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Publié par Abdoullatif

michel-valsan 1CHAPITRE SUR L’UNITE OU L’IDENTITE

(Bâb fî-t-Tawhîd) (1)

 

L’un des gens inspirés a dit : « Il (Allâh) n’a pas de langue (lisân), car il n’y a pas d’interlocuteur. »

Un autre d’entre eux a dit : « Il (Allâh) n’a pas de langue distincte mais toutes les langues sont Sa langue. Et Son propos va et vient de Lui-même à Lui-même. Il en est de même de Son regard (nazar), de Son Ouïe (sam’), de Sa Science (‘ilm). »

Un autre a dit : « La Puissance créatrice (al-Qudra) et le Vouloir (al-Irâda) s’opposent au Tawhîd (au sens de l’Unicité) car le Tawhîd signifie qu’il n’y a pas d’ « autre », et Allâh ne saurait être Lui-même déterminé (par la Puissance créatrice) (maqdûr) ni l’objet du Vouloir (murâd). Ainsi la notion d’Unicité de l’Existence (Tawhîdu-l-Wujûd) est fausse mais l’Unicité d’Acte (Tawhîdu-l-Fi’l, attribut propre de la Divinité) reste bien établie (2).»

Un autre a dit : « Si le Tawhîd a quelqu’un qui l’affirme (ou l’établisse) c’est du shirk (« pluralisme principiel ») et s’il n’a pas quelqu’un qui l’affirme (ou l’établisse) ce n’est plus un maqâm (station spirituel à acquérir). »

Un autre a dit : « Celui qui l’a reconnu (ou réalisé) comme Un, par Lui, ne L’a pas reconnu (ou réalisé) soi-même, et celui qui L’a reconnu (ou réalisé) par soi-même (bi-nafsi-hi) n’a fait que reconnaître (ou réaliser) l’unité de sa propre âme (fa-innamâ wahhada nafsa-hu) » (3)

Un autre a dit : « Le Tawhîd c’est Moi (anâ) et le Parlant (qui l’affirme) c’est Dieu (al-Haqq). »

Un autre a dit : « Le Tawhîd est la négation du Tawhîd et du Tashrîk (son opposé), et reste Lui seul (4) tel qu’il Lui faut que ce soit. »

Un autre a dit : « Si tu considères le monde comme unique (wâhid) le Tawhîd te convient, mais si tu le considères comme multiple le Tawhîd ne te convient plus. »

Un autre a dit : « Le Tawhîd est affirmation de l’être Unique et du statut de l’Unité (al-Ahadiyyah) avec extinction (fanâ) (5) de l’affirmateur, l’Unique S’affirmant Soi-même selon le statut de l’Unité de Soi (Ahadiyyatu nafsi-Hi). »

Un autre a dit : « Le Tawhîd c’est que tu disparaisses en Lui ou qu’Il disparaisse en toi. »

Un autre a dit : « Le Tawhîd est affirmation des conditions statutaires (révélées) (ahkâm) et négation des significations (compréhensibles) (ma’ânî) au sujet de l’Essence (adh-Dhât). »

Un autre a dit : « Le Tawhîd est la perplexité (al-hayrah) » (6).

Un autre a dit : « Le Tawhîd est « œil » (‘ayn), non pas « science » (‘ilm) : celui qui L’a vu connaît le Tawhîd ; celui que ne fait que le savoir n’a pas de Tawhîd. »

Un autre a dit : « Le Tawhîd est affirmation d’un Unique sans commencement. »

Un autre a dit : « Le Tawhîd est l’affirmation d’Un Unique sans association quant à la qualité (wasf) ou à l’attribut intrinsèque (na’t) ».

Un autre a dit : « Le Tawhîd est l’affirmation d’une « essence » (‘ayn) sans qualité (wasf) ni attribut intrinsèque (na’t). »

Un autre a dit : « Le Tawhîd est la Connaissance des Noms (divins) (ma’rifatu-l-Asmâ). »

Un autre a dit : « Le Tawhîd est la négation de l’acte (al-fi’l). »

Un autre a dit : « Ne connaît le Tawhîd que ce celui qui est unique (wâhîd). »

Un autre a dit : « Le Tawhîd, il n’est pas possible d’en parler, car on ne parle (7) qu’à un « autre » (8), or celui qui affirme l’existence d’un « autre » n’a pas de Tawhîd. »

Un autre a dit : « Le Tawhîd c’est Sa propagation en Lui-même par le statut qui Lui est propre. »

 

(1) Le mot tawhîd = « action d’unifier » (du verbe wahhada), est morphologiquement un masdar, à la fois verbe et nom (analogue à un infinitif en français pris au sens substantival). Dans l’emploi religieux, il a le sens spécial de « reconnaître ou professer l’Unité divine », et en tant que terme abstrait de la théologie, il désigne le « principe de l’Unité », le « dogme de l’Unité divine ». La métaphysique du Soufisme y ajoute le sens de « réalisation de l’Unité », avec des variantes comme : « connaissance de l’Unité », « conscience de l’Identité essentielle » etc ; il arrive même qu’il soit personnifié et identifié avec Allah. Cependant dans notre traduction la majuscule pour les pronoms personnels ne désigne formellement que Dieu.

(2) Théologiquement il est dit : « Il n’y a pas (en vérité) d’agent autre qu’Allah (lâ fâ’ila illâ-Llâh) ».

(3) L’éd. de Haid. porte ici fa-innamâ wahh’a-Hu nafsu-hu = « n’a fait que Le reconnaître (ou réaliser) lui-même ».

(4) L’éd. de Haid. et le ms. Bayazîd 3750 portent wa yabqâ Huwa, les 4 autres mss. que nous avons préférés ont wa yabqâ Huwa Huwa, ce qui rappelle le principe d’identité en logique : huwa-huwa.

(5) L’éd. de Haid. porte qadâ’ = « acquittement » et le ms Yahya Ef. 2415 binâ’ = « construction », formes qui ne conviennent pas au contexte.

(6) Cette formule manque dans l’éd. de Haiderabad.

(7) Lâ yu’abbaru. L’éd. de Haid. porte lâ yu’ayyanu = « on ne détermine pas ».

(8) Le ms. Yahya Ef. 2415 porte li-l-ayn au lieu de li-l-ghayr.

 

CHAPITRE SUR LA CONNAISSANCE

(Bâb fî-l-Ma’rifa)

 

L’un des gens inspirés a dit : « La Connaissance est de statut seigneurial (rabbâniyya). » (1)

Un autre d’entre eux a dit : « La Connaissance est de statut divin (ilâhiyya). » (2)

Un autre a dit : « La Connaissance est d’Esprit Saint (qudsiyya). » (3)

Un autre a dit : « La Connaissance, c’est de connaître sur quoi tu reposes, et d’être incapable de connaître sur quoi Il repose. »

Un autre a dit : « La Connaissance, c’est d’être incapable de te connaître par toi. »

Un autre a dit : « La Connaissance est la vision du Connu (al-Ma’rûf) (en se plaçant) du côté du Connu. » (4)

Un autre a dit : « La Connaissance est réunion (jam’iyya) entre toi et Lui. »

Un autre a dit : « La Connaissance est science de la limite entre toi et Lui, de sorte que tu reste toi et Lui Lui. »

Un autre a dit : « La Connaissance, c’est de regarder ce qui est autre-que-lui, de Lui et par Lui, ensuite de l’éteindre en Lui de sorte que reste Lui, et toi inséré en Lui. »

Un autre a dit : « La Connaissance, c’est la science du statut (al-hukm). » (5)

Un autre a dit : « La Connaissance fait partie des haleines parfumées (rawâ’ih) (6) de l’Identité Suprême (at-Tawhîd) (6), que connaissent les Compagnons des Souffles (Ashâbu-l-Anfâs). » (7)

Un autre a dit : « La Connaissance est  la domination de tout avec Son « Œil ». »

Un autre a dit : « La Connaissance appartient à celui sui réside sur le Trône. »

Un autre a dit : « Celui qui est Trône pour Dieu possède valablement la Connaissance et on l’appelle Connaissant (‘Ârif). »

Un autre a dit : « La Connaissance est une parole (khitâb) spéciale de la part de Dieu à Son serviteur, en vertu de laquelle celui-ci est appelé Connaissant. »

Un autre a dit : « La Connaissance est ce en quoi s’accordent Dieu et le serviteur et qui est praticable dans le monde. » (8)

Un autre a dit : « Poser des questions au sujet de la Connaissance est ignorance, car la Connaissance est répandue (9) dans tout l’univers : il n’y a partout que des connaissants, mais chacun à sa mesure. Ainsi d’une part : Où est  Allâh ? (demanda l’Envoyé d’Allâh à la négresse muette). Et celle-ci fit réponse (par un geste) : Au Ciel ! Aussi d’autre part (l’Envoyé d’Allâh dit) : Allâh était et rien avec Lui, et Il est maintenant Tel qu’Il était (10). Or l’un et l’autre sont des connaissants. »

Un autre a dit : « La Connaissance est le secret de l’Acte existenciateur (at-Takwîn). » (11)

Un autre a dit : « Celui qui a reçu le kun (= « sois ! ») a reçu la Connaissance. » (12)

Je dis à l’un des gens de cette catégorie : J’ai entendu qu’un des maîtres aurait déclaré : « L’ascète est celui qui a reçu le pouvoir du kun et qui, par comportement ascétique, s’abstient d’en faire usage. » Mon interlocuteur répondit : « Il prétendait cela (kadhâ za’ama) et la prétention (az-za’m) est vaine. » (13)

Un autre a dit : « La Connaissance est expérience théopathique (shath). »

Un autre a dit : « La Connaissance consiste à faire suivre le bien après le mal, tout en restant ferme quant au statut (des choses arrivées, considérées en elles-mêmes). »

 

(1) C’est-à-dire qui relève de l’autorité de Dieu en tant que « Seigneur » (Rabb). Cf. le hadîth : « Celui qui connaît son âme connaît son Seigneur. »

(2) C’est-à-dire qui relève de l’autorité de Dieu en tant que « Dieu » (Ilâh).

(3) C’est-à-dire qui relève de l’autorité de Dieu en tant que Très-Saint (Quddûs) et de l’Esprit Saint (Rûhu-l-Qudus) en tant que Son envoyé.

(4) Et non pas du côté du connaissant (al-‘ârif). - A moins que le mot al-ma’rûf qui est amphibologique ne soit à prendre ici une première fois au sens commun de « bienfait » ou du « Bien », ce qui reviendrait à : « La Connaissance, c’est de reconnaître que le bienfait de la Connaissance vient du Connu Lui-même. »

(5) Il s’agit du « statut » qui est propre à chaque chose : le statut de la Réalité divine, celui de ta réalité personnelle, etc.

(6) Sens appuyé sur une application spéciale de la racine dont est dérivé le mot Ma’rifa ; cf. ‘arf = « odeur », ‘arifa = « sentir le parfum », ‘arrafa = « parfumer ».

(7) Catégorie initiatique qui connaît les réalités par le moyen de la faculté olfactive. Cf. Futûhât, ch. 34.

(8) Sens qui réfère à une autre application de la racine ‘arafa : al-‘urf, c’est ce qui est connu, admis et pratiqué comme équitable, comme bien ; mot analogue donc à al-ma’rûf que nous avons relevé précédemment.

(9) Mabthûtha. L’éditeur de Haiderabad a raison de corriger mathbûta du manuscrit Asafia 376.

(10) Telle est la forme la plus courante du hadîth, mais Ibn ‘Arabî précise une fois que la deuxième partie de cette phrase est une simple adjonction de lettres faite par un souci de ne pas prendre la première partie dans un sens temporel, exclusivement au passé.

(11) Ce qui est exercé par le pouvoir du mot kun = « sois ! » (Cf. Cor. 2, 117 : « Quand Il veut une chose Il ne lui dit que : sois ! et elle est. »

(12) Initiatiquement, on peut recevoir le pouvoir opératif du kun.

(13) Cela veut peut-être dire que l’ascèse ne s’oppose pas à ce qu’on fasse usage du kun, mais pour un bien impersonnel qui apparaît comme nécessaire.

 

CHAPITRE SUR L’AMOUR

(Bâb fî-l-Hubb)

 

L’un des gens inspirés a dit : « L’Amour n’est pas valable (lâ yasihhu). » (1)

Un autre d’entre eux a dit : « Il n’y a qu’Amour. »

Un autre a dit : « L’Amour est attribut intrinsèque (na’t) et non qualité de relation (wasf). »

Un autre a dit : « L’Amour est un secret divin qui est conféré en toute « essence » selon ce qui convient à celle-ci. »

Un autre a dit : « Comment peut-on nier l’Amour alors qu’il n’y a dans l’existence que lui ? Sans l’Amour, l’existence ne serait pas parue (2). C’est de l’Amour que vient tout ce qui est paru et c’est par l’Amour que tout est paru. L’Amour est infusé dans l’Existence et c’est l’Amour qui lui imprime le transfert (yanqulu-hu). »

Un autre a dit : « La négation de l’Amour n’est pas valable, car c’est par l’Amour qu’agit le Moteur (al-Muharrik) (3) et est arrêté l’immobile. C’est par l’Amour que parle le parlant et que se tait le silencieux. »

Un autre a dit : « L’Amour est un Sultan auquel se conforme toute chose. » (4)

 

(1) Sous-entendu : pas valable sous le rapport de la Réalité essentielle qui exclut la dualité, la relation et l’inaccomplissement, alors que l’Amour n’est possible qu’en rapport avec l’absent (al-ghayb) ou avec ce qui n’est pas acte (al-ma’dûm) (Cf. Ibn ‘Arabî : Futûhât ch.178).

(2) Cf. le hadîth : « J’étais un Trésor caché, Je n’étais pas connu, Or j’aimais à être connu, Je fis donc une création et Je me suis rendu Connu aux créatures, et Celles-ci me connurent. »

(3) Le Moteur est une désignation péripathétique de Dieu qui se retrouve dans la scholastique chrétienne. Quant au rôle moteur cosmique de l’Amour, on se rappellera de L’Amor che muove il sole et l’astre stelle qui conclut la Divine Comédie.

(4) Puisque nous venons de citer Dante, on se rappellera aussi qu’une des formes sous laquelle apparaissait l’Amour chez les Fedeli d’Amore, auquel le poète appartenait, était celle d’un Roi (cf. René Guénon, Fidèles d’Amour et Cour d’Amour, Voile d’Isis, juillet 1933).

 

(Michel Vâlsan, Le Livre d'enseignement par les formules indicatives des gens inspirés, traduction présentation et annotation du Kitâbu-l-i’lâm bi-ishârati ahli-l-ilhâm d’Ibn ‘Arabî dans une série d’articles parus dans la revue des Etudes Traditionnelles, en 1967 : n° 400-401-404 et en 1968 : n°406-407-408, repris dans le recueil posthume du même titre).

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André Charpentier 04/03/2013 08:43

Un autre a dit : " Le Tawhîd est la perplexité (al-hayrah) "

Cette "perplexité", c'est celle qu'on ressent face au paradoxe universel. Réaction du mental humain, qui n'opère que par oppositions, et est donc
à demi aveugle en face de l'Unité du Créateur et de son reflet dans l'univers. Le Tahwid n'est accessible que si l'intuition intellectuelle vient dépasser les dualités cosmiques.
Voici deux citations à l'appui, la seconde faisant appel à un symbolisme transcendant. Et une conclusion qu'on espère appropriée.

1) La raison est un merveilleux instrument de pensée, à condition qu'on prenne dans la réalité les matériaux qu'elle met en œuvre.
Si elle travaille à vide, elle devient folle…
Seul un fou peut s'enfermer dans la prison claire et distincte d'une idée, car il n'a pas la riche complexité d'un être bien portant. Celui-ci se soucie de ce qui est vrai, non de ce qui est
logique, et quand il voit deux vérités qui semblent se contredire, il accepte les deux, et la contradiction en prime. Le monde a des lois : c'est la science (rationnelle). Mais l'unité de ces lois,
c'est le miracle.
G.K. Chesterton

2) LE DESTIN DE BERTRAND DE BORN

Ce n'est pas sans intention que Dante place ce personnage et son châtiment insoutenable au chant 28 de son Enfer, donc sous le Nombre même d'Athéna. (1)
Et tout le contexte est à l'avenant.

Il n'y est en effet question que des méfaits d'une rationalité débridée, et de la sanction imposée ici par la Vierge divine elle-même, en tant qu'Elle est aussi Némésis et "Porte de l'Enfer" (
Ianua Inferni ). (2)

Ce Bertrand nous apparaît donc parmi une série de trompeurs, faux-monnayeurs (3) et "semeurs de discorde", parmi lesquels le sophiste
Sinon.
L'un de ces réprouvés, s'accusant d'avoir pratiqué "les ruses et les chemins couverts" est aussitôt saisi par un démon qui lui lance ironiquement : "Mais peut-être ignores-tu que je suis logicien ?
".
Après quoi il est traîné devant le juge Minos ( figure du Mental cosmique, et qui, à ce titre, règne sur le Labyrinthe ).

Et voici en quel état Bertrand apparaît devant Dante, vision que le poète "aurait peur de raconter s'il n'en donnait la preuve ".

Car ce donneur de mauvais conseils s'avançait, tenant à bout de bras sa tête coupée, en guise de lanterne.
" Et Ils étaient deux en un , et un en deux …"

" Comment cela peut se faire - conclut le poète - seul le sait Celui qui en a décidé de la sorte ".

Mais Bertrand, tout damné qu'il est, le sait fort bien, lui aussi :

"J'ai rendu le père et le fils ennemis l'un de l'autre (…). (1)
Et c'est parce que j'ai séparé ces deux être si étroitement unis que je porte mon cerveau séparé, hélas, de son principe qui est en ce tronc.
Ainsi s'observe en moi la loi du talion ". ( v. 136- 142 )

Cette fin du chant décrit donc en toutes lettres le sort qui attend la raison (la tête) si on la sépare de son Principe, la Lumière Intellectuelle du Coeur, située en effet "dans le tronc".
Elle n'est plus dès lors qu'un méchant lumignon, bien incapable de guider nos pas.

Ce terme de tronc évoque d'ailleurs aussi celui de l' Arbre polaire dont nos logiciens aveugles coupent la branche maîtresse, celle-là même sur laquelle ils sont assis…Et talion n'est qu'un autre
nom de l'inexorable Némesis.

(1) Nombre "parfait", qui mesure notamment les jours du mois lunaire.
(2) Celle-là même que Villon, au nom de sa mère, implore sous le titre d' Emperière des infernaux palus .
(3 Allusion évidente à Philippe IV, grand falsificateur et au procès inique qu'il intenta aux Templiers. La trahison de Sinon ( "oui-non" : "la langue fourchue" ) est pourtant, elle aussi, comme
celle d'Ulysse ( protégé d'Athéna), une Felix culpa. Voir D.C. Inf.erno , XXVI, 59… : "le stratagème du cheval qui causa la brèche d'où sortit la noble semence des Romains.".
Du reste, c'est avant tout la Fortune qui, " en tournant, abaissa l'arrogance (Hybris ) des Troyens , qui se croyaient tout permis ". ( XXX, 13-14 )









"Seul un fou peut s'enfermer dans la prison claire et distincte d'une idée."
Voici cette vérité exprimée en termes cosmologiques

EN CONCLUSION : UN APOLOGUE

L'ŒIL QUI VOULAIT SE VOIR LUI-MEME

A supposer que cet organe puisse avoir jamais une telle prétention, il commettrait une erreur identique à celle de nos astro-physiciens quand ils croient - ou feignent de croire - qu'on peut
expliquer, en l'observant de l'intérieur, l'origine d'un univers dans lequel on est enfermé par définition.
Voilà une erreur que les mathématiciens ne commettent pas.
D'une part, les algébristes tiennent pour évident qu'on ne peut atteindre la limite d'une fonction dans le cours même de cette fonction.
On ne peut en sortir que par une intégration, qui en change la définition même.
Quant aux géomètres, ils ont reconnu, depuis Euclide et Archimède, qu'on ne pouvait sortir du développement exponentiel d'une surface ou d'un volume (comme la sphère) sans un passage à la limite
qui changeait du tout au tout la définition de cette surface, dont on n'avait jusque là qu'approché le terme.
C'est ainsi que le cercle ne peut pas être considéré comme un polygone dont on aurait fait croître indéfiniment le nombre des côtés.
Sa définition diffère en effet essentiellement de celle de
n'importe quel polygone, qui se caractérise par un nombre n de côtés.
De même, la sphère, pour être isotrope, a dû dépasser la limite des polyèdres, avec leurs "faces multiples" (du grec hédra : face ) (1)

En outre, le cercle ou la sphère, lorsqu'on dépasse la limite de leur croissance, deviennent respectivement une droite ( la "droite du cercle") et un plan, dont on s'approche à mesure que diminue
la courbure de la circonférence. (Etc.)


(1) Symboliquement, la Tradition présente l'octaèdre comme un "juste milieu" entre le cube et la sphère, en lui attribuant une fonction médiatrice entre ces images de la Terre et du Ciel. C'est
pourquoi l'octogone et l'octaèdre sont des figures du monde subtil, ou "intermédiaire", et de la Quintessence alchimique.
La sphère elle-même est un modèle de justice, puisque chaque point de sa surface est également éloignée du centre.

Soit dit en passant, on peut déduire de là ce que deviendra notre univers, sphérique et en expansion, lorsqu'il atteindra, tôt ou tard, la limite de sa croissance.
Alors, comme dit Pétrarque, "le temps disparaîtra, et l'espace sera changé".

Et il ne peut en être autrement, vu que les conditions de notre existence auront disparu.