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Publié par Abdoullatif

GUENONDans la même revue [Asia and the Americas] (n° de février 1944), M. Coomaraswamy, sous le titre The Bugbear of Literacy, revient plus spécialement sur cet aspect du prosélytisme occidental qui, partant du préjugé suivant lequel la « culture » consiste avant tout à savoir lire et écrire, veut imposer chez les peuples les plus différents, une certaine sorte d’instruction élémentaire et uniforme qui ne saurait avoir pour eux la moindre valeur, parce qu’elle est, en réalité, étroitement liée aux conditions spéciales de civilisation quantitative de l’Occident moderne. C’est là encore un moyen de détruire les civilisations qui reposent sur de toutes autres bases, en faisant disparaître plus ou moins rapidement tout ce qui a toujours fait l’objet d’une transmission orale, c’est-à-dire, en fait, ce qui en constitue tout l’essentiel. Loin d’aider à une compréhension réelle et tant soit peu profonde de quelque vérité que ce soit, l’« éducation » européenne ne fait que des hommes entièrement ignorants de leur propre tradition (et, au fond, c’est bien contre la tradition sous toutes ses formes qu’est nécessairement dirigée toute entreprise spécifiquement moderne) ; aussi, dans bien des cas, est-ce seulement chez les « illettrés », ou ceux que les Occidentaux et les « occidentalisés » considèrent comme tels, qu’il est encore possible de retrouver la véritable « culture » (s’il est permis d’employer ce même mot autrement que dans le sens tout profane qu’on lui donne d’ordinaire) de tel ou tel peuple… avant qu’il ne soit trop tard et que l’envahissement occidental n’ait achevé de tout gâter. L’auteur fait un intéressant rapprochement entre la signification réelle de la transmission orale et la doctrine platonicienne de la « réminiscence » ; et il montre aussi, par des exemples appropriés, à quel point la valeur symbolique et universelle du langage traditionnel échappe aux modernes et est étrangère à leur point de vue « littéraire », qui réduit les « figures de pensée », à n’être plus que de simples « figures de mots ».

 

(René Guénon, Études sur l’Hindouisme, éd. Éditions Traditionnelles, compte-rendu p. 258).

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