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Publié par Abdoullatif

Nous avons déjà exposé ailleurs le rôle de la psychanalyse dans l’œuvre de subversion qui, succédant à la « solidification » matérialiste du monde, constitue la seconde phase de l’action antitraditionnelle caractéristique de l’époque moderne tout entière (2). Il nous faut encore revenir sur ce sujet, car, depuis quelque temps, nous constatons que l’offensive psychanalytique va toujours de plue en plus loin, en ce sens que, s’attaquant directement à la tradition sous prétexte de l’expliquer, elle tend maintenant à en déformer la notion même de la façon la plus dangereuse.

 

A cet égard, il y a lieu de faire une distinction entre des variétés inégalement « avancées » de la psychanalyse : celle-ci telle qu’elle avait tout d’abord été conçue par Freud, se trouvait encore limitée jusqu’à un certain point par l’attitude matérialiste qu’il entendit toujours garder ; bien entendu, elle n’en avait pas moins déjà un caractère nettement « satanique », mais du moins cela lui interdisait-il de prétendre aborder certains domaines, ou, même si elle le prétendait cependant, elle n’en atteignait en fait que des contrefaçons assez grossières, d’où des confusions qu’il était encore relativement facile de dissiper. Ainsi quand Freud parlait de « symbolisme », ce qu’il désignait abusivement ainsi n’était en réalité qu’un simple produit de l’imagination humaine, variable d’un individu à l’autre, et n’ayant véritablement rien de commun avec l’authentique symbolisme traditionnel.

 

(1) Publié dans E.T., juil.-août 1949.

(2) Voir le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, ch.XXXIV.

 

Ce n’était là qu’une première étape, et il était réservé à d’autres psychanalystes de modifier les théories de leur « maître » dans le sens d’une fausse spiritualité, afin de pouvoir, par une confusion beaucoup plus subtile, les appliquer à une interprétation du symbolisme traditionnel lui-même. Ce fut surtout le cas de C.G. Jung, dont les premières tentatives en ce domaine datent d’assez longtemps déjà (1) ; il est à remarquer, car cela est très significatif, que, pour cette interprétation, il partit d’une comparaison qu’il crut pouvoir établir entre certains symboles et des dessins tracés par des malades ; et il faut reconnaître qu’en effet ces dessins présentent parfois, avec les symboles véritable, une sorte de ressemblance « parodique » qui ne laisse pas d’être plutôt inquiétante quant à la nature de ce qui les inspire.

 

(1) Voir à ce sujet A.Préau, La Fleur d’or et le Taoïsme sans Tao.

 

Ce qui aggrava beaucoup de choses, c’est que Jung, pour expliquer ce dont les facteurs purement individuels ne paraissaient pas pouvoir rendre compte, se trouva amener à formuler l’hypothèse d’un soi-disant « inconscient collectif », existant d’une certaine façon dans ou sous le psychisme de tous les individus humains, et auquel il crut pouvoir rapporter à la fois et indistinctement l’origine des symboles eux-mêmes et celle de leurs caricatures pathologiques. Il va de soi que ce terme d’ « inconscient » est tout à fait impropre, et que ce qu’il sert à désigner, dans la mesure où il peut avoir quelque réalité, relève de ce que les psychologues appellent habituellement le « subconscient », c’est-à-dire l’ensemble des prolongements inférieurs de la conscience.

 

Nous avons déjà fait remarquer ailleurs la confusion qui est commise constamment entre le « subconscient » et le « superconscient » : celui-ci échappant par sa nature même au domaine sur lequel portent les investigations des psychologues, ils ne manquent jamais quand il leur arrive d’avoir connaissance de quelques unes de ses manifestations, de les attribuer au « subconscient ». C’est précisément cette confusion que nous retrouvons encore ici : que les productions des malades observés par les psychiatres procèdent du « subconscient », c’est là une chose qui assurément n’est pas douteuse ; mais, par contre, tout ce qui est d’ordre traditionnel, et notamment le symbolisme, ne peut-être rapporté qu’au « superconscient », c’est-à-dire ce par quoi s’établit une communication avec le supra-humain, tandis que les « subconscient » tend au contraire vers l’infra-humain.

 

Il y a donc là une véritable inversion qui est tout à fait caractéristique du genre d’explication dont il s’agit ; et ce qui lui donne une apparence de justification, c’est qu’il arrive que, dans des cas comme celui que nous avons cité, le « subconscient », grâce à son contact avec les influences psychiques de l’ordre le plus inférieur, « singe » effectivement le « superconscient » ; c’est là ce qui, pour ceux qui se laissent prendre à ces contrefaçons et sont incapables d’en discerner la véritable nature, donne lieu à l’illusion qui aboutit à ce que nous avons appelé une « spiritualité à rebours ».

 

(René Guénon – Symboles de la Science sacrée – Chap V : Tradition et « inconscient » ; p.43-45).

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Frank l'âmi 11/03/2012 22:52

Article magistral !... Il se peut en effet que Guénon n'ait pas l'étoffe d'un "spécialiste" en psychanalyse Jungienne, cependant son analyse porte la marque d'un solide bon sens, et a l'immense
mérite de relativiser certaines prétentions des modernes à expliquer l'origine des symboles traditionnels, mieux que ne le font les Traditions elles-mêmes !! En un mot, c'est une école d'humilité
donc de lucidité.

Jean Bissu 27/01/2011 17:35


J'ai peur que ce cher Guénon n'ait pas assez approfondi la pensée jungienne, le concept limite du Soi et l'édification empirique de l'inconscient collectif...peut être aurait il saisi plus
intimement que l'appellation des choses ne sont pas les choses elles-mêmes.