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Publié par Abdoullatif

citizenkane4.jpgOn en pourrait dire à peu près autant pour les organisations initiatiques hindoues et musulmanes, qui, d’une façon générale, sont presque aussi fermées que celles de l’Extrême-Orient, et tout aussi inconnues des Occidentaux. Maintenant, il est bien entendu que tout cela ne préjuge en rien contre l’existence, pour l’Occident, d’un « Pouvoir central » compatible avec les conditions d’une pluralité d’organismes distincts et hiérarchisés (nous ne pouvons plus dire ici « superposées » comme dans les sphères inférieures). Si l’on admet cette existence, il faudra certainement assigner, dans la constitution de ce « Pouvoir central », un rôle important à l’élément judaïque ; et, lorsqu’on sait quelle aversion éprouvent à l’égard du Juif les orientaux en général et les Musulmans en particulier, il est permis de se demander si la présence d’un tel élément ne contribue pas à rendre impossibles les rapports directs entre les sociétés secrètes orientales et occidentales. Il y a donc là, au point de vue du « pouvoir occulte », des barrières que l’influence juive ne saurait franchir ; en outre, même en Occident, il n’y a certainement pas que cette seule influence à considérer à l’exclusion de toute autre, encore qu’elle paraisse être des plus puissantes. Quant aux communications indirectes possibles, malgré tout, entre le « Pouvoir occulte central » de l’Occident et certains pouvoirs plus ou moins analogues qui existent en Orient, tout ce que l’on peut en dire, c’est qu’elles ne pourraient résulter que « d’une organisation dont les moyens nous échappent ».

 

Pour en revenir à notre distinction entre différents ordres de « pouvoirs occultes », nous devons ajouter qu’elle ne supprime pas la possibilité d’une certaine interpénétration de ces différents ordres, car il ne faut pas établir de catégories trop absolues ; nous disons interpénétration, parce que ce terme nous semble plus précis que celui d’enchevêtrement, et qu’il laisse entrevoir la hiérarchisation nécessaire des organismes multiples. Pour savoir jusqu’où s’étend cette hiérarchisation, il faut se demander s’il existe encore, dans l’Occident contemporain, une puissance vraiment initiatique qui ait laissé autre chose que des vestiges à peu près incompris ; et, sans rien vouloir exagérer, on est bien obligé de convenir qu’il n’y a guère, apparemment, que le Kabbalisme qui puisse compter dans ce domaine, et aussi que les Juifs le réservent jalousement pour eux seuls, car le « néo-kabbalisme » occultisant n’est qu’une fantaisie sans grande importance. Tous les autres courants, car il y en a eu (1), semblent s’être perdus vers la fin du moyen âge, si l’on excepte quelques cas isolés ; par suite, si leur influence a pu, jusqu’à un certain point, se transmettre en-deçà de cette époque, ce n’est que d’une façon indirecte et qui, dans une large mesure, échappe forcément à notre investigation. D’autre part, si on envisage les tentatives qui ont été faites récemment dans le sens d’une « contre-kabbale » (et qui se basaient principalement sur le Druidisme), on ne peut pas dire qu’elles aient abouti à une réalisation quelconque, et leur échec est encore une preuve de la force incontestable que possède l’élément judaïque au sein du « pouvoir occulte » occidental.

 

(1) Voir L’Esotérisme de Dante, dans La France antimaçonnique, 28ème année, pp.109-113.

 

Ceci posé, il est bien certain que le Kabbalisme, comme tout ce qui est d’ordre proprement initiatique et doctrinal, est, en lui-même, parfaitement indifférent à toute action politique ; sur le terrain social, ses principes ne peuvent exercer qu’une influence purement réflexe. Le socialisme, qui, certes, n’a rien d’initiatique, ne peut procéder que d’un « pouvoir occulte » simplement politique, ou politico-financier ; il est vraisemblable que ce pouvoir est juif, au moins partiellement, mais il serait abusif de le qualifier de « kabbaliste ». Il en est qui ne savent pas suffisamment se garder de toute exagération à cet égard, et c’est pourquoi nous avons cru bon de préciser dans quelles conditions il est possible de considérer Jaurès, par exemple, comme « le serviteur des Supérieurs Inconnus », ou plutôt de certains Supérieurs Inconnus.

 

Maintenant, que Jaurès « soit à peine Franc-Maçon », ce n’est pas là une objection sérieuse contre cette façon d’envisager son rôle, comme le fait très justement remarquer M. Copin-Albancelli. Nous ignorons même, nous devons l’avouer, si Jaurès a jamais reçu l’initiation maçonnique ; en tout cas, il n’est certainement pas un Maçon actif, mais cela ne fait rien à la chose, et il peut même fort bien ne faire partie d’aucune « société secrète » au sens propre du mot ; il n’en est qu’un meilleur agent pour les Supérieurs Inconnus qui se servent de lui, parce que cette circonstance contribue à écarter les soupçons. Ce que nous disons de Jaurès, parce que notre confrère l’a pris pour exemple, nous pourrions tout aussi bien le dire d’autres hommes politiques qui sont à peu près dans le même cas ; mais l’exemple est assez typique pour que nous nous en contentions.

 

(René Guénon, Réflexions à propos du « Pouvoir Occulte », 11 Juin 1914, La France antimaçonnique

Organe hebdomadaire du Conseil Antimaçonnique de France).

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