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Publié par Abdoullatif

René Guénon 3Le rapprochement que nous avons indiqué entre le symbolisme du cœur et celui de l’« Œuf du Monde » nous conduit encore à signaler, en ce qui concerne la « seconde naissance », un aspect autre que celui sous lequel nous l’avons envisagée précédemment : c’est celui qui la présente comma la naissance d’un principe spirituel au centre de l’individualité humaine, qui, comme on le sait, est précisément figuré par le cœur. A vrai dire, ce principe réside bien toujours au centre de tout être (1), mais, dans un cas tel que celui de l’homme ordinaire, il n’y est en somme que d’une façon latente, et quand on parle de « naissance », on entend proprement par là le point de départ d’un développement effectif ; et c’est bien en effet ce point de départ qui est déterminé ou tout au moins rendu possible par l’initiation. En un sens, l’influence spirituelle qui est transmise par celle-ci s’identifiera donc au principe même dont il s’agit ; en un autre sens, et si l’on tient compte de la préexistence de ce principe de l’être, on pourra dire qu’elle a pour effet de le « vivifier » (non pas en lui-même, bien entendu, mais par rapport à l’être dans lequel il réside), c’est-à-dire en somme de rendre « actuelle » sa présence qui n’était tout d’abord que potentielle ; et, de toute façon, il est évident que le symbolisme de la naissance peut s’appliquer également de l’un et l’autre cas.

 

Maintenant, ce qu’il faut bien comprendre, c’est que, en vertu de l’analogie constitutive du « macrocosme » et du « microcosme », ce qui est contenu dans l’« Œuf du Monde » (et il est à peine besoin de souligner le rapport évident de l’œuf avec la naissance ou le début du développement d’un être) est réellement identique à ce qui est aussi contenu symboliquement dans le cœur (2) : il s’agit de ce « germe » spirituel qui, dans l’ordre macrocosmique, est, ainsi que nous l’avons déjà dit, désigné par la tradition hindoue comme Hiranyagarbha ; et ce « germe » par rapport au monde au centre duquel il se situe est proprement l’Avatâra primordial (3). Or le lieu de la naissance de l’Avatâra aussi bien de ce qui y correspond au point de vue « microcosmique », est précisément représenté par le cœur, identifié aussi à cet égard à la « caverne », dont le symbolisme initiatique se prêterait à des développements que nous ne pouvons songer à entreprendre ici ; c’est ce qu’indiquent très exactement des textes tels que celui-ci : « Sache que cet Agni, qui est le fondement du monde éternel (principiel), et par lequel celui-ci peut-être atteint, est caché dans la caverne (du cœur) » (4).

 

(1) Voir L’Homme et son devenir selon le Vêdanta, ch.III.

(2) Un autre symbole qui a à cet égard avec le cœur une relation similaire à celle de l’œuf est le fruit, au centre duquel se trouve également le germe qui représente ce dont il s’agit ici ; kabbalistiquement, ce germe est figuré par la lettre iod qui est, dans l’alphabet hébraïque, principe de toutes les autres lettres.

(3) Il ne s’agit pas ici des Avatâras particuliers qui se manifestent au cours des différentes périodes cycliques, mais de ce qui est en réalité, et dès le commencement, le principe même de tous les Avatâras,  de même que,au point de vue de la tradition islamique, Er-Rûh el-muhammadiyah est le principe de toutes les manifestations prophétiques, et que ce principe est à l’origine même de la création. – Nous rappellerons que le mot Avatâra exprime proprement la « descente » d’un principe dans le domaine de la manifestation, et aussi, d’autre part, que le nom de « germe » est appliqué au Messie dans de nombreux textes bibliques.

(4) Katha Upanishad, 1e Vallî, shruti 14.

 

(René Guénon, Aperçus sur l’initiation, chap.XLVIII : La naissance de l’Avatâra, p.299-301)

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