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Publié par Abdoullatif

Michel Valsan mareAllahumma, répands la faveur de Tes Prières et étends la protection de Tes Salutations sur la Première Détermination émergeant des Ténèbres seigneuriales (1) et sur la Dernière Descente (2) projetée vers le genre humain ;

Sur l'Emigré de la Mekke d’« Allah était, et rien avec Lui » vers la Médine d’« Il est aujourd’hui tel qu’Il était » (3) ;

 

(1) Les Ténèbres seigneuriales désignent l’indistinction des potentialités dans la Substance universelle.

(2) Le Prophète est considéré ici sous la perspective de l’avatâra.

(3) Les deux passages entre parenthèses sont des formules métaphysiques souvent citées par Ibn ‘Arabî (cf. Risâlah al-Ahadiyyah).

On remarquera que l’interprétation métaphysique du symbolisme de la fuite du Prophète de la Mekke à Médine est celle du passage de l’Unité à l’Unicité.

 

Sur celui qui inscrit dans son être les domaines des cinq excellences divines (4) : « Et toute chose Nous l’avons inscrite dans un Prototype manifeste » (5), et sur celui qui, de sa générosité et de sa magnificence fait miséricorde à ceux qui réclament les choses à eux prédestinées dans les cinq Excellences : « Et Nous ne t’avons envoyé que comme Miséricorde pour les mondes » (6) ; Sur le point de la Basmalah (7) qui renferme ce qui sera et ce qui a été, et sur le vocable du Décret qui tourne sur les circonférences des mondes (8) ;

 

(4) Ce sont : 1) L’Excellence du Mystère Absolu (Hadrah al-Ghayb al-Mutlaq), c’est-à-dire le Non-manifesté principiel dont le domaine est celui des Essences Immuables (al-A’yân ath-Thâbitah) ; 2) L’Excellence de l’Intelligible (al-Hadrah al-‘Ilmiyyah), c’est-à-dire l’ensemble des potentialités naturelles, qui est en rapport de polarité avec 3) L’Excellence du Témoignage Complet (Hadrah ash-Shahâdah al-Mutlaqah), c’est-à-dire la manifestation grossière, dont le domaine est appelé le Monde du Royaume (‘Âlam al-Mulk). 4) L’Excellence du Mystère Conditionné (Hadrah al-Ghayb al-Mudâfî), qui se subdivise en deux régions : a) l’une, voisine du Mystère Absolu, qui est le domaine des Esprits jabarûtiens et malakûtiens, c’est-à-dire des intelligences et des âmes pures, ou autrement dit le Domaine de la manifestation informelle, et l’autre – b), voisine du Témoignage Complet qui est le Domaine des Modèles (‘Âlam al-Mithâl) appelé aussi le Monde de la Royauté (‘Âlam al-Malakût), autrement dit le domaine de la manifestation subtile ; enfin, 5) L’Excellence Totale (al-Hadrah al-Jâmi’ah) qui englobe les quatre précédentes et dont le domaine est celui de l’Homme Universel qui totalise tous les degrés et toutes les modalités de l’être.

(5) Coran, 36, 12.

(6) Coran, 21, 107.

(7) C’est le point diacritique du bâ’ qui commence premier verset de la Fâtihah et donc du Livre lui-même, et qui contient en potentialité toutes les autres lettres, à l’exception de la lettre alif qui est à l’origine du bâ’ lui-même.

Le symbolisme du point sous le bâ’ a été employé par certains grands initiés pour exprimer la perfection de leur réalisation spirituelle. La parole connue de sayyidnâ ‘Alî : « Je suis le point sous le bâ’ [anâ an-nuqtah tahta-l-bâ’]» traduit l’état de l’Homme Universel.

(8) Ce [vocable n’est rien d’autre que l’expression,] sous un aspect distinctif et dynamique [, du point sous le bâ’]. On remarquera en même temps que ce point est lui-même la projection de la pointe supérieure de l’alif dont le trait vertical représente l’axe suivant lequel se manifeste le Décret divin. L’élément circulaire de la forme du bâ’ représente les « circonférences » des mondes, qui, en tant que non séparées les unes des autres, forment ensemble une spirale sur laquelle tourne le [vocable] du Décret.

[Ce qui est entre crochets dans cette note ci-dessus, a été rajouté par Charles-André Gilis lors de la parution posthume de l’article dans les Editions Traditionnelles]

 

Sur le Secret de l'Ipséité qui s’infuse en toute chose et qui de toute chose est détaché et isolé ;

Sur le Gardien qu’Allah a préposé aux trésors de Ses faveurs, sur leur Dépositaire ; sur leur Répartiteur d’après les aptitudes, sur leur Distributeur ;

Sur la Parole du Nom Suprême (9), et sur la Fâtihah du Trésor Inviolable (10) ;

Sur la manifestation la plus parfaite qui réunit la Servitude et la Seigneurie, et sur la créature la plus universelle qui renferme les Possibilités et les Nécessités (11) ;

Sur le Rocher le plus élevé que les manifestations des Déterminations n’ébranlent pas de la station de la Stabilité, et sur la Mer la plus immense que les cadavres des insouciances ne troublent point dans la limpidité de sa Certitude (12) ;

Sur la Plume de lumière qui porte l'encre des Lettres Sublimes, et sur le Souffle rahmânien qui s’infuse dans la matière des Paroles Parfaites (13) ;

Sur l’Effluve Sanctissime de l’Essence par lequel sont déterminées les substances primordiales avec leurs qualifications, et sur l’Effluve Sacré des Attributs par lequel sont produits les êtres avec leurs nécessités (14) ;

Sur le Lever du Soleil de l'Essence dans le Ciel des Noms et des Attributs, et sur la Source de la Lumière des générosités dans les parterres de la Parenté et des Adoptions (15) ;

 

(9) La Forme muhammadienne (as-Sûrah al-muhammadiyyah) constitue le Nom Suprême d’Allâh.

(10) La Fâtihah « celle qui ouvre » le Coran est un des symboles du Prophète. Le nom de Trésor se rapporte au hadith qudsî. « J’étais un Trésor caché ; Je n’étais point connu. Or J’aimai à être connu ; alors Je produisis une Création aux êtres de laquelle Je me rendis connu, en sorte que par Moi ils M’ont connu [Kuntu kanzan makhfiyan lam u’raf fa-ahbabtu an u’raf fa-khalaqtu al-khalq khalqan wa ta’arraftu ilayhim fabî ‘arafûnî]» – ‘Abd al-Ghanî an-Nâbulusî observe que le mot fabî qui se traduit « en sorte que par Moi », a comme valeur numérale 92 comme le nom de Muhammad [+bâ’+yâ’=80+2+10]. Ceci signifie que le Prophète constitue dans son aspect profond la manifestation de la Divinité.

(11) Les Possibilités constituent le domaine principiel pur et les deux Nécessités le domaine de la Nature.

(12) On remarquera le complémentarisme entre le symbolisme axial du Rocher et celui horizontal de la Mer.

(13) La Plume qui est un des noms ésotériques du Prophète, désigne le Verbe en tant que « Science de distinctivité ». Les lettres Sublimes sont les déterminations essentielles des êtres primordiaux contenus synthétiquement dans l’encre de la Plume.

Le souffle rahmânien est l’Esprit de la manifestation universelle en tant qu’il anime les déterminations substantielles des êtres primordiaux symbolisés ici par les Paroles Parfaites. Ce principe est complémentaire à celui de la Plume.

(14) L’Effluve Sanctissime de l’Essence se rapporte au passage de la possibilité pure des êtres à leur détermination primordiale, et l’Effluve Sacré des Attributs se rapporte à leur manifestation effective.

(15) Les notions de « parenté » et d’ « adoption » indiquent différents modes de participation à la réalité ésotérique du Prophète ; elles correspondent aussi, dans un certain sens, à ceux de la Famille et de Compagnons du Prophète qui sont aussi deux catégories initiatiques complémentaires.

 

Sur le Diamètre de l’Un, tracé entre les « Deux Arcs » de l’Unité et de l’Unicité (16), et sur le Médiateur des « descentes » du Ciel de la Prééternité vers la Terre de la Perpétuité (17) ;

Sur le Petit Exemplaire dont se développe le Grand (18), et sur la Perle Blanche qui descend vers l’Hyacinthe Rouge (19);

Sur le Joyau indestructible inhérent à toutes les productions transitoires qui dérivent de potentialités et qui ne sont pas soustraites au « mouvement » et à l’« arrêt », et sur la substance du Verbe de la Fahwâniyah sortie de l’occultation du Kun vers l’Attestation du Fayakûn (20);

Sur la Matière des Formes par laquelle Tu ne te manifestes pas par une seule forme en même temps, à deux êtres, ni par la même, deux fois, au même être (21) ;

Sur le Qur’ân de l’Union qui renferme le Non-Manifesté et le Non-Manifestable et sur le Furqân de la Distinction qui discrimine (22) entre l’éphémère et l'éternel ;

Sur le Jeûneur de jour (qui avertit) : « En vérité, je passe la nuit en hôte chez mon Seigneur », et sur le Dévot de nuit (qui révèle) « Mes yeux dorment, mais pas mon cœur » (23) ;

 

(16) Ceci constitue l’interprétation métaphysique du symbole des Deux Arcs (cf. Coran, 53, 9 et plus loin la note sur la même question).

(17) Il s’agit proprement de manifestations « avatariques ».

(18) Le Petit Exemplaire désigne le germe initiatique dont se développe la réalité totale de l’être. Macrocosmiquement, il correspond à l’ « Œuf du Monde ».

(19) La Perle Blanche est un symbole de l’Intellect Premier ; l’Hyacinthe Rouge désigne l’Âme Universelle en tant qu’elle est affectée par les attaches du monde corporel. On peut remarquer que la « descente » de la Perle sur l’Hyacinthe est un mouvement inverse mais corrélatif en quelque sorte du développement arborescent que comporte le Grand Exemplaire s’élevant du germe caché dans la terre de la manifestation grossière.

(20) La Fahwâniyyah au sens propre, employé par Muhy-d-Dîn Ibn ‘Arabî dans les Futûhât, se rapporte à la parole divine adressée de façon directe dans le Monde des Modèles (‘Âlam al-Mithâl).

Le Kun est la parole « Sois » de la Genèse ; Fayakûn, « et (la chose) est » en est la conséquence cosmologique. Pour mieux comprendre l’enchainement des idées, il est à remarquer dans le texte arabe que le mot Kinn, « occultation », est constitué par les mêmes deux lettres que le mot Kun. Ailleurs, Ibn ‘Arabî mentionne qu’entre le Kâf et le Nûn du Kun est « caché » (maknûn) le « Secret de la Proximité primordiale ». (Voir les Oraisons métaphysiques : le Jour du Vendredi). On peut remarquer que cette proximité ne subsiste plus dans le Fayakûn où les deux lettres, sont séparées par le wâw de la racine qui, se manifestant ainsi, symbolise le secret mis à jour.

Le terme de jawhar, qui signifie « joyau » et substance « indestructible » et celui de mâddah, « matière », sont corrélatifs dans la terminologie scolastique musulmane.

(21) L’idée contenue dans ce passage relève du principe qu’il n’y a pas de répétition dans l’existence. L’identité qui est du domaine du principe ne peut pas se trouver dans la manifestation, la pluralité inhérente à celle-ci ne comportant que l’ « analogie » qui est en quelque sorte le « souvenir » de l’identité dans la distinctivité. Par conséquent, la Forme Muhammadienne, une au plan de l’universalité complète, est indéfiniment variable dans la multiplicité des degrés et des conditions particulières qui définissent les différents êtres et elle l’est aussi pour un même être car cette Forme « identifiée » ou en voie d’identification à la manifestation universelle par les principes de celle-ci, participe toujours dans ses aspects distinctifs aux cycles existenciels de toute condition manifestée. Mais une fois actualisée dans sa totalité, elle est en elle-même, et non pas en ses aspects, définitive et donc sous cet aspect aussi soustraite à la répétition.

Il est utile de préciser que ce passage fait plus particulièrement allusion au phénomène de « vue » du Prophète (ru’yah an-Nabî) qui est un fait caractéristique de l’ésotérisme musulman et, sous des modalités appropriées, aussi de la spiritualité exotérique de l’Islam. Cette « vue » est généralement obtenue en rêve, mais elle est possible aussi, initiatiquement surtout, en état de veille, que ce soit avec support d’une personne vivante ou sans support. Ce phénomène typique qui constitue un mode de perceptions d’états soit supra-individuels soit simplement subtils, relève d’une forme de conception spirituelle propre au fondateur même de l’Islam qui « voyait » l’Ange Gabriel de manifester sous des « formes » individuelles, quelquefois avec le support du compagnon Dihyah al-Kalbi, personnage d’une beauté exceptionnelle. Or l’ange représente le maître spirituel du Prophète considéré dans sa réalité distinctive.

(22) Le nom de Qur’ân qui s’applique à la totalité de la Science synthétique divine est un nom de l’Identité Suprême, alors que le Furqân qui s’applique à la Science analytique universelle est un des aspects de la « réalisation descendante ».

(23) Les passages entre parenthèse sont des fragments de hadiths.

 

Sur l’Intermédiaire situé entre le Manifesté et le Non-Manifesté : « Il a séparé les Deux Mers qui se touchent » (24), et sur le Lien du rattachement de l’éphémère à l’éternel: « Entre elles il y a une barrière qu’elles ne débordent pas » (25);

Sur le Livre Universel du Premier et du Dernier (26) et sur le Centre du Contenant de l’Intérieur et de l’Extérieur (27);

Sur Ton Bien-Aimé par lequel Tu as dévoilé la beauté de Ton Essence sur le trône nuptial de Tes parures, et sur celui que Tu as dressé alors comme qiblah pour Te contempler Toi-même dans le Temple Totalisateur de Tes manifestations (28),

Sur celui que Tu as revêtu de la robe des Attributs et des Noms, et que Tu as couronné de la tiare du Khalifat Suprême (29);

Sur celui dont Tu as fait voyager le corps en état de veille, de la Mosquée Sacrée à la Mosquée Eloignée (30) de sorte qu’il atteignit le « Lotus de la Limite » (31); et sur celui qui monta jusqu'à « la distance de Deux Arcs ou Plus-près » (32) de sorte que son cœur voyant se délecta par Ta vue (fa-(i)nsarra) là où il n'y a ni Matin ni Soir: « Son cœur ne dénatura pas ce qu’il a vu » (33) , et son regard se fixa dans Ton Etre, là où il n'y a ni Vide ni Plénitude : « Le regard ne dévia point, ni ne dépassa » (34).

 

(24) Coran 55, 19. Dans le texte coranique, le sujet est Allâh.

(25) Verset coranique qui fait suite au précédent. Dans tout ce passage, le Prophète est considéré sous les deux aspects opposés et complémentaires du barzakh comme « séparateur » et « médiateur ».

(26) Le Livre est un symbole de l’Homme Universel ; ses feuilles représentent les plans de l’Etre ou les degrés de la connaissance. Les Noms divins de Premier et de Dernier suggèrent alors l’ordre des pages d’un livre.

(27) Les aspects du Prophète correspondant aux Noms divins d’Intérieur et d’Extérieur sont ramenés de leur dualité à l’unité de connaissance de l’Homme Universel qui est leur contenant commun.

(28) Le symbolisme employé dans ce passage appartient à un rite nuptial particulier suivant lequel, la nuit du mariage, la nouvelle mariée assise sur son lit d’apparat est dévoilée pour la première fois par l’époux qui, la prenant alors comme qiblah, accomplit une prière de deux rakates.

(29) Ce passage évoque l’investiture d’Adam comme Khalîfah d’Allâh dans la Création (cf. Coran, 2, 30-34).

(30) Sur le voyage nocturne du Prophète, voir la Sourate al-Isrâ, (17, 1). – La Mosquée Sacrée (la Ka’aba de la Mekke) représente le maqâm du « cœur sanctifié » et la Mosquée éloignée (à Jérusalem), le maqâm de l’Esprit Suprême.

(31) Sur le Lotus de la Limite (as-Sidrah al-muntahâ), voir Coran, 53, 13. Cet arbre est situé au septième ciel, séjour de l’Esprit Suprême.

(32) Ibid, 53, 9. La distance de Deux Arcs (Qâba Qawsayn) indique la proximité des deux moitiés d’un cercle séparé par un diamètre. Ce cercle est celui du Tout Universel, la moitié supérieure correspondant au domaine principiel (al-Haqq) et la moitié inférieure à la manifestation (al-Khalq). Le Prophète représente alors le diamètre. Une autre traduction de l’expression qâba qawsayn permet de considérer le Prophète comme « la mesure des deux Arcs », ce qui est une forme de l’affirmation que l’Homme Universel est la mesure de toute chose.

Le terme « ou Plus Près » indique le passage au-delà de la dualité des Deux Arcs, dans l’Unité indistincte du cercle.

(33) Ibid, 53, 11.

(34) Ibid, 53, 17. – Il y a dans ce passage, dans le texte arabe, certaines nuances qui échappent dans la traduction, insarra, traduit par « se délecta », peut, d’après un autre sens de la racine, évoquer l’idée de « se résorber dans l’indistinction », sens qui est assez conforme au contexte : qarra, traduit par « se fixa », a aussi le sens de « rafraîchir » (surtout la vue), ce qui ramène au premier sens de insarra.

 

Allahumma, accomplis sur lui une Prière par laquelle ma branche se relie à ma racine (35) et mon peu à mon tout, afin que mon essence s’unisse à son essence, et mes attributs à ses attributs, et afin que l’œil soit rafraîchi par l’œil (36) et que l’entre-deux disparaisse d’entre les deux !

Et accorde-lui une Paix telle que je sois préservé contre tout changement en le suivant et que j’échappe à toute déviation pendant le cheminement dans sa Voie, afin que j’ouvre ainsi la porte de Ton Amour pour moi, avec la clef de la conformité à lui, que je Te contemple dans mes sens et mes membres, de la « niche » de sa Loi et de sa Règle (37), et que j’entre derrière lui dans la citadelle du Lâ Ilâha illa-Llâh, et que j’arrive sur ses traces dans la Khalwah (38) du « J’ai un certain temps d’isolement avec Allah » , car il est Ta porte par laquelle doit passer celui qui veut se diriger vers Toi, s’il ne veut pas voir se fermer devant lui routes et portes, et être renvoyé sous le bâton de la correction vers l’étable des bêtes !

Allahumma, ô mon Seigneur, ô Celui qui n’a pour voile que la Lumière et pour couverture que la violence de Sa manifestation (40), je T’invoque par Toi-même à Ton degré d’Absoluité au-delà de toute entrave, degré auquel Tu fais ce que Tu veux, par Ton acte révélateur de Ton Essence au moyen de la science illuminante et par Tes métamorphoses sous les formes des Noms et des Attributs dans la condition formative (41), et je Te demande d’accomplir sur notre seigneur Mohammad une prière par laquelle ma vue intuitive soit enduite du collyre de la Lumière aspergée dans la Prééternité, afin que je contemple l’« extinction » de ce qui n’a pas été et la « permanence » de ce qui ne périt jamais, et que je vois les choses telles qu’elles sont dans leur racine, inexistantes, perdues, et leur réalité là où elles ne pressentent pas encore le parfum de l’Etre et où, à plus forte raison, elles ne soupçonnent pas encore l'Existence !

 

(35) La branche, c’est l’homme individuel effectif : la racine c’est l’Homme Universel potentiel. – Le texte arabe représente un effet verbal remarquable du fait de la répétition de certaines racines voisines : S L W (dans les mots salli « prie » et salât « prière »), W S L (dans yasilu « se relie ») et A S L (dans asl, « racine »).

(36) On peut traduire « afin que l’œil soit raffermi par l’œil ». On peut encore remplacer « œil » par « essence » ou « source ». – On peut voir, d’après l’effet voulu pour la « prière » d’Allâh sur le Prophète dans ce passage ainsi que dans ceux qui suivent, que le Prophète n’est pas extérieur à celui qui prie pour lui, mais il se trouve à l’intérieur de celui-ci à l’état germinatif, où il se développera par la vertu de l’activité initiatique constituée par la « Prière divine », activité qui est celle de l’Intellect Premier.

(37) Le symbole de la « niche » qui a son origine dans le « verset de la Lumière » (Coran, 24, 35), désigne dans le Commentaire d’Ibn ‘Arabî le « corps » qui porte en lui la « lampe » de l’Esprit. Cette lampe est mise sous « un verre brillant comme une étoile » qui représente le « cœur ».

(38) La retraite spirituelle.

(39) Hadîth.

(40) Démonstration parfaite du double sens de la « révélation », comme « dévoilement » et comme « voilement ».

(41) Al-Wujûd as-sûrî ne désigne pas le seul domaine des formes individuelles, mais, suivant le sens plus général du mot sûrah, cela s’applique à toute condition manifestée.

 

Et fais-moi sortir, ô Allahumma, par la prière sur lui, des ténèbres de mon individualité vers la Lumière (42), et du tombeau de ma corporéité vers l'Union du Jour du Rassemblement (43) et vers la Distinction de la Résurrection ; et reflue sur moi les grâces du ciel de Ton Identité avec Toi (44) qui me purifiera de la souillure du polythéisme et de l'idolatrie ! Redresse-moi par la « première mort » et la « deuxième naissance » et vivifie-moi de la vie permanente dans cette existence évanescente (45)! Accorde-moi une lumière avec laquelle je passe entre les hommes (46) et par laquelle je voie Ta Face partout où je me tournerai, sans hallucination et sans illusion (47), voyant des deux yeux de l’Union et de la Distinction (48), discriminant par une autorité inexorable entre le Faux et le Vrai, rendant témoignage sur Toi et conduisant avec Ta permission vers Toi.

O Miséricordieux des miséricordieux (3 fois), accomplis Ta prière et étends Ton salut sur notre seigneur Muhammad, dans une Prière par laquelle Tu agrées mon appel et Tu combles mon espoir,

Et sur sa Famille, la Famille de la contemplation et de la Suprême Connaissance, et sur ses Compagnons, les Compagnons du Goût initiatique (49) et de la grande Passion (50),

Tant que se déploiera la chevelure de la nuit de l’Existence et tant que se lèveront les aubes sur les fronts de la Connaissance.

 

Amîn, Amîn, Amîn!

 

Et que la Paix soit avec les envoyés et louanges à Allah, le Seigneur des Mondes (51).

 

(42) Cf. Coran, 2, 257.

(43) C’est le Rassemblement du genre humain au Jour du Jugement, pris ici dans son symbolisme initiatique.

(44) Cette image est une allusion à la « pluie de rosée » par laquelle s’opère la « résurrection des morts ».

(45) La « première mort » est dans son sens propre la mort au monde profane impliqué par l’acte d’initiation qui constitué la « deuxième naissance ». Mais du fait que dans tout ce passage, tel qu’on peut le voir plus loin jusqu’à la fin de l’alinéa, est retracé le plan de la réalisation initiatique intégrale, il y a lieu d’envisager une transposition de ces notions dans l’universel, et, alors, la « mort » dont il est parlé est l’extinction à toute condition manifestée (fanâ’ al-fanâ’) ; corrélativement la « seconde naissance » est la réalisation de l’Identité Suprême, indissolublement liée à l’extinction finale, et qui est la naissance de l’ « Homme Universel » conséquente à la mort de l’ « homme particulier ». La « vie permanente » représente alors la Permanence Suprême (al Baqâ’).

Quant au fait que l’expression de « première mort » implique logiquement une « deuxième mort » – de même que dans la terminologie initiatique normale où elle désigne la mort de l’individualité –, on peut envisager que celle-ci correspond alors à l’ « acte sacrificiel » impliqué dans la « réalisation descendante » accomplie par l’Homme Universel.

(46) Pour tout ce dernier passage, Cf. Coran, 6, 122 : « Est-ce que celui qui était mort et que Nous avons revivifié, et auquel Nous avons donné une lumière pour qu’il puisse marcher avec elle parmi les hommes, est semblable à celui qui est dans les ténèbres dont il ne peut sortir ? ».

[Aw man kâna mayyitan fa-ahyaynâhu wa ja’alnâ lahu nûran yamshî bi-hi fî-n-nâsi kaman mithluhu fî-dh-dhulumâti laysa bi-khârijin minhâ].

(47) Cf. Coran, 2, 115 : « A Allâh appartient l’Orient et l’Occident, et partout où vous vous tournez, vous trouverez la Face d’Allâh. Certes Allâh embrasse tout, Il est très Savant ».

[Wa li-Llâhi al-mashriqu wa-l-maghribu fa-aynamâ tuwallû fa-thamma wajhu-Llâhi inna-Llâha wâsi’un ‘alîmun]

(48) Cette image s’explique plus particulièrement par le fait que l’Identité Suprême s’appelle ‘ayn al-Jam’ « l’œil de la Totalisation » ; par symétrie on a aussi un « œil de la Distinctivité », et ce sont alors les « deux yeux » de l’Homme Universel.

(49) Le terme dhawq le « goût » désigne d’une façon générale la connaissance par expérience directe opposée à la conviction intellectuelle. Quand il est pris pour désigner le commencement de cette expérience, le terme corrélatif shurb « boisson » désigne la plénitude de l’expérience. Dans un sens plus particulier il s’applique à la connaissance initiatique par la sensibilité individuelle, de vérités supra-individuelles (descendues du maqâm ar-Rûh et du maqâm al-Qalb vers le maqâm an-nafs).

(50) Le terme wijdân qui vient de wajada « trouver », « sentir », désigne l’acte de réalisation et il représente ici le degré maxima de l’expérience. Ce terme a aussi le sens originaire du terme grec « enthousiasme ».

(51) Coran, 37, 181-182.

 

[Ibn 'Arabî - Prière sur le Prophète, Traduction et notes de Michel Vâlsan, Etudes Traditionnelles n° 446, Nov.-Déc. 1974. p. 242]

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