli-hi.

(12) Coran 20, 96.

(13) Cf. le verset, déjà indiqué, Coran 4, 181.

(14) Coran, 7, 54.

(15) Coran, 17, 85.

(16) Coran, 7, 54.

(17) Cf. éd. Blq. ; dans éd. Dâr-Kut, on a ici al-‘ilm al-‘alawî = « la science supérieure ».

(18) Cf. éd. Blq. où les derniers mots sont fa-mâ huwa illâ min hâdhâ al-‘ilm ; dans éd. Dâr-Kut le mot illâ manque et le sens est opposé : « ils ne le font pas en vertu de cette science ».

 

*

*   *

 

Le 9 étant apparu avec la réalité de ces trois lettres (du Kun) apparurent aussi parmi les choses nombrées les 9 Cieux, et par les mouvements de l’ensemble des 9 Cieux et le cours des planètes fut engendré le Bas-Monde (ad-Dunyâ) avec ce qu’il contient, de même que, par leurs mouvements, ce monde avec ce qu’il contient sera détruit.

Par le mouvement de la sphère la plus haute parmi les 9 fut existencié le Paradis avec ce qu’il comporte. Tout comme lors du mouvement de cette sphère la plus haute est produit ce qu’il y a dans le Paradis, par le mouvement de la deuxième sphère qui succède à la plus haute, est produit le Feu avec ce qui s’y trouve, ainsi que la Résurrection, la Sortie de la tombe, le Rassemblement et le Déploiement. En raison de ce que nous avons mentionné, le Bas-Monde est mélangé : du délice mélangé avec du châtiment. En raison de ce que nous avons mentionné respectivement, le Paradis est tout entier délice, et le Feu tout entier châtiment. Le mélange de composition actuel cessera pour les êtres (allant de ce monde à la vie future), car la condition de la vie future n’admet pas la complexion qu’ont les êtres ici-bas : c’est la grande différence entre la vie de ce Bas-Monde et la Vie future, sauf que, concernant la constitution naturelle (nash’ah) des gens du Feu, – lorsque la Colère divine est finie, sa limite ayant été atteinte en ce qui les concerne, et que cette colère est suivie de la Miséricorde, laquelle l’avait déjà précédée dans la durée (19) – l’autorité de la Miséricorde s’imposera à nouveau à leur égard, sa forme (sûra) étant restée la même sans changement. – D’ailleurs, si la forme de la Miséricorde avait changé ils seraient soumis au châtiment. – Ainsi, ces êtres sont régis initialement, par permission d’Allâh et investiture de Sa part, par le mouvement de la deuxième sphère céleste, celle qui suit la plus haute, et qui produit à leur égard un châtiment destiné à tout réceptacle disposé au châtiment, – et si nous disons « à tout réceptacle disposé au châtiment », c’est parce qu’il y a parmi les habitants du Feu certains qui ne se trouvent pas là pour recevoir eux-mêmes le châtiment (20).

 

(19) Cf. le Hadîth « ma Miséricorde a précédé ma colère » (Inna Rahmatî sabaqat ghadabî). Une autre traduction de Sabaqat par l’emporte sur sera nécessaire plus loin.

(20) Notamment les gardiens de l’enfer et les préposés aux tortures.

 

Quand sera consommée la durée (du Feu) qui est de 45.000 années, elle aura été châtiment (effectif) pendant une telle durée pour ses gens (mais voici comment) : ceux-ci sont punis (tout d’abord) en elle d’un châtiment continuel, sans interruption pendant 23.000 années. Ensuite le Tout-Miséricordieux (ar-Rahmân) leur envoie un sommeil (nawmah) pendant lequel ils perdent toute sensibilité, ce qui correspond à la parole d’Allâh : « Il n’y vit pas ni ne meurt » (21), ainsi qu’à la parole de l’Envoyé d’Allâh – sur le salut ! – au sujet des gens du Feu, destinés au Feu : « Ils n’y meurent pas ni ne vivent » ce qui concerne l’état de ces êtres pendant les époques où ils perdent leur sensibilité. Cet état est analogue à celui des gens châtiés dans ce Bas-Monde qui s’évanouissent à cause de la violence de l’épouvante et de la force exceptionnelle de la douleur. Les gens du Feu restent dans cet état (de sommeil) pendant 19.000 années, ensuite ils se réveillent de leur évanouissement (ghayshyah) – or, Allâh ayant « remplacé leurs peaux par d’autres peaux » (22), ils sont punis alors en ces nouvelles peaux pendant 15.000 années ; ensuite ils tombent de nouveau en évanouissement et restent ainsi pendant 11.000 années ; puis ils se réveillent de nouveau alors qu’Allâh a remplacé encore « leurs peaux par d’autres afin qu’ils puissent goûter de nouveau le châtiment » (23), et de ce fait ils goûtent de nouveau le châtiment douloureux pendant 7.000 années ; ensuite ils retombent en évanouissement pendant 3.000 années ; ensuite ils se réveillent et Allâh leur accorde une délectation (ladhdhah) et un repos (râhah) analogues à ceux qu’éprouvent l’homme qui s’endort fatigué et qui se réveille (reposé) (24).

 

Ceci provient de « la miséricorde divine qui l’emporte sur Sa Colère » et qui « s’étend (wasi’at) à toute chose ». La Miséricorde exerce alors son pouvoir de perpétuation dérivant du nom divin Al-Wâsi’ : « Celui qui S’étend et contient vastement », par lequel Allâh « S’étend à toute chose l’enveloppant en (Sa) miséricorde et en (Sa) science » (25).

 

Alors les êtres ne sentent plus de douleur, et comme cet état se perpétue pour eux et qu’ils le trouvent agréable (26), ils disent : « Nous avons été oubliés et nous ne demandons rien, par peur de rappeler le souvenir de notre cas, alors qu’Allâh nous a dit : « Demeurez-y et ne me parlez-pas ! » (27) ». C’est ainsi qu’ils se taisent, et qu’ils s’y tiennent enveloppés dans un voile ; ils ne leur reste du châtiment que la peur d’un retour du châtiment ; c’est cette portion de châtiment qui est perpétuée sur eux, la peur, qui est un sentiment psychique non pas sensoriel, mais il peut arriver qu’ils oublient la peur elle-même à certains moments. Leur bonheur consiste dans la tranquillité du côté du châtiment sensoriel, et cela vient de ce que met Allâh, dans leurs cœurs, en tant qu’il possède une vaste miséricorde. En effet, Allâh dit : « Aujourd’hui Nous vous oublions comme vous avez oublié… » (28). C’est de ce fait là (29) qu’ils disent « nous avons été oubliés » (nusînâ) quand ils ne sentent plus les douleurs. A cela se rapportent encore les paroles divines : « Ils oublièrent Allâh et Il les a oubliés » (30) et : « de même aujourd’hui tu seras oublié » (31), c’est-à-dire « tu es abandonné dans la Géhenne », car le nisyân, « oubli », est l’ « abandon » : si (la racine employée dans tous les mots traduits ici par l’idée d’ « oubli » est considérée avoir comme troisième radicale) le hamzah (et non pas le ’), son sens est le « retardement ».

 

La part de bonheur qu’ont les gens du Feu est l’absence de châtiment, et leur part de châtiment est l’arrivée du châtiment lui-même, car ils n’ont aucune sécurité par voie de notification (32) du côté d’Allâh. Ils sont protégés cependant à certains moments, contre la peur de l’arrivée du châtiment. Ainsi une fois ils en sont protégés pendant 10.000 années, une autre fois pendant 2.000 années, ou encore pendant 6.000 années, mais ils ne sortent pas de ces limites, car il faut qu’ils y passent un tel temps déterminé.

 

Enfin quand Allâh veut leur accorder une faveur de son nom Ar-Rahmân, ils considèrent l’état dans lequel ils se trouvent alors et leur sortie du châtiment en lequel ils avaient été plongés, et ils sont favorisés tant que dure ce regard ; or cela peut durer une fois 1.000 années, une autre fois 9.000 années, une autre fois 5.000 années, cela peut être encore davantage ou moins.

Telle est la situation de ces êtres dans la Géhenne, y restant continuellement, car ils en sont les habitants attitrés.

Ce que nous venons de mentionner dans ce chapitre provient de la science aïssawie héritée du Maqâm Muhammadien.

Et Allâh dit la vérité, et Il guide sur la Voie.

 

(21) Coran 20, 74 et 87, 13.

(22) Cf. Coran 4, 56.

(23) Ibid.

(24) Voici en tableau les séries de ces états alternants :

                       Châtiment             Sommeil ou Evanouissement

23.000                    ……

………..                19.000

15.000                 ………..

………..                  11.000

7.000              ………….

………..                    3.000

45.000                  33.000

 

Une coïncidence à signaler : la durée totale de deux phases alternantes « châtiment » et « sommeil » 45.000 + 33.000 = 78.000 années est égale à celle du Cycle Temporel (Dawrah az-Zamân) qui, d’après Ibn ‘Arabî, dans Futûhât, chap.12, a précédé la manifestation du « corps de Mohammad », et pendant laquelle la réalité du Prophète restait invisible extérieurement.

(25) Coran 40, 7.

(26) Cf. éd. Blq. : yasta’dhibûna-hu ; dans éd. Dâr-Kut, on a yastaghnimûna-hu : « ils cherchent à le mettre à leur profit », sens qui est moins bien venu.

(27) Coran 23, 108.

(28) Coran 40, 34.

(29) Cf. éd. Blq. : haythîyyah ; dans éd. Dâr-Kut. : haqîqah.

(30) Coran 9, 67.

(31) Coran 20, 126.

(32) Cf. éd. Blq. : al-akhbâr ; dans éd. Dâr-Kut. : al-aghbâr ( ?).

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