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Publié par Abdoullatif

michel-valsan 1UNE INSTRUCTION

SUR LES

RITES FONDAMENTAUX DE L’ISLAM

(Kitâbu-l-I’lâm fî-mâ bunya ‘alay-hi-l-Islâm)

 

Du Cheikh al-Akbar Muhyu-d-dîn ibn ‘Arabî

 

IV. ENSEIGNEMENT DES CONDITIONS SUR LESQUELLES PREND APPUI LE PELERINAGE (al-Hajj).

 

Le plus grand des Maîtres, Muhyu-d-dîn – qu’Allah nous fasse tirer profit de lui et qu’Il sanctifie son noble esprit et illumine son tombeau, amen ! – a dit :

 

Sache – et qu’Allah « te fortifie par un Esprit provenant de Lui » – que le Pèlerinage est constitué par la visite de la Maison Antique (al-Bayt al-Atîq) (1) vers laquelle se fait l’orientation rituelle (qiblah) des Musulmans. Allah a dit : « Allah a établi à la charge des hommes l’obligation du Pèlerinage à la Maison, pour tout un qui aura la possibilité du voyage vers Elle » (Coran, 3, 97).

 

La « possibilité pratique de faire le voyage » (istitâ’ah) est de trois sortes :

1° les moyens économiques ;

2° la sécurité ;

3° la santé.

 

Relativement au premier point, trois choses sont des empêchements :

a) les biens illicites, car ceux-ci ne sauraient servir pour s’acquitter de l’obligation sacrée du Pèlerinage ;

b) les dettes, quand elles excèdent les biens possédés ;

c) la peur du « sultan » (c’est-à-dire de toute autorité qui pourrait péricliter les moyens économiques du pèlerin) (2).

 

Relativement au deuxième point il y a trois conditions :

a) existence de l’eau aux aiguades des étapes ;

b) la tranquillité selon ses conditions spéciales ;

c) les moyens d’orientation pour tenir la bonne route.

 

Relativement au troisième point, la santé corporelle implique deux conditions :

a) l’habitude de marcher et de voyager ;

b) la résistance aux duretés des événements.

 

Tel est l’enseignement exotérique sur la question de la possibilité pratique de faire le pèlerinage.

 

(1) C’est une épithète coranique du temple de la Kaaba. Cf. Cor. 22, 29 et 33.

(2) Le mot « sultan », qui en arabe signifie pouvoir gouvernemental en général, est pris ici comme emblème de tout l’ordre politique et administratif.

 

Quant à la doctrine de Pauvreté (al-Madhabu-l-Faqri) sur la même question, elle prévoit trois conditions :

1° la puissance du cœur d’être « par Allah » en tout état ;

2° la puissance du désir qui fasse franchir les dangers ;

3° la capacité de se soustraire (ghaybah) à tout ce qui est autre que le Roi divin, le Très Exalté.

 

Quant à la puissance du cœur d’être par Allah, elle consiste dans les « astres levants de la Stabilité » (tawâli’u-t-Tamkîn) (1).

 

Quant à la puissance du désir, elle provient de la fermeté de l’amour pour Allah, le Très Exalté et l’Evident.

 

Quant à la capacité de se soustraire à ce qui est autre qu’Allah, elle résulte de l’unification réalisée par le cœur dans « la proximité produite par l’abaissement – rapprochement » (qurbu-d-dunûw (2) au au-dessus de l’Horizon Evident (al-Ufuqu-l-Mubîn) (3).

 

(1) Le terme tawâli’ (sing. tâli’) signifie « astre qui se lève » ; dans la terminologie initiatique, les tawâli’ sont, selon l’explication du Cheikh al-Akbar, « les lumières du Tawhîd qui se lèvent sur les cœurs des gens de la Connaissance et obnubilent les autres lumières ». (Futûhât, chap.73, p.153).

Le Tamkîn est, selon l’acception la plus répandue « la stabilité dans l’état d’Union » (al-Wuçul) ; chez le Cheikh al-Akbar (ibid) il est expliqué comme la condition permanente du Connaisseur d’être dans des variations qualitatives dérivant de sa fonction principielle.

Les tawâli’u-t-Tamkîn sont alors les incessantes révélations de la réalité du Tawhid sur le cœur de l’être en Pèlerinage Suprême.

(2) Au sujet de cette idée se reporter aux précisions données au chapitre I.

(3) Expression coranique (cf. Coran 81, 23) « l’Horizon Evident », al-Ufuqu-l-Mubîn, est dans l’application microcosmique « le sommet du maqâm du cœur » ; dans le même ordre symbolique il y a encore « l’Horizon Suprême », al-Ufuqu-l-A’lâ (cf. Coran 53, 7), qui est « le sommet du maqâm de l’Esprit », ce qui correspond au plan de l’Unicité (al-wâhidiyah) et de la Fonction Divine (al-Ulûhiyah).

 

Cette explication de la notion d’istitâ’ah (possibilité pratique de faire le voyage) selon la conception de la pauvreté est formulée en termes accessibles aux compréhensions. Mais au-delà de cela,  il y a une autre istitâ’ah que nous pouvons toutefois communiquer en cet endroit. Le degré initiatique (maqâm) correspondant procède de l’Œil du Soleil (Aynu-ch-Chams), Cet « œil » est celui de Son Nom al-Qawî (le Très-Fort) dont soient proclamées la Majesté, la Gloire et l’Exaltation, Lui, l’Un, l’Evident, le Croyant, le Sublime qui transcende toutes les conditions. Pourtant nous venons de faire entrevoir ce qu’il en est pour celui qui sait comprendre (1). Et Allah est plus savant !

 

Maintenant, revenons au Pèlerinage lui-même. Il y en a deux : le pèlerinage selon les formes extérieures, et le pèlerinage selon les réalités intérieures et secrètes. Dans le pèlerinage des esprits (qui est le deuxième mentionné) se trouvent l’amplitude ainsi que les haleines parfumées qui émanent de la Grâce délivrante.

 

Dans l’enseignement par réverbération fugitive (talwîh) on peut trouver ce qui dispense de toute formulation explicite (taçrîh).

 

Cet écrit est fini par la louange d’Allah, Son secours et Sa meilleure assistance. Et qu’Allah répande Sa Grâce sur notre Seigneur Muhammad, sur ses Compagnons et amis fidèles, ainsi que sur sa famille, et les salue tous.

 

« Pas de puissance ni de force si ce n’est par Allah, le Très Haut, le Magnifique » « Allah nous suffit, et quel merveilleux Gérant » « Louange à Allah le Seigneur des Mondes » ! Amen, Amen.

 

(1) Il paraît donc qu’il s’agit ainsi de « la possibilité de faire le pèlerinage » par un Secours surnaturel émanant de cette « source » (ayn) de puissance appelée Aynu-ch-Chams qui a un rapport spécial avec le nom divin al-Qawî. Le symbolise de cet « Œil du Soleil » est celui du Centre du Monde, site de la « Cité du Soleil », qu’est aussi le lieu même d’un Pèlerinage purement initiatique fait par l’intérieur de l’être.

 

Traduit de l’arabe et annoté

par M. Vâlsan.

 

[Michel Vâlsan, Une instruction sur les Rites fondamentaux de l'Islam, Revue Études Traditionnelles n° 369, Janv.-Fév. 1962. p. 23].

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