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Publié par Abdoullatif

Cheikh abd al wahid 3Inversement, les symboles sont essentiellement un moyen d’enseignement, et non pas seulement d’enseignement extérieur, mais aussi de quelque chose de plus, en tant qu’ils doivent servir surtout de « supports » à la méditation, qui est tout au moins le commencement d’un travail intérieur ; mais ces mêmes symboles, en tant qu’éléments de rites et raison de leur caractère « non-humain », sont aussi des « supports » de l’influence spirituelle elle-même. D’ailleurs, si l’on réfléchit que le travail intérieur serait inefficace sans l’action ou, si l’on préfère, sans la collaboration de cette influence spirituelle, on pourra comprendre par là que la méditation sur les symboles prenne elle-même, dans certaines conditions, le caractère d’un véritable rite, et d’un rite qui, cette fois, ne confère plus seulement l’initiation virtuelle, mais permet d’atteindre un degré plus ou moins avancé d’initiation effective.

 

Par contre, au lieu de se servir des symboles de cette façon, on peut aussi se borner à « spéculer » sur eux, sans se proposer rien de plus ; nous ne voulons certes pas dire par là qu’il soit illégitime d’expliquer les symboles, dans la mesure du possible, et de chercher à développer, par des commentaires appropriés, les différents sens qu’ils contiennent (à la condition, d’ailleurs, de bien se garder en cela de toute « systématisation », qui est incompatible avec l’essence même du symbolisme) ; mais nous voulons dire que cela ne devrait, en tout cas, être regardé que comme une simple préparation à quelque chose d’autre, et c’est justement là ce qui, par définition, échappe au point de vue « spéculatif » comme tel.

 

Celui-ci ne peut que s’en tenir à une étude extérieure des symboles, qui ne saurait faire passer ceux qui s’y livrent de l’initiation virtuelle à l’initiation effective ; encore s’arrête-t-elle le plus souvent aux significations les plus superficielles, parce que, pour pénétrer plus avant, il faut déjà un degré de compréhension qui, en réalité, suppose tout autre chose que de la simple « érudition » ; et il faut même s’estimer heureux si elle ne s’égare pas plus ou moins complètement dans des considérations « à côté », comme par exemple lorsqu’on veut surtout trouver dans les symboles un prétexte à « moralisation », ou en tirer de prétendues applications sociales, voire même politique, qui n’ont certes rien d’initiatique ni même de traditionnel.

 

Dans ce dernier cas, on a déjà franchi la limite où le « travail » de certaines organisations cesse entièrement d’être initiatique, fût-ce d’une façon toute « spéculative », pour tomber purement et simplement dans le point de vue profane ; cette limite est aussi, naturellement, celle qui sépare la simple dégénérescence de la déviation, et il n’est que trop facile de comprendre comment la « spéculation », prise pour une fin en elle-même, se prête fâcheusement à glisser de l’une à l’autre d’une façon presque insensible.

 

Nous pouvons maintenant conclure sur cette question : tant qu’on ne fait que « spéculer », même en se tenant au point de vue initiatique et sans en dévier d’une façon ou d’une autre, on se trouve en quelque sorte enfermé dans une impasse, car on ne saurait en rien dépasser par là l’initiation virtuelle ; et, d’ailleurs, celle-ci existerait tout aussi bien sans aucune « spéculation », puisqu’elle est la conséquence immédiate de la transmission de l’influence spirituelle. L’effet du rite par lequel cette transmission est opérée est « différé », comme nous le disions plus haut, et reste à l’état latent et « enveloppé » tant qu’on ne passe pas du « spéculatif » à l’ « opératif » ; c’est dire que les considérations théoriques n’ont de valeur en tant que travail proprement initiatique, que si elles sont destinées à préparer la « réalisation » ; et elles en sont, en fait, une préparation nécessaire, mais c’est là que le point de vue « spéculatif » lui-même est incapable de reconnaître, et ce dont, il ne peut aucunement donner la conscience à ceux qui y bornent leur horizon.

 

(René Guénon, Aperçus sur l’initiation, chap.XXX : Initiation effective et initiation virtuelle 198-201).

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