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Publié par Abdoullatif

Michel Valsan mareUNE INSTRUCTION

SUR LES

RITES FONDAMENTAUX DE L’ISLAM

(Kitâbu-l-I’lâm fî-mâ bunya ‘alay-hi-l-Islâm)

 

Du Cheikh al-Akbar Muhyu-d-dîn ibn ‘Arabî

 

NOTICE INTRODUCTIVE

 

L’opuscule du Cheikh al-Akbar portant ce titre se présente comme une suite d’enseignements concis, concernant les aspects ésotériques de quatre obligations fondamentales de l’Islâm : la Çalât ou Prière rituelle, la Zakât ou Aumône légale, le Çawm ou Jeûne, et le Hajj ou Pèlerinage. Ce sont, des cinq qui constituent ce qu’on appelle les Fondements de la Foi (Qawâ’idu-l-imân) ou encore des Piliers de l’Islam (Arkânu-l-Islâm), celles qui comportent une forme caractérisée d’activité rituelle ou de régime sacré, et qui ne consistent pas en un pur acte de conscience ou une simple prestation de forme verbale. Reste ainsi en dehors de cet examen la 1ère obligation fondamentale de l’Islam qui est la Chahâdah ou Attestation de la divinité unique d’Allâh, à laquelle est rattachée aussi l’Attestation de la qualité d’Envoyé divin de Mohammad (ce qui fait qu’il y a plus exactement Deux Attestations, ach-chahâdatân dans une seule profession de foi liminaire) (1).

 

(1) Ces Attestations, outre leur rôle dans l’acte d’entrer en Islam, interviennent constamment dans les formules récitées pendant les autres rites : ainsi lors de la purification rituelle préalable à la Prière, dans les appels à la Prière, dans la Prière elle-même (le Tachahhud), dans les formules consécratives du Jeûne, dans le Pèlerinage, etc. pour ne pas parler des récitations spéciales de caractère incantatoire (les awrâd, les adhkâr, etc.). Notre auteur en a traité, d’une manière ou d’une autre, de nombreuses fois, soit dans les œuvres de caractère général comme les Futûhât soit dans les écrits de caractère spécial.

 

De ce texte on ne connait actuellement, sur la plan public tout au moins, que le seul manuscrit de Berlin inscrit par Ahlwardt sous le n° 2943 : We II, 1632, folio 81a-82a. Ceci dit dans la mesure où l’on peut s’orienter en cette matière d’après les seuls titres catalogués des œuvres de cet auteur, car en pratique il arrive fréquemment qu’un même écrit soit intitulé par les copistes ou les bibliothécaires de façons différentes.

 

L’écrit semble avoir été rédigé de façon occasionnelle, en quelque circonstance passagère, par exemple lors du contact avec un milieu de foqarâ ; il consiste en des notations rapides et sommaires faites, ainsi que l’indique le texte même, sur un defter (grand cahier) qu’on a dû présenter à l’auteur. La rédaction est visiblement improvisée et sans une égale insistance dans tous les paragraphes. Le dernier par exemple, celui du Pèlerinage, s’occupe surtout de la notion de « possibilité pratique » (istitâ’ah) qui conditionne l’incidence de l’obligation légale pour le musulman, et, pour ce qui est des rites constitutifs, il ne porte que l’énoncé d’une distinction à faire entre le pèlerinage selon les modalités extérieures et celui selon les modalités intérieures.

 

Les vues spirituelles qu’exprime le Cheikh al-Akbar au sujet des rites de l’Islam commun, il les rapporte formellement à ce qu’il appelle la « Doctrine de pauvreté » (al-Madhhabu-l-Faqri) ; on notera en la circonstance qu’il est fait ainsi état dans l’ordre normatif d’une Pauvreté naturelle instituée par l’acte existenciateur. Il est question aussi d’une Science propre à la Pauvreté (al-Ilmu-l-Faqri). Il s’agit en tout cela d’une expression sommaire, en termes mohammadiens, d’une métaphysique du Détachement total et du Dénuement absolu dans tout l’ordre de la réalité.

 

Pour des raisons de convenance ésotérique, cet enseignement est souvent formulé en termes indirect ou ambigus, quelquefois énigmatiques ; le style use couramment des nuances de l’ichârah (« signe fait de loin »), de l’imâ (« signe des yeux ») et du talwih (« miroitement fugitif »).

 

Un intérêt particulier de ce document réside dans le fait qu’il laisse entrevoir assez bien, par l’exemple de quelques éléments retenus plus spécialement, comment les rites et les autres institutions de la loi commune peuvent être interprétés et pratiqués dans une perspective proprement initiatique et contemplative. Mais cela permet aussi de se rendre compte d’une façon plus sensible de la Science spirituelle dont procèdent les institutions sacrées, et par conséquent de la Sagesse « non-humaine » sur laquelle repose tout l’ordre traditionnel. Les rites exotériques et les règles de vie traditionnelle établis par la Loi générale ne sont d’ailleurs pas des prescriptions « bonnes pour les exotéristes », mais des institutions spirituelles complètes, qui dans leurs aspects intérieurs sont de véritables mystères initiatiques ; à ces institutions tous les membre de la communauté, aussi bien les « gens de l’intérieur » (ahlu-l-bâtin), les ésotéristes, que les « gens de l’extérieur » (ahlu-zh-zhâhir), les exotéristes, sont également soumis, étant bien entendu que le profit final variera indéfiniment avec les cas et les états individuels. Le Cheikh al-Akbar explique ailleurs (Futûhât, ch.62-63) que la Charî’ah, la Voie apparente ou la Loi générale est une Haqîqah, Réalité fondamentale, d’entre les haqâi’q (réalités fondamentales). Il dit aussi : « il n’y a pas de haqîqah qui s’oppose à une charî’ah, car la Charî’ah est une des haqâ’iq, et les haqâ’iq sont analogues et semblables… Les hommes, voyant que tous agissent selon la Charî’ah, aussi bien l’élite que le commun, et que la Haqîqah n’est connue que par l’élite, ont distingué entre l’une et l’autre, en considérant Charî’ah ce qui est apparent des statuts de la Haqîqah, et Haqîqah ce qui est intérieur, du fait que le Législateur, qui est Dieu-Vérité (al-Haqq) s’est appelé Lui-même des noms de l’Apparent (azh-Zhâhir) et le Caché (al-Bâtin), et ces deux noms lui appartiennent « réellement » (haqîqaten). La Haqîqah est l’apparition de la qualité (cifah) de ce qui est « dieu » (haqq) sous le voile d’une qualité de « serviteur » (abd). Mais quand le voile de l’ignorance est enlevé de l’œil de l’intuition intellectuelle (baçîrah) l’homme voit que la qualité du serviteur est identique à la Qualité de Dieu, ceci selon la doctrine la plus répandue, car selon nous personnellement la qualité du serviteur est identique à Dieu même non pas à une qualité de Dieu ; par conséquent l’Apparent est créature (khalq) et l’Intérieur est dieu (haqq) ».

 

D’autres ouvrages de notre Maître développent amplement la perspective doctrinale et technique de ce petit écrit. Nous ne mentionnerons qu’à titre indicatif les Futûhât où les chapitres 67-72 (les quatre derniers représentant chacun un véritable volume) traitent des Cinq piliers de l’Islam, aussi bien du point de vue ésotérique qu’exotérique.

 

Il nous semble d’ailleurs opportun d’emprunter au corpus doctrinal dont nous parlons, un passage qui concerne l’ensemble des Cinq Fondements et qui pourra servir ici d’élément introductif en matière :

 

« La Prière (aç-Çalât) est venue au deuxième rang parmi les fondements de la Foi sur lesquels fut édifié l’Islam, dans l’énumération que, selon le texte du hadîth sûr, l’Envoyé d’Allâh – qu’Allâh épanche Sa grâce sur lui – fit en disant : « L’Islam a été édifié sur cinq (institutions) : l’attestation qu’il n’y a de dieu (ilâh) que Dieu (Allâh), et l’accomplissement de la Prière, et l’acquittement de l’Impôt purificateur, et le Jeûne du Ramadan et le Pèlerinage. » L’envoyé d’Allâh instruisit en outre les Compagnons que, dans cette énumération, il observait un certain ordre de succession, car la conjonction « et » (reliant les cinq choses énumérées) laisserait une certaine indécision à cet égard ; il précisa à ce sujet son intention lorsque, l’un des Compagnons voulant recenser le hadith dans les termes inversés « et le Pèlerinage et le Jeûne du Ramadan », il ne l’admit pas, mais rétablit : « et le Jeûne du Ramadan et le Pèlerinage ». Ainsi il nous a fait savoir qu’il avait en vue un ordre de succession, et il nous a averti par la même occasion de ne rapporter de sa part que sa propre forme d’expression, ceci dit parce qu’il y a des docteurs qui pensent que la transmission des paroles du Prophète peut être faite (valablement) selon le sens (seul).

« La Çalât qui vient ainsi en deuxième position parmi les Fondements, est étymologiquement apparentée au terme muçallî, qui (tout en désignant d’un côté le « priant ») en matière hippique désigne le cheval qui dans une course suit de près le sâbiq (le « précédent », le premier). Or le sâbiq parmi les Fondements de la Foi est l’Attestation (ach-Chahâdah), et d’autre part la muçallâ (« lieu de prière », « chose priée ») est un synonyme de la Çalât.

« Quant à l’Impôt purificateur (az-Zakât), celui-ci a été placé immédiatement après la Prière, car la zakât est « purification », et par cela elle a un rapport avec la Prière. En effet Allâh n’accepte pas la Prière sans l’état de pureté rituelle, et l’Impôt aumônier est de son côté un moyen de purifier les biens possédés. Le même terme zakât dans le sens de « purification » est employé par Allâh quand Il parle de l’âme en disant : « Est prospère celui qui l’a purifiée (zakkâ-hâ) » (Cor 91,9), et cette purification est obtenue par la pratique des commandements divins. La Prière a comme condition préalable la propreté des habits, du corps et de l’endroit où se fait la prière, quoi qu’il en soit de l’état de ce lieu.

« Quant au Jeûne (aç-Çawm) il a été placé après l’Impôt purificateur en raison de l’aumône instituée à la fin du Jeûne du Ramadan et appelée zakâtu-l-Fitr = « aumône de purification pour la rupture de Jeûne ».

« Et c’est en dernière position que viendra ainsi le Pèlerinage (al-Hajj). » (Futûhât, ch.69.)

 

[Michel Vâlsan, Une instruction sur les Rites fondamentaux de l'Islam, Revue Études Traditionnelles n° 369, Janv.-Fév. 1962. p. 23].

Commenter cet article

TheBridge 15/01/2012 23:06

Salam alaykum,
Non, je n'ai rien de "rare" de Michel Vâlsan. Si j'arrivai à me procurer quoi que ce soit, je le partagerai sur le forum inshallah.

TheBridge 07/01/2012 00:14

Assalamu Alaykum,
Merci pour cet article que je n'ai jamais lu.
Est-il rare ?

Abdoullatif 14/01/2012 20:43



Wa aleykum as-salâm 'alaykum wa rahmatullâh wa barakâtuh.


Il est aussi "rare" que beaucoup d'autres articles de Michel Vâlsan qui ne sont plus publiés depuis leurs parutions dans les Etudes Traditionnelles. C'est de là où j'ai recopié cet article.


Aurais-tu par hasard des articles de Michel Vâlsan que je n'ai pas encore ?